LE B. PHILIPPE BERRUYER, ARCHEVÈQUE DE BOURGES
Vers la fin du xr1e siècle.-1261. — Papes : Célestin II; Urbain IV. — Rois de France : Philippe II, Auguste; saint Louis.
Fais l'aumône de ton bien, et ne détourne ton visage d'aucun pauvre. Tobie, 1v, 7.
Philippe Berruyer, appelé saint par quelques auteurs, et bienheureux par d’autres, était neveu de saint Guillaume, archevêque de Bourges, dont nous parlerons au jour suivant. Il venait d’une ancienne noblesse du Nivernais, par son père ; sa mère était d’une maison non moins noble de la Touraine; on peut dire de sa famille ce qu’on a dit de celle de saint Grégoire de Nazianse, de saint Basile et de quelques autres, qu’elles étaient composées de Saints.
Philippe, né à Tours, vers la fin du xn° siècle, de parents vertueux, ne dégénéra point de leur piété ; au contraire, il les surpassa bientôt par les rares qualités qui ennoblirent son âme et qui firent de lui le modèle des plus grands prélats de son siècle. Lorsqu'il était encore enfant, son père, au lit la mort, lui demanda à quelle profession et à quel état de vie il se sentait incliné; il répondit qu'il laissait volontiers la profession des armes à ses frères aînés, pour se consacrer au service de Dieu dans la cléricature. Alors ce saint personnage, se sentant tout comblé de joie, lui donna sa bénédiction particulière et lui dit ces paroles prophétiques : « Dieu soit infiniment béni,mon cher enfant, de t'avoir inspiré une si sainte résolution! Elle sera pour toi une source de grâces et de faveurs surnaturelles; tu seras l'honneur de tes parents,la joie de tes proches et le plus grand ornement de ta famille,et j'espère qu'ayant servi Dieu dans les moindres offices avecinnocence et fidélité, ilte fera monter au rang des premiers prêtres de son Eglise ». Il bénitaussi Archambaut et Gervais,ses deux autres fils, et leur prédit qu’en gardant inviolablement les commandements de Dieu £t les préceptes de l'Evangile, ils attireraient sur leur postérité la bénédiction du ciel pour toute la suite des siècles. Matthée, leur mère, seconda aussi ces vœux ; car, après la mort de son mari, voyant le naturel de Philippe tout porté à la dévotion, elle l’offrit à Dieu, au pied des autels, pendant une messe qu’elle fit dire pour lui; et pour culliver son esprit par les sciences, elle l’envoya étudier à Paris. Ge fut en cette célèbre Université qu'il commença à faire paraître la beauté de son esprit et les riches semences de vertus que Dieu avait jetées dans son âme. La corruption des autres écoliers, grande en ce temps-là où il en abordaït à Paris de toutes les nations de l’Europe, ne lui fut point contagieuse ; il y garda toujours une innocence, une pureté, une modestie et des mœurs admirables, présages assurés de sa sainteté future. Il s’y rendit fort habile non-seulement dans les humanités et la philosophie, mais aussi dans la théologie, et y acquit toutes les connaissances qui sont propres à un ecclésiastique.
