‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 152 sur 412 · SAINTE GUDULE · texte numérisé non relu

SAINTE GUDULE

sagesse qu’elle avait déjà acquis. Comme sa sœur sainte Reynelde, elle soupirait après le moment où il lui serait permis de se consacrer au service de Dieu. Aussi profita-t-elle avec joie de la facilité que lui laissèrent bientôt ses parents d'aller vivre dans une solitude paisible et ignorée. Le bienbeureux Witger se retira, vers la fin de sa vie, dans le monastère de Lobbes, pour s’y préparer à la mort, et son épouse, sainte Amalberge, alla elle-même au monastère de Maubeuge pour attendre en paix le jour où Dieu l’appellerait à lui. Ce fut dans ce temps que sainte Gudule, après avoir, comme sa sœur, consacré à Dieu une partie de ses biens, se retira dans une villa appelée Moorsel, à peu de distance de Ham. Pour rendre ses prières plus efficaces, elle y joignait ordinairement quelques pénitences corporelles, celle-ci entre autres : quelque extrême froid qu’il pût faire, elle allait en cette église les pieds nus; mais pour éviter la vaine gloire, elle se les couvrait par dessus. Une fois donc que le prêtre de ce lieu s’en aperçut, il lui alla présenter ses gants pour les mettre sous la plante de ses pieds, sur le carreau ; Gudule les prit par modestie et l’en remercia, mais il ne fut pas si tôt retourné, qu’elle les jeta à l'écart pour ne pas s’en servir ; et alors, par une merveille de Dieu, qui voulait faire paraître la vertu de sa servante, ces gants demeurèrent en l'air accrochés à un rayon de soleil, l’espace de plus d’une heure. Ce lieu, où l'on voyait un oratoire élevé au saint Sauveur, devint en peu de temps comme le rendez-vous de tous ceux qui étaient dans la nécessité. Les pauyres venaient exposer leurs besoins à la Sainte et recevoir de sa main les dons de la charité. Les malheureux trouvaient aussi des soulagements auprès d’elle, et des consolations qui ramenaient la paix et la joie dans leur âme abattue. Tous, en un mot, quelle que fût leur affliction ou leur infirmité, s’efforçaient d'arriver jusqu’à elle, dans la ferme espérance qu’ils avaient d’en être secourus. Mais pendant que la vertueuse Gudule prodiguait ainsi ses soins aux pauvres de Jésus-Christ, elle-même était soumise à une afiliction bien pénible pour son cœur. Sans cesse l’esprit de ténèbres venait la troubler par mille pensées importunes. Tantôt il lui représentait la faiblesse de son corps, qui ne pourrait supporter longtemps les mortifications qu’elle lui imposait ; tantôt il lui montrait la difficulté, l'impossibilité même de persévérer dans le genre de vie qu’elle avait embrassé ; d’autres fois il s’efforçait d’entraîner le cœur de la jeune vierge vers les vaines et frivoles affections de la terre ; mais sa ferveur, son courage et la constance de son âme la portaient aussitôt à recourir à la prière comme au plus puissant remède contre ces tentations du démon. Après ces épreuves qui n'avaient fait qu’augmenter encore ses mérites, Dieu remplit le cœur de sainte Gudule des consolations spirituelles qu’il répand d’ordinaire dans les âmes qui ont généreusement combattu pour son amour. Il lui aecorda même le don des miracles. Ces faveurs spirituelles, qui continueront auprès de son tombeau, faisaient déjà la consolation des habitants de la contrée. Ils venaient se recommander avec confiance aux prières de la sainte, et lui demander, pour eux-mêmes ou pour leurs proches, la guérison des maladies dont ils étaient attaqués.

Un jour qu'elle sortait de l’oratoire de Moorsel, une femme pauvre accourut vers elle, la suppliant de demander à Dieu la guérison de son enfant tout estropié. La sainte reçut avec bonté cette mère affligée, et prenant l'enfant entre ses bras, elle adressa au ciel une prière. Presque au même moment l'enfant s’agite, essaie de marcher et se jette entre les bras de sa mère, n'ayant plus la moindre apparence d’infirmité. Une autre fois, la Sainte étant en oraison, une femme toute rongée de lèpre la supplia de la guérir : elle pria Dieu et étendit ses mains sur elle, et aussitôt la peau de

cette malheureuse devint belle et parfaitement nette. Le bruit de ces guérisons se répandit rapidement dans tout le pays, et attira encore, auprès de l'humble vierge de Moorsel, un plus grand nombre de personnes, qui venaient réclamer son intercession auprès de Dieu.

