Odonis sermo in sanctum Lucianum, e
La charité,le désintéressement,la patience et la douceur du Saint lui ouvrirent la porte des cœurs. Des miracles, et surtout la grâce du Sauveur, vinrent achever les conversions que ses exemples et ses discours avaient préparées : à sa voix, les démons prenaient la fuite, les malades recouvraient la santé.
En peu de temps, Lucien gagna un grand nombre d’âmes à Jésus-Christ. Ses glorieuses conquêtes furent si rapides que bientôt il ne put, malgré l’activité de son zèle, subvenir seul aux besoins spirituels des nouveaux chrétiens. Mais, celui qui sait tirer la lumière des ténèbres ! lui suscita deux fidèles ministres au milieu de ce peuple. Lucien, ayant remarqué une foi vive et une charité ardente dans Maxien et Julien, jeunes hommes récemment entrés dans le bercail du Seigneur, leur conféra la prêtrise, et les admit à partager ses travaux.
Le Saint ne renferma pas son apostolat dans les murs de Beauvais ; il parcourut les bourgades, les hameaux et les plus inaccessibles retraites. De toutes parts, ses prédications, ses exemples et ses miracles portèrent des coups mortels à l’idolâtrie. Les statues et les temples des faux dieux furent renversés, et, sur les ruines des autels consacrés au démon, on éleva des oratoires qui donnèrent naissance à des paroisses d’une vaste étendue. Au nombre des pays évangélisés à cette époque, nous devons placer Montmille, Breteuil et Ourcel-Maison ?.
Après avoir fait connaître le nom du Sauveur dans diverses parties de la contrée, Lucien venait reprendre à Beauvais le cours de ses prédications. Ii adressait de nouveau la parole aux païens dont la grâce n’avait point encore touché le cœur, et travaillait à fortifier et à prémunir contre tout danger ses enfants en Jésus-Christ. Suivant une ancienne tradition, il avait choisi pour sa demeure, ou peut-être seulement pour la célébration des saints mystères, une maison située près de l'emplacement occupé plus tard par la collégiale de Saint-Nicolas #.
Lucien conserva, jusque dans sa vieillesse, une grande vigueur de corps et d'esprit : la main de Dieu le soutenait visiblement dans sa lutte incessante contre l’idolâtrie. I1 puisait encore une nouvelle force et de consolants encouragements dans ses entrevues avec les missionnaires qui évangélisaient les peuples voisins. On montrait, dans les temps anciens, la route par laquelle saint Denis venait le visiter *. Après la mort de cet illustre martyr, saint Rieul, apôtre de Senlis, vint aussi quelquefois édifier sa piété au spectacle des vertus de Lucien.
Avec le concours de ses deux jeunes et courageux ministres, le Saint changea, en quelques années, la face du Beauvaisis. Une multitude d’idolàtres connurent et bénirent le nom adorable de Jésus-Christ. Mais bientôt le démon, voyant son culte menacé et ses autels détruits, inspira aux prêtres païens sa haine contre l’auteur de sa défaite ; le préfet Julien servit d’instrument à l'exécution de ses perfides projets contre le christianisme. Ayant