Etant retourné à Tours, où son père s'était établi après son mariage, il y fut pourvu d’un canonicat à Saint-Gatien, la cathédrale ; comme ses vertus et sa grande érudition le plaçaient beaucoup au-dessus des autres chanoines, l'archevêque de Tours, Geoffroy de Ludes, personnage d’une éminente piété, le voulut avoir pour archidiacre. Philippe se comgorta en ce ministère
avec tant de zèle et de prudence, il y montra tant de capacité pour le gouvernement, que cet excellent prélat étant mort, on lui fit de grandes instances pour accepter l’archevêché. Philippe qui avait refusé un peu auparavant la dignité de chantre en l’église cathédrale du Mans, parce qu’il ne croyait pas qu’il lui fût permis d’être membre de deux corps et de posséder deux bénéfices, refusa avec la même constance cet archevêché, parce que son humilité lui persuadait qu’il n’en était pas capable. Je crois aussi qu'il fut porté à ce refus par l’exemple de son oncle saint Guillaume, que huit ans auparavant on n’avait pu décider à accepter l’archevêché de Bourges que par le commandement exprès du légat du Saint-Siége et de l'abbé da Citeaux, ses supérieurs. Ainsi notre Bienheureux demeura encore plusieurs années dans son office d’archidiacre. Le désir ardent que Dieu lui inspira pour la conversion des pécheurs lui fit entreprendre la prédication de l'Evangile ; comme il avait en même temps toutes les qualités d’un grand orateur et d’un homme vraiment apostolique, il réussit admirablement dans cette fonction, et obtint les plus heureux résultats dans tout le diocèse de Tours. La charité dont il était rempli coulait de son cœur en celui de ses auditeurs et elle leur donnait tant d’onction que ceux qui l’avaient entendu une fois devenaient comme affamés de sa parole ; lorsqu'il préchait plusieurs fois par jour, ils couraient pour l’entendre une seconde et une troisième fois : aussi, il était partout suivi d’une foule qui ne le quittait point que son dernier sermon du jour ne fût achevé. Dans la crainte que, prêchant aux autres et travaillant à leur salut, il ne devint réprouvé, il commença à châtier son corps d’une manière très-sévère. Il prit secrètement un cilice, qu’il portait sous ses habits ecclésiastiques, et se retrancha tout ce qu’il put du sommeil et de la nourriture, jeûnant souvent et ne mangeant que ce qui lui était absolument nécessaire pour vivre. Il joignit aussi la miséricorde au jeûne, distribuant aux pauvres avec tant de profusion ce qu'il se refusait à lui-même, qu’il ne semblait pas en être le maître, mais seulement l’économe et le dispensateur.
Cependant Manassès II, ce bienheureux évêque d'Orléans dont la mémoire est encore en bénédiction, étant décédé l’an 1221, le clergé et le peuple de cette ville crurent ne pouvoir réparer une si grande perte qu’en choisissant notre saint archidiacre pour son successeur. Il est vrai que son refus de l’archevêché de Tours leur faisait appréhender qu’il n’eût aucun égard à leurs prières ; mais, tous les chanoines ne laissèrent pas que de lui donner leurs suffrages ; et, pour n'être pas frustrés de ce qu’ils souhaitaient, ils ordonnèrent une prière publique dans la ville, afin de demander le consentement d’un si saint ecclésiastique à Dieu, qui tient tous les cœurs des hommes entre ses mains. Leurs vœux ne furent pas inutiles : car le B. Philippe, se sentant comme forcé par les instances et les larmes des députés d'Orléans, donna enfin les mains à son élection et consentit à sa consécration, qui fut faite par Pierre de Corbeil, archevèque de Sens !.
La première chose que son histoire remarque de lui, après sa prise de possession, est une action généreuse de cette justice qu’on appelle vindicative : il obtint du roi le châtiment exemplaire de certains juges téméraires qui, au mépris de l’Eglise et par un sacrilége détestable, avaient fait mourir quelques ecclésiastiques d’une mort honteuse et cruelle ; et il ne se fit pas moins aimer de tout le monde par cet acte d'équité que par la délivrance
1. M. l'abbé V. Pelletier, dans sa notice sur les évêques d'Orléans, et l'auteur de la France Pontificale rapportent la promotion de Philippe Berruyer à l'évêché d'Orléans à l'année 1235, c'est-à-dire quatorze ans plus tard. Mais nous avons pour nous Giry, Baïllet, Godescard, Mgr Jager et Mgr Crosnier.
de tous les prisonniers qui se fit, selon la coutume, à son entrée solennelle dans Orléans. Il demeura quatorze ans évêque de ce siége : il jeta de tous côtés des rayons si éclatants de sainteté, que l’archevèché de Bourges étant devenu vacant par le décès de Simon de Soliac, et les chanoines de la cathédrale n’ayant pu, pendant trois ans, s’accorder sur le choix d’un successeur, le pape Grégoire IX, à qui ce long retard donnait lieu d’y pourvoir par luimême, le nomma pour remplir cette place : ce qu’il fit avec un grand témoignage d'estime pour son mérite et sa vertu. Comme la mémoire de saint Guillaume, son oncle, y était toute récente, qu’on avait encore devant les yeux les exemples admirables d’humilité, de patience, de mortification, de dévotion, de prudence, de zèle, de générosité épiscopale, de miséricorde pour les pauvres et de charité pour tous ses diocésains, dont les dix années de sa prélature avaient été remplies, et qu’on voyait même tous les jours de grands prodiges qui se faisaient par son intercession, on apprit, avec beaucoup de joie, le choix que Sa Sainteté avait fait de ce bienheureux neveu pour être un de ses successeurs. Il ne put lui-même, quelque aversion qu’il eût des honneurs, résister au commandement du vicaire de Jésus-Christ, et il fut contraint, malgré tous les sentiments de son humilité, de quitter la chaire pontificale d'Orléans, qui fut remplie par Philippe de Jouy, pour monter sur le trône patriarcal de Bourges. Cette nouvelle dignité, qui l’élevait au-dessus des évêques et des archevêques, ne lui enfla point le cœur et ne lui donna point des sentiments d’orgueil et de vanité : il la regardait seulement comme une nouvelle obligation de s’humilier devant Dieu, de crucifier sa chair, de monter de vertu en vertu et de travailler sans relâche au salut de ceux que la divine providence avait commis à sa charge. Après avoir si saintement réglé sa maison, que le vice en était entièrement banni, et qu’on voyait reluire en tous ceux qui la composaient le véritable esprit de la piété chrétienne, et après s'être fait lui-même une hostie vivante par les pratiques les plus rudes de la pénitence et de la mortification, il s’appliqua avec une ferveur incroyable au bon règlement de son diocèse.
