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pour le confirmer dans le respect envers ce saint Concile et dans la juste indignation qu'il avait conçue contre ce faux évêque. Il rendit le même devoir à Basile, patriarche d’Antioche, son propre prélat, mais avec tant d’humilité, qu'il se nommait en cette lettre un ver vil et abject, et l'avorton des moines, lui qui en était l'exemple ou plutôt le miracle. Cette sainte lettre se trouve dans Evagrius et dans Nicéphore. L’impératrice Eudoxie, veuve du jeune Théodose dont nous venons de parler, s'étant laissée inconsidérément engager dans l’hérésie des Eutychiens par un moine, nommé aussi Théodose, qui avait usurpé la chaire épiscopale de Jérusalem, envoya des députés vers notre saint pour apprendre quel était son sentiment touchant Eutichès et le concile de Chalcédoine qui l’avait condamné. Il lui répondit avec un courage et une liberté admirables, que le démon, la voyant si riche sn bonnes œuvres, avait entrepris de la dépouiller, en corrompant sa foi et en empoisonnant son esprit par le pernicieux Théodose ; mais que, si elle voulait sortir de ce malheur, elle devait avoir recours à saint Euthime, qui n'était pas éloigné de Jérusalem où elle avait choisi sa demeure. L’empereur Marcien se travestit en homme privé, pour satisfaire avec plus de liberté son ardent désir de voir le Saint de ses yeux et de l’entendre de ses oreilles. Varanes, roi des Perses, et la reine, sa femme, lui donnèrent des marques publiques de leur vénération. Les princes, les princesses d'Arabie venaient recevoir sa bénédiction et laissaient leurs sujets jouir de la même faveur. Aïnsi, ce grand homme servait à tous de sel, de lumière, de guide, de maître et d’instrument de salut.
Il avait, d’une manière excellente, le don de prophétie. Un jour, il vit une verge qui menaçait la terre d’une grande et effroyable calamité. Dieu lui fit connaître que c'était le signe d’une sécheresse extrême, suivie de la famine et de la peste, qu'il voulait envoyer au monde pour en punir les crimes. Il en avertit le peuple qui était autour de sa colonne, et deux ans après, on vit le funeste accomplissement de sa prédiction. Une autre fois, il vit deux verges qui descendaient du ciel, l’une du côté de l’Orient et l’autre du côté du Septentrion, et il lui fut dit qu’elles pronostiquaient l'irruption des Perses et des Scythes dans l’empire romain. En effet, ils firent de grands préparatifs de guerre pour s’y jeter; mais le Saint fit tant, par ses prières et par ses larmes, qu’il détourna ou au moins différa ces grands fléaux. Il prédit encore, en une certaine année, qu'il naîtrait bientôt une si prodigieuse armée de sauterelles, de hannetons et d’autres insectes, qu’elle couvrirait toute la campagne, mais que le dommage n’en serait pas si grand qu'on pouvait l’appréhender. Aussi, quinze jours après, il s’en leva une si grande quantité, que l’air en était même obscurci; mais ils ne gâtèrent que les prairies et ne firent point de tort aux grains qui sont pour l’usage de l’homme. Saint Daniel le Stylite rapporte un fait encore plus admirable; car non-seulement saint Siméon lui découvrit, sur sa colonne, beaucoup de choses qui lui devaient arriver; mais aussi, étant encore en vie, il apparut à Daniel sous la forme d’un voyageur sur le chemin de Jérusalem, où celui-ci allait, pour l'empêcher de poursuivre sa route, ce qui l'aurait fait tomber entre les mains des Samaritains; il l’exhorta à se diriger vers Constantinople, où Dieu voulait se servir de lui pour de grandes choses; après sa mort, il lui apparut encore pour l’assurer de son bonheur et pour lui conseiller de monter sur une colonne à son exemple. Enfin Théodoret assure qu’il lui prédit à lui-même la fin d’une persécution dont il souffrait beaucoup, et que cette persécution cessa précisément au temps que le Saint lui avait marqué.
Il serait trop long de rapporter tous ses miracles : j’en toucherai seulement quelques-uns des plus remarquables. Il fit sourdre une fontaine en un lieu sec, où l’on était dans une extrême nécessité d’eau. Il obtint un fils à la reine des Ismaélites, qui était stérile, et une fille à la reine des Sarrasins, qui était dans la même peine. Et cette enfant étant devenue paralytique à l’âge de trois ans, il la rétablit, par ses prières, dans une parfaite santé. Toute la cour de Perse reconnut, par un grand nombre de guérisons miraculeuses, la vertu d’une huile qu’il avait bénite, et son image même, comme nous l’avons déjà dit, faisait tant de prodiges que chacun en voulait avoir une dans sa maison. Il avait établi, comme loi inviolable, que les femmes n’entreraient jamais dans son ermitage, c’est-à-dire dans l’enceinte du mur qui environnait sa colonne, et il garda même cette mesure rigoureuse à l’égard de sa propre mère, qui avait un désir extrême de le voir. Cependant, il y en eut une qui eut la témérité de se déguiser pour violer cette sainte clôture ; mais à peine eut-elle mis le pied sur le seuil de la porte pour exécuter son dessein, qu’elle tomba morte en présence de tout le monde, laissant à la postérité un terrible exemple de la colère de Dieu contre les personnes qui attentent à la clôture des maisons religieuses t.
