SAINT SEVERIN DU NORIQUE, APOTRE DE L'AUTRICHE ET DE LA BAVIÈRE
4&82,— Pape : Saint Simplice, après la chute de l'empire d'Occident.
Quand vous aurez vaincu, ne tuez pas les ennemis.
Dans le v° siècle, un Solitaire d'Orient, poussé par l’esprit d’en haut, vint annoncer la pénitence et le royaume de Dieu aux peuples barbares du Septentrion. On ne put savoir sa patrie; aux questions qu’on lui faisait à ce sujet, il répondait qu’un prédicateur de l'Evangile n’avait point d’autre âge que l'éternité, ni d'autre pays que le ciel. Toutefois, on reconnut facilement, à son parler et à ses manières, qu’il était Romain ou d’un endroit où l’on parlait encore le bon latin. Comme il était humble et qu’il refusait de dire la condition de sa famille, on crut, non sans raison, que ses parents étaient illustres selon le monde. Il faisait précéder sa prédication de l'exemple de sa vie; il était pieux, austère et charitable envers les pauvres, les malades et tous les nécessiteux.
Au temps où vécut saint Séverin, il y a plus de treize cents ans, Attila, ce terrible roi des Huns, dont nous avons déjà parlé, venait de mourir. En mourant, il laissa plusieurs fils, qui se disputèrent l’empire, principalement dans les contrées situées le long des deux rives du Danube. Au loin régnaient la terreur et la désolation. Saint Séverin demeurait alors aux environs de la ville d’Astures ; il annonça aux habitants de cette ville qu’ils étaient menacés des horreurs de la guerre, et que leur cité serait détruite, à moins qu'ils ne fléchissent le ciel par des jeûnes, des prières et des aumônes. Pour leur malheur, les Asturiens n’écoutèrent pas les sages exhortations du Saint, et leur ville fut ruinée de fond en comble, de sorte qu'aujourd'hui l’on ne sait plus même le lieu où elle s’est trouvée t.
Mais avant le désastre, saint Séverin s'était retiré dans une autre ville, appelée Cumanis ?. Là il renouvela ses conseils et ses sinistres prédictions ; mais là aussi il ne fut pas écouté. Alors un vieillard, qui seul avait échappé au massacre et à l'incendie d’Astures, raconta aux habitants de Cumanis tous les détails de l’horrible désastre dont il avait été témoin; et il ajouta qu'avant l’événement un homme inconnu était venu leur prédire tout ce qui était arrivé, et les avait exhortés à détourner ces malheurs par la pénitence. — « Et c’est parce qu’on ne l’a pas cru, dit-il en terminant, que tous ces malheurs sont venus sur ma patrie !...» Et le vieillard, ayant vu saint Séverin,
1. D'aucuns pensent que Stockeraw au-dessus de Vienne a remplacé Astures, 2. Aujourd'hui Haynburg à l'O, et à huit lieues de Vienne,