Sa première sollicitude fut d’avoir sous lui des ministres et des officiers qui coopérassent fidèlement à son zèle ; c’est pourquoi il eut soin de remplir les chapitres de chanoines vertueux, les cures de prêtres savants et de vie irréprochable, et les tribunaux, tant ecclésiastiques que laïques, qui dépendaient de lui, de juges intègres et justes qui n’eussent que l'honneur de Dieu et la justice devant les yeux; s’il s’en trouvait quelques-uns qui manquassent à leur devoir, et s’il se rencontrait surtout des prêtres qui violassent le vœu de chasteté, que les plus anciens Canons ont attaché à la sainteté de leur ordination, il les privait de leurs bénéfices, ne voulant pas que les choses saintes fussent administrées par d’autres que par des saints; mais il leur donnait de quoi vivre, afin qu’ils ne fussent pas obligés de mendier : ce qui ne peut être qu’à la honte et au mépris de l'Eglise. Dans ce même désir de procurer le bien spirituel de son diocèse, il y attirait le plus de gens savants et zélés qu'il lui était possible, et c’est dans cet esprit que, par les libéralités de Blanche, comtesse de Joigny et dame de Vierzon, il établit à Bourges le couvent des Dominicains, afin d’avoir en leur personne une compagnie de soldats de Jésus-Christ toujours prête à combattre le vice et à faire partout la guerre au démon. Il ne se reposait pas néanmoins tellement sur ses ouvriers évangéliques, qu’il ne fit lui-même la visite de son diocèse, et qu'il n’allât de village en village pour chercher la brebis égarée de son troupeau. Comme il était le prédicateur le plus éloquent de son siècle, et qu'il distribuait de tous côtés le pain de la parole de Dieu, on ne peut croire jusqu’à quel point
VIES DES SAINTS. — TOME Ier 16
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il se concilia l’amour de ses ouailles ni quel bien il fit dans tout le Berri. Après ses sermons, il était environné d’une multitude de peuple : les uns s’efforçaient de baiser le bord de sa robe ; ceux-ci lui présentaient leurs enfants pour être bénis de sa main ; et ceux-là, n’en pouvant approcher, lui donnaient tout haut de grandes louanges et se proclamaient bienheureux d’avoir un pasteur d’un mérite si extraordinaire. Il y en avait même qui raclaient les planches où ses pieds avaient posé pendant sa prédication, et conservaient ces raclures comme des reliques très-précieuses. Ce grand homme, dont l'humilité semblait encore surpasser le zèle et la ferveur, ne pouvait souffrir ces honneurs et les rejetait le plus qu’il lui était possible ; mais il montrait, en les rejetant, qu'il en était véritablement digne, parce qu’il rapportait à Dieu seul tout le bon succès qu’il obtenait en faveur de son peuple.