Lorsque l’heure de sa mort fut arrivée, il s’inclina, selon sa coutume, pour prier, et, dans cette posture, il rendit à Dieu son âme bienheureuse qui fut transportée par les anges dans le lieu du repos éternel. Il apparut aussitôt après à son disciple Antoine, et lui assura qu'il jouissait de la gloire. La nouvelle de sa mort ayant été portée à Antioche, le patriarche, avec trois autres évêques et Ardabor, chef des gens de guerre, y accoururent avec des soldats pour garder le saint corps. Les évêques l’ayant descendu de la colonne, le mirent auprès de l’autel, qui était devant, et où l’on avait coutume de lui dire la messe. La désolation du pays fut si grande, que l’on entendait, de sept milles de là, les pleurs des peuples et les cris des animaux. Les montagnes mêmes, les campagnes et les arbres des environs paraissaient être dans la tristesse, toute la contrée étant couverte d’une nuée fort obscure, comme d’un manteau de deuil.
Comme on le portait solennellement à Antioche, il s'arrêta tout court, dans un bourg nommé Méroë, pour donner lieu à un homme possédé, depuis quarante ans, d’un démon qui le rendait sourd et muet et le tenait dans les sépulcres, de toucher son cercueil afin qu'il fût délivré et reçût sa guérison. Toute cette grande ville vint au-devant de lui, et le déposa premièrement dans l’église de Saint-Cassien, puis dans une autre qui fut bâtie en son honneur sous le nom de la Concorde ou de la Pénitence, et il se fit, à son tombeau, plus de miracles qu’il n’y en avait eu pendant sa vie. L’empereur Léon souhaita de faire apporter ses reliques à Constantinople ; mais les habitants d’Antioche obtinrent de lui la conservation de ce grand trésor, trésor qui leur servait de murailles et de remparts, leurs anciennes fortifications ayant été renversées par un horrible tremblement de terre. Néanmoins, nous lisons dans les actes de saint Daniel Stylite, digne imitateur de notre Saint, qu’on donna à cet empereur quelques parties de ses reliques, avec la cuculle que le serviteur de Dieu portait sur sa tête. On bâtit aussi, sur la
1. Le cardinal Baronius dit que saint Siméon vécut plus de quatre-vingts ans sur sa colonne, et il le prouve, parce que le Saint y monta dès le temps de Mélèce, patriarche d’Antioche, qui décéda l’an 881, et que Siméon ne mourut que le 5 janvier de l’an 459, qui était la quatrième de l’empire de Léon. Cette chronologie suppose que ce Mélèce, dont neus ayons parlé ci-dessus, et qui conseilla au Saint de quitter la chaine dont il s'était attoché, fut le grand Mélèce, qui mourut au premier concile général de Constantinople; mais il est plus que probable que ce fur un autre du même nom, qu vécut depuis, et qui n’était que suffragant ou
chorévêque de ce siège patriarcal. Siméon Métaphraste ne donne à notre Saint que cinquante-six ans, ce que Bollandus explique du temps qu’il fut dans le désert et dans les exercices de la vie monastique.
montagne où saint Siméon avait vécu, un temple magnifique, en forme de croix, orné de quatre beaux portiques et au milieu duquel était sa sainte colonne à découvert. Il paraissait tous les ans, au jour de sa fête, une étoile merveilleuse, qu'Evagrius le Scholastique, écrivant plus de cent trente ans après la mort du Saint, assure avoir vue, comme aussi son précieux chef encore couvert de sa peau et de ses cheveux
Il y a deux autres Siméon aussi Stylites, c’est-à-dire habitant sur des colonnes, dont la mémoire se célèbre en d’autres jours. Il est fait mention de celui-ci dans tous nos Martyrologes au 5 janvier, et dans le Ménologe des Grecs au 1° septembre.
Il est tout naturel de représenter saint Siméon Stylite sur sa colonne : pour le distinguer des autres Stylites on lui donne une colonne dont les étages soient marqués ; car la première, sur laquelle il monta, était de six coudées ; la deuxième, de douze ; la troisième, de vingt-deux, et la quatrième, de quarante.
Nous avons tiré cette vie de celles qu'en ont écrites Antoine son disciple, Théodoret rapporté par
Rosweid, et Siméon Métaphraste rapporté par Bollandus, avec ce que le même Evagrius, Cédrénus, Suidas et Nicéphore Calixte y ont ajouté.