‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 141 sur 412 · II Cor., 1v, 6. — 2. Légende du Propre de Beauvais · texte numérisé non relu

II Cor., 1v, 6. — 2. Légende du Propre de Beauvais

3. Près de cette maison, l’on éleva une église en bois qui porta le nom de Saint-Lucien. Sous le pontificat de Guy, évêque de Beauvais, messire Raoul Lenfant, chevalier et sénéchal de France, la fit reconstruire en pierres, et dédier en 1078, dit Louvet, en l'honneur de Dieu, de saint Lucien et de saint Nicolas. Il y fonda un collége de chanoines. Sur cette église, nous lisons, dans le même auteur, la parti= cularité suivante : « Et d'autant que saint Lucien, pour la crainte des païens, célébrait la messe en une chambre haute de la maison ci-dessus ; on tient qu'en perpétuelle mémoire, les chanoines de Saint- Nicolas célèbrent, le jour de sa fête, la messe dessus Ja voûte qui est au bout des allées du chœur ». (Hist. et antiquités de Beauvais, 1, 376.) — Le chapitre de l’église Saint-Lucien et Saint-Nicolas fut supprimé 1e 26 janvier 1788, par Mgr de la Rochefoucauld. (Graves, Précis stalistique sur le canton de Beauvais, p. 119.)

4. L'auteur du manuscrit de la.-Vie de saint Lucien, trouvée à l'abbaye de Saïint-Maximin de Trèves, s'exprime ainsi à cet égard : « On montre encore le chemin suivi, à ce que l'on rapporte, par saint Denis, lorsqu'il venait visiter le bienheureux Lucien »,

VIES DES SAINTS, — TOME Ier 44

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appris les conquêtes de l'Evangile dans le Beauvaisis, Julien résolut d'y mettre un terme. Jaloux de suivre les traces de Fescennius, qui avait répandu le sang de saint Denis et de ses compagnons sur la colline de Montmartre, il envoya Latinus, Jarius et Antor à la recherche de Lucien avec l'ordre de le faire apostasier , ou, s'ils ne le pouvaient, de lui donner la mort. Quelques satellites ennemis du nom chrétien leur servaient d’escorte.

Miraculeusement averti des dangers qui le menaçaient, ainsi que ses disciples, Lucien réunit les chrétiens de Beauvais et les exhorta vivement à rester fidèles à Jésus-Christ. Suivant les Actes de sa vie attribués à saint Odon, il leur parla en ces termes : « Frères et fils bien-aimés, Dieu veut que bientôt je me sépare de vous. Demeurez fermes dans votre foi. Que les menaces des princes, pas plus que leurs flatteries et leurs promesses, ne vous fassent oublier la sainte religion que vous avez embrassée ». Puis levant les yeux au ciel, il ajouta : « Je vous rends grâces, Ô Jésus-Christ, mon maître, Fils du Dieu vivant, qui, après m'avoir associé à l’apostolat du bienheureux Denis, m'associez maintenant à son martyre ». Il quitta ensuite la ville, et se dirigea vers une colline, nommée Montmille, distante de Beauvais d’environ une heure de marche. Maxien et Julien l’accompagnèrent, prêts à donner, comme lui, leur vie pour la foi. En s’éloignant ainsi, les trois magnanimes confesseurs n’obéissaient à aucun sentiment de crainte : ils cédaient à une force d’en haut, qui les conduisait vers le lieu de leur martyre. En allant au-devant de leur supplice, ils ne cessaient de prier et de parler du Dieu qui allait être leur récompense.

À peine furent-ils arrivés à Montmille, qu’ils se virent entourés des chrétiens du voisinage, et d’une foule de païens avides de recevoir, de la bouche de Lucien, l’aliment de la divine parole.

Les émissaires de Julien, n'ayant point trouvé notre saint à Beauvais, dirigèrent précipitamment leur course vers la colline de Montmille, quileur fut indiquée comme le lieu de sa retraite. Ils le rencontrèrent évangélisant une grande multitude réunie autour de lui. Maxien et Julien étaient à ses côtés : après avoir partagé ses travaux, ils devaient aussi partager sa gloire. La vie de saint Lucien, que nous avons déjà citée ?, et à laquelle nous avons emprunté une partie de notre récit, raconte, de la manière suivante, les derniers moments de ces invincibles témoins de Jésus-Christ.

Latinus, Jarius et Antor sesaisirent d’abord des deux fidèles coopérateurs de Lucien, et les mirent dans l'alternative de sacrifier aux idoles ou de périr par le glaive.

Ceux-ci répondirent avec fermeté : « Nous ne sacrifierons pas à des dieux qui sont l’ouvrage de la main des hommes. Nous n’adorons qu’un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, pour la religion duquel nous sommes prêts à mourir ». À peine Maxien et Julien avaient-ils terminé ces paroles, que leur tête tombait sous les coups des assassins. En massacrant, en, présence de Lucien, les généreux compagnons-de son apostolat, ces misérables avaient l'espoir d’ébranler son courage et sa foi ; maïs ce spectacle ne fit qu’enflammer son désir de recevoir la palme du martyre. S’étant donc approchés du Saint, ils lui parlèrent en ces termes : « Tu es accusé de séduire le peuple par tes maléfices : tes coupables discours le dissuadent de