Quoique sa principale étude fût de procurer le salut des âmes , il ne laissa pas néanmoins d’avoir aussi un très-grand soin du soulagement des corps et de pourvoir les pauvres et les affligés de ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance. Ses maisons épiscopales étaient des aumôneries toujours ouvertes, et quoique les revenus de son évêché ne fussent pas fort considérables, il ne voulait pas pour cela qu'aucun pauvre en fût éconduit, parce qu'il est écrit : « Fais l’aumône de ton bien, et ne détourne ton visage d'aucun pauvre ». Son intendant, homme sage, selon le monde, avait bien de la peine à souffrir ses libéralités, et lui en faisait quelquefois des reproches , lui disant que son revenu n’était pas assez considérable pour y suffire ; mais le bienheureux le ramenait par de douces paroles, lui disant : « Ne savez-vous pas, mon fils, que Dieu ordonne à celui qui a deux tuniques d’en donner une à ceux qui n’en ont point, et à celui qui a du pain et d’autres aliments, d’en donner une partie à ceux qui sont dans la nécessité ? Ainsi ne vous attristez pas, mais exécutez avec joie ce que je vous commande. Je veux absolument qu’on fasse tous les jours l’aumône générale dans ma maison de Bourges, et qu’on la fasse trois fois la semaine dans toutes mes maisons de campagne ; et nulle considération ne ” me fera changer cet crdre ». Dans une grande famine dont la province du Berri fut affligée, comme il était l’unique asile des affamés, il leur faisait distribuer par jour jusqu’à quatorze setiers de blé. Cette profusion déplut extrêmement à ce même économe qui, s’en plaignant au saint archevêque, lui dit que sa prodigalité allait le mettre lui-même avec toute sa famille dans l’indigence, et qu’il n’y aurait bientôt plus de blé pour les nourrir. Mais le bienheureux, animé d’un saint zèle, lui répondit : « Ah! misérable, que serait-ce si c'était ton bien que l’on donnât aux pauvres, puisque tu ne peux souffrir qu’on leur donne celui qui ne t’appartient pas? Est-ce que ton œil est méchant, parce qu’en imitant mon maître je désire devenir bon ? Sache que tes murmures ne me feront point changer de conduite, et qu’au lieu de diminuer mes aumônes, je les augmenterai encore : je veux done que désormais elles ne soient plus bornées, mais qu’à Bourges et dans mes métairies on donne un pain à tous ceux qui se présenteront. Que si mes revenus ne sont pas suffisants pour ces charités, je vendrai mon patrimoine, et je trouverai par ce moyen de quoi y subvenir ». O prélat incomparable et digne d’une gloire immortelle ! Qui peut douter qu'ayant ainsi distribué ses biens aux pauvres, il n’ait mérité, selon la parole du Prophète, que sa justice demeure dans tous les siècles des siècles ?
Voici encore d’autres actions héroïques de cette même miséricorde. Un jour, visitant en hiver son diocèse, il rencontra en pleine campagne un pauvre demi nu et tout transi de froid, qui lui demanda l’aumône ; ses entrailles
furent émues de compassion, et il songea de quelle manière il pouvait soulager une si grande misère : il n’avait avec lui qu’un archiprêtre et un valet de chambre; il lui était donc difficile de donner à l’heure même à cet affligé de quoi se couvrir et se garantir de la rigueur de la saison ; néanmoins, sa charité, plus industrieuse que toute la prudence humaine, lui inspira de faire une chose bien extraordinaire et qui doit ravir tous les lecteurs d’admiration. Ayant laissé le pauvre avec l’archiprêtre, et s’étant retiré dans un lieu secret avec son valet de chambre, il se dépouilla de ses habits de dessous et les lui apporta pour l’en revêtir. Le pauvre fut ravi d’une aumône aussi considérable, et ayant remercié son bienfaiteur, il se retira : mais le Saint le fut encore davantage d’avoir revêtu Jésus-Christ en la personne de l’un de ses membres. Peu de temps après, il se présenta à lui un autre pauvre encore plus souffrant que le premier, et à qui la violence du froid faisait grincer les dents d’une manière déplorable. Que fera le saint archevêque en cette nécessité, lui qui, ayant donné sa tunique de dessous, n’avait plus que ses habits ecclésiastiques nécessaires pour se couvrir ? Il ne laissa pas, malgré cela, cet homme transi sans assistance ; mais se tournant vers son valet de chambre, il le pria de faire pour ce pauvre ce que lui-même avait fait pour le premier, l’assurant qu’aussitôt qu’ils seraient rentrés au logis, il lui paierait au double la tunique qu’il aurait donnée. Le valet de chambre eut la gloire d’imiter la ferveur de son maître. Ainsi les deux pauvres furent secourus, et notre Saint eut la consolation de n’avoir pas laissé des personnes rachetées du sang de Jésus-Christ, dans le danger de perdre la vie par la rigueur du froid qui les tourmentait. Ces actions héroïques se passèrent auprès de Vierzon, dans le Berri. Une autre fois un homme de condition ayant perdu tous ses biens et étant devenu extrêmement pauvre, il lui donna une grande somme de deniers pour le retirer de la misère et pour rétablir sa fortune : cela montra que sa charité était prudente et qu’elle savait proportionner ses distributions, non-seulement au besoin, mais aussi à la qualité des personnes.