Ainsi s’écoula dans la pratique des vertus et des bonnes œuvres la vie de la bienheureuse Gudule. Déjà mûre pour le ciel, quoique dans un âge peu avancé, elle se préparait toujours avec ferveur à l’arrivée du céleste époux des âmes. Sans cesse elle soupirait après ce séjour de bonheur, où il lui serait donné de jouir de Dieu sans partage, et de le contempler face à face pendant l'éternité. Elle s’endormit paisiblement dans le Seigneur le huit janvier, vers l’année 710. Ses funérailles furent célébrées au milieu d'un immense concours d'habitants du pays. L'on remarquait surtout une multitude de pauvres, qui ne savaient comment expriuner la douleur que leur causait la mort de leur bienfaitrice. Tous, les larmes aux yeux, rappelaient les bienfaits et les secours qu’ils en avaient reçus, les consolations qu’elle leur donnait, et les pensées chrétiennes qu’elle leur inspirait.

C’est à Ham, près d’Alost, que fut enterrée sainte Gudule. Dans la foule accourue pour assister à cette cérémonie, il se trouva un homme que l'esprit de cupidité tenta, et qui se laissa entraîner à un crime. Ayant remarqué que le corps de la Sainte était enveloppé dans des étoffes précieuses, il conçut le projet de les enlever. La troisième nuit après l’inhumation, il s’introduisit secrètement dans le lieu où le corps avait été déposé ; et, sans que nulle crainte divine ou humaine fût capable de le retenir, ül déroba tout ce qui avait été renfermé dans le tombeau. À la nouvelle de ce sacrilége attentat, une indignation générale éclata dans toute la contrée. Saint Emébert, évêque de Cambrai et d’Arras, et frère de sainte Gudule, prononça une sentence d’excommunication contre celui qui avait eu l’audace de violer un tombeau. Une maladie extraordinaire, châtiment visible du ciel, suivit de près cette condamnation : elle força le coupable à reconnaître son crime et à l’expier par une sincère pénitence.

Lorsque le corps de sainte Gudule fut porté en terre au village de Ham, un arbre, qui était proche de là, fleurit au milieu de l'hiver. Quand on voulut transporter ses reliques au collége de Nivelle, elles ne purent être tirées du lieu où elles étaient ; mais lorsque l’on eut résolu de porter le cercueil à la chapelle du Sauveur, qui était à Moorsel, où la Sainte avait tant versé de larmes et prié si dévotement, l’on n’eut plus de peine à en faire la translation. Cette cérémonie fut signalée par un événement miraculeux : car, l'arbre qui avait fleuri auprès de son tombeau par une vertu divine s’arracha de lui-même du lieu où il était, et s’alla transplanter, tout couvert de fleurs, devant la porte de cette église ; ce qui excita l’empereur Charlemagne à faire bâtir une maison religieuse en l’honneur de la Sainte. On raconte qu’un jour, ce prince étant à la chasse de l’ours, en poursuivait un de prodigieuse grosseur, qui, ne pouvant plus échapper des mains des chasseurs, se jeta dans cette église, et depuis, cet animal ne voulut point abandonner ce lieu, mais demeura parmi ces sages vierges, non Comme un ours furieux, mais plus doux qu’un agneau.

Le corps de sainte Gudule reposa longtemps dans la chapelle du Sauveur, à Moorsel, où elle avait souvent répandu son âme en prières devant le Seigneur. L'empereur Charlemagne y fonda lui-même un monastère, que les Normands détruisirent durant leurs invasions. Toutefois ces précieuses reliques y restèrent jusqu’en 996, époque où Charles de Lorraine, frère du roi de France Lothaire, les fit transporter dans l’église de saint Géry, à

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