1. Cette vie est insérée au premier volume des Bollandistes, sous le nom de saint Odon, qui vivait au ixe siècle. Lille est évidemment antérieure au siècle de cet évêque. Ce n'est pas de cette vie que nous parlons dans la note 1 de la page 208, mais d'une autre vie qui était autrefois conservée dans l'abbaye de Saint-Lucien, avec celle dont il s'agit ici.

sacrifier à nos dieux, contrairement aux ordres de l’empereur et du sénat romain », Lucien répondit avec calme : « Je n’use point de maléfices.. Je montre au peuple la voie de la vérité; je lui fais connaître Jésus-Christ, mon maître, venu en ce monde pour racheter sa créature, et la détourner du culte des démons... Jésus-Christ a daigné mourir sur la croix pour le salut de tous ; à lui seul nous devons fidélité, obéissance et amour. — « Comment », répliquent les envoyés de Julien, «veux-tu regarder comme Dieu un homme qui a souffert la mort, et a été attaché à une croix ignominieuse ? » — « Quoique vous soyez indignes », poursuivit Lucien, « d’entendre les secrets du Très-Haut, je vais les révéler, en faveur de la multitude qui nous environne : le Fils de Dieu, Dieu lui-même et coéternel à son Père, a voulu, après le péché du premier homme, naître d’une vierge, pour ra- cheter le genre humain. D’impassible qu’il était au sein de son Père, il est devenu passible par amour pour nous. Afin de nous délivrer de la mort éternelle, le Christ, vrai Fils de Dieu et vrai Fils de l’homme, a obéi à son Père jusqu’à la mort de la croix. Si, en restant Fils de Dieu, il n’avait pas condescendu à devenir Fils de l’homme, le genre humain n’aurait pu obtenir le pardon de ses fautes ; la porte de la vie éternelle aurait été fermée pour les pécheurs ».

Irrités de ce langage, les persécuteurs taxèrent Lucien d’orgueil et de folie, menacèrent sa vieillesse des plus cruels tourments, et d’une mort semblable à celle de ses compagnons, s’il ne consentait à sacrifier à leurs dieux. Puis, pour donner l'apparence d’un jugement régulier à la sentence qu'ils allaient prononcer, ils s’assirent, et lui firent subir l’interrogatoire suivant :

« Comment te nommes-tu », lui dirent-ils, « et quelle est ta condition ? — Mes parents », répondit l’athlète du Christ, « m’avaient donné le nom de Lucius ; depuis que j’ai reçu, par le baptême, une vie nouvelle, l’on m’appelle Lucien. Quant à ma condition, je suis citoyen romain... mais, quelque noble que soit ce titre, j’en porte un autre plus noble encore : celui de serviteur de Jésus-Christ ». — « Nous savons bien », répliquèrent ces juges iniques, « que tu es un magicien et un séducteur... Situes citoyen romain, pourquoi es-tu assez insensé pour mépriser des dieux que vénèrent l’empereur, le sénat et l’univers tout entier? » Lucien continua aïnsi : « Depuis que je connais Jésus-Christ pour mon Seigneur, j’ai renoncé au culte des païens. Pour vous, comme vous êtes encore enchaînés par des pratiques superstitieuses, vos oreilles ne peuvent entendre mes paroles, votre esprit ne peut les comprendre. En obligeant des créatures raisonnables à sacrifier au démon et à des idoles formées de la main des hommes, l’empereur, le sénat et vous, montrez bien de quel aveuglement l’infidélité est la source ».

Ne pouvant supporter plus longtemps l’injure faite à l’empereur et à leurs dieux, Latinus, Jarius et Antor ordonnèrent que le Saint fût battu de verges.

Pendant ce supplice, Lucien ne cessait de répéter : « Je crois de cœur et je confesse de bouche que Jésus-Christ est le Fils de Dieu ». Cette courageuse profession de foi au milieu des tourments fut suivie d’une sentence qui condamnait Lucien à périr par le glaive.

Heureux de féconder par son sang le sol qu’il était venu peupler de chrétiens, l’intrépide confesseur s’offrit lui-même au bourreau qui lui trancha la tête. ;

Lorsque le corps du Saint fut étendu par terre, tous les assistants, les

criminels auteurs de sa mort eux-mêmes, le virent environné de lumière, et l’on entendit une voix qui disait : « Courage, bon et fidèle serviteur, qui n’as pas craint de verser ton sang pour moi ; viens recevoir la couronne qui t'a été promise ». En même temps, ainsi qu'il est écrit dans les Actes de son martyre, Lucien se leva, prit sa tête ! dans ses mains, et marcha vers la ville de Beauvais *. Ayant traversé la rivière du Thérain à Miauroy ÿ, il s'arrêta à environ un quart de lieue de Beauvais, semblant indiquer ainsi l'emplacement où il voulait que son corps fût inhumé. Là, de pieux fidèles lui donnèrent une honorable sépulture, tandis que les mêmes devoirs étaient rendus à ses glorieux coopérateurs, sur la colline de Montmille. Les anges eux-mêmes, disent plusieurs auteurs *, assistèrent aux funérailles du Saint, et embaumèrent les airs de parfums célestes.

Cette persécution, loin d’affaiblir le christianisme dans le Beauvaisis, lui donna une nouvelle force. A la vue des miracles qui suivirent le supplice de Lucien et de ses compagnons, cinq cents personnes attestèrent par leur conversion la fécondité du sang des martyrs. Avant sa mort, le bienheureux en avait déjà gagné au Sauveur environ trente mille.

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