Il voulait que son palais et la chambre de son audience fussent ouverts à tout le monde, et que les pauvres eussent autant de liberté d’y entrer et de lui représenter leurs nécessités, que les plus nobles et les plus riches. Quelquefois même, il se montrait plus facile aux premiers qu'aux derniers, afin qu'ils n’eussent point de honte de l’aborder et qu’ils lui déclarassent plus librement leurs peines et l'oppression qu'ils souffraient de la part des grands. Un jour, le seigneur de Châteauroux l’étant venu trouver pour des affaires importantes dont il demandait une prompte expédition, notre Saint, ayant vu entrer dans l’antichambre une vieille paysanne qui était très-pauvrement vêtue, toute couverte de boue et paraissait extrèmement lasse, quitta aussitôt ce seigneur pour l'écouter et lui donner la satisfaction qu’elle demandait; il revint ensuite à lui et le pria de l’excuser s’il l'avait laissé pour cette paysanne ; elle venait d'arriver à pied de son village et elle était obligée d’y retourner le même jour, à pied, tandis que lui, étant bien monté avec tous ses gens, était venu fort commodément et s’en retournerait aussi en trèspeu de temps et sans nulle incommodité. Quand il faisait ses visites dans les hameaux, il ne manquait pas de prendre la liste des pauvres et des malades qui y étaient, et les allait voir dans leurs chaumières. Après les avoir exhortés à bien vivre et leur avoir donné la consolation spirituelle, il leur faisait une aumône considérable. Souvent même il écoutait leurs confessions avec une patience invincible, afin de suppléer au défaut de leurs confessions précédentes, et de les disposer à une heureuse mort,
Si le bienheureux Philippe avait tant de charité et de miséricorde pour les autres, on peut dire qu’il n'avait que de la sévérité et de la rigueur pour lui-même. Il ne se contentait pas des jeûnes commandés par l'Eglise, il jeûnait encore quarante jours avant Noël avec la même sévérité qu’en Carême. Les vendredis, les veilles des fêtes de Notre-Dame et onze jours avant la Pentecôte, il ne mangeait que le soir, et faisait une rigoureuse abstinence au pain et à l’eau. Il se confessait tous les soirs après Complies avec une si grande abondance de larmes, qu’il semblait coupable de plusieurs grands crimes, quoique sa vie fût très-pure et très-innocente. Son lit était si dur qu’il était plutôt propre à le tourmenter qu’à lui donner du repos, et il s’y couchait tout vêtu, sans se dépouiller même de ses habits de dessous : ce qui seul était capable d'empêcher son sommeil. Il se levait toujours au milieu de la nuit, et après s'être frappé plusieurs fois la poitrine et avoir ensanglanté son corps par une cruelle discipline, il faisait cent génuflexions pour adorer la grandeur et la souveraineté de Dieu; puis se mettant le visage contre terre, il priait avec grande instance pour l'Eglise, pour son diocèse, pour la victoire sur ses passions et pour sa propre perfection. Son cilice était si rude, qu'il en était quelquefois piqué jusqu’au sang; mais il en demandait toujours de plus grossiers et de plus piquants, et lorsque son valet de chambre lui en présentait un neuf, il le baïisaït avec beaucoup d’affection en disant ces paroles : « Si mon Seigneur Jésus-Christ a bien souffert pour moi le supplice de la croix, n’est-il pas juste que je prenne ce cilice pour son amour, et que j’afflige mon corps par cette mortification pour me rendre plus agréable à sa divine Majesté ? » Cependant, comme une chute de cheval lui disloqua les membres et le rendit valétudinaire et sujet à de grandes infirmités, le pape Innocent IV, qui ne voulait pas voir l'Eglise si tôt privée du secours d’un si grand prélat, modéra ses austérités, lui commandant de manger de la viande et de coucher sur un matelas : ce qu'il fut obligé de faire, sans néanmoins se coucher autrement que vêtu.
Bien que la sainteté de notre Bienheureuxse fît connaître par des actions si éminentes de zèle, de charité et de pénitence, Dieu voulut néanmoins la manifester encore davantage par les miracles et par les guérisons surnaturelles qu’il lui ordonna d’opérer. Au prieuré de Blète, de l'Ordre de Saint- Augustin, il guérit, par sa bénédiction, le prieur, qui était tombé en apoplexie et avait perdu l’usage de tous ses sens. Au monastère de Celle, le serviteur de l’abbé était tombé dans une maladie si étrange que le visage lui étant enflé, il n’y paraissait plus aucune forme humaine; le saint évêque le remit en santé par son seul attouchement. Il délivra, par sa prière, un de ses archiprêtres qui était prêt d’être submergé avec son bateau sur la Gironde. Il mérita aussi le retour d’un apostat qui était sorti par inconstance de l’abbaye de Pierres. Comme on était en peine pour savoir en quel endroit d’une église reposait le corps sacré de saint Sévère, il en obtint la connaissance par une petite pierre qui tomba du toit de cette église et marqua le lieu où il fallait fouiller. Il leva ensuite ce riche trésor et le plaça avec beaucoup de solennité en un lieu plus honorable; il fit de même pour plusieurs autres saints corps dans la visite de son diocèse, honorant ainsi sur la terre ceux dont il espérait bientôt être le compagnon dans le ciel.
Il ne se contenta pas de s'acquitter des devoirs d’un vigilant évêque, il voulut aussi remplir ceux de primat et d’archevêque, et en cette qualité, il visita les archevêchés sujets à sa primatie et les évêchés sujets à sa métropole. On le reçut partout, non pas comme un grand seigneur, fnais comme un saint, et en effet, il ne marchait pas avec l'éclat et la pompe qui accom-
pagnaient trop souvent les princes de l'Eglise, mais dans la modestie et l’humilité qui est convenable aux disciples de Jésus-Christ et aux successeurs des Apôtres. Ses habits, ses paroles, ses gestes, sa manière de voyager, tout en lui respirait l’humilité : ce qui n’empêchait pas qu’on ne vint de tous côtés au-devant de lui, qu’on ne lui baisât humblement les pieds, qu’on ne le conduisit en triomphe dans les villes, et qu’on ne lui fît tous les honneurs que les plus ambitieux peuvent souhaiter. Etant dans le diocèse de Bordeaux, où l’on se plaignait que tous les biens de la terre périssaient par la sécheresse qu’on y souffrait depuis longtemps, il fit sa prière à Dieu et en obtint une pluie abondante qui remit les grains et les fruits en bon état. Dans celui d'Albi, il apprit la nouvelle d’un grand incendie qui était arrivé à Bourges; c'était en 1252; cela l’obligea d’y retourner au plus tôt, et alors, comme s’il n’eût rien fait auparavant, il s’appliqua plus que jamais à nourrir les pauvres, à protéger les veuves, à défendre les pupilles et les orphelins, à visiter les prisonniers, à consoler les malades, et même, comme il l'avait appris de saint Guillaume, son oncle, à assister aux convois des défunts. Il arrangea aussi un grand différend qui avait éclaté entre le Chapitre de sa cathédrale et le bailli royal de Bourges, et les réconcilia parfaitement ensemble. Enfin, après avoir embrassé, avec une affection toute paternelle, chacun de ses chanoiïnes en particulier, et leur avoir recommandé de sanctifier leur ministère par une vie digne des saints autels dont ils avaient l’honneur d'approcher, sachant que le temps de sa mort n’était pas éloigné, il se retira à Toury, une de ses maisons de campagne, pour se disposer avec plus de tranquillité à une heure importante et dont dépend l'éternité. Ses grandes faiblesses ne l’empêchaient pas d’aller tous les jours à sa chapelle pour célébrer le saint sacrifice de la messe ou du moins pour communier; il le faisait avec une joie, une ferveur et une avidité admirables. Le dimanche avant son décès, qui arriva un vendredi, ayant récité tout haut le Symbole au pied de l’autel, et ayant reçu avec une nouvelle dévotion le sacrement auguste de J’ucharistie, il dit à Notre-Seigneur, dans une sainte confiance : « Mon Seigneur, je remets entre vos mains et à votre garde, le peuple que vous m'avez confié ». Ensuite, on le mit au lit où il eut à souffrir des douleurs fort aiguës; mais, bien loin de s’en impatienter, il levait souvent les yeux et les mains vers le ciel, et disait à Dieu : « Seigneur, je vous remercie du châtiment que vous m’envoyez. Punissez-moi autant qu'il vous plaira, parce que j'ai mérité tous ces fléaux de votre justice ». Puis il ajoutait ces paroles de saint Augustin : « O bon Jésus, brûlez, coupez ici-bas, afin de me pardonner dans l'éternité ! » Il fit dresser dans sa chambre un autel où on lui disait tous lesjours la messe, et où l’on récitait à voix haute, dans les temps ordonnés par l'Eglise, toutes les heures canoniales; il s’y rendait aussi attentif que la violence de sa maladie pouvait le lui permettre. Le vendredi, lorsqu'on lui apporta le corps de Notre-Scigneur pour le recevoir en Viatique, il l’adora avec un profond respect, et lui adressa ces paroles : « O trèsdoux et très-aimable Jésus, combien grande est la douceur d’une âme qui se voit appelée au festin de l’Eternité, où elle n’a point d'autre aliment que vous-même qui êtes son souverain bien, et celui qu’elle désire au-dessus de toutes les choses du monde ! Je crois fermement que je vous possède dans ce Sacrement, et je veux mourir dans cette foi comme j’y ai vécu; mais ne vous voyant pas à découvert, je désire avec une ardeur incroyable de vous aller contempler dans le ciel : car, pour vous ouvrir tout le fond de mon cœur, il n’y a que vous seul qui puissiez me consoler et me donner un véritable repos : toutes les créatures ne me sont rien : vous êtes tout mon tré-
sor, vous êtes tout mon bonheur, et je ne puis avoir de joie et de contentement que dans l’heureuse possession de votre divinité et de votre humanité ». Après ces paroles de feu, il communia et aussitôt après rendit son esprit à Celui qui était tout l’objet de ses désirs. Ce fut le 9 janvier 1261. Le lendemain, il apparut à un religieux de Cîteaux, qui ne savait point son décès, et lui fit connaître son bonheur. Son corps fut enterré au milieu du chœur de sa cathédrale, avec une épitaphe qui rendait témoignage de ses vertus et de ses miracles. Il en fit encore après sa mort; car il guérit unereligieuse d’une goutte fort douloureuse qui la rendait percluse d’un bras, et il ressuscita aussi un enfant qui s'était noyé dans une cuve d’eau.
On ne l’invoque point publiquement ni à Bourges, ni à Orléans, ni à Tours qui a été le lieu de sa naissance; néanmoins, sa mémoire est fort célèbre et en grande bénédiction en tous ces lieux. On l’honorait autrefois à la Sainte-Chapelle de Paris, dont il avait consacré l’église d’en bas en l’honneur de la sainte Vierge, en l’année 1248.
Sa vie a été écrite, avec celles des autres archevêques du Berri, par un moine de Saint-Benoît, du monastère de Saint-Sulpice du faubourg de Bourges. Ælle est rapportée par de La Saussaye, dans ses Annales d'Orléans et par le Père Labbe, dans le second tome de sa Nouvelle Bibliothèque. Nous avons aussi un manuscrit de-sa noblesse, rapporté par Guy Coquille dans l'Aistoire du Nivernaïs, qui est un acte de Mahault, comtesse de Nevers. Elle appelle saint Guillaume Berruyer son oncle maternel, d'où il suit que notre Bienheureux était son cousin germain. Par ce même acte, elle lègue à l'église de Bourges douze livres de rente annuelle, pour faire brûler perpétuellement une lampe devant le sépulere du même saint Guillaume. — Cette vieest cu Père Giry.
X111e siècle,
Bienheureux ceux qui sotffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Matth, v, 10.
La place et l’église de Buzançais regorgent de peuple. Les cloches sonnent à triple carillon pour un double mariage.
Pourquoi ces brillantes sonneries et cet empressement inusité ? Sans doute, quelques grandes maisons de la province unissent leurs blasons et leurs domaines. Sans doute, la foule épie les riches toilettes des épousées et les largesses des époux.
Mais non ; le cortége s’avance, salué par les sons criards de la cornemuse et de la vielle. Voici les mariées : deux pauvres ouvrières, dont les toilettes semblent aussi modestes que les visages. D'ailleurs, ce ne sont pas elles que la multitude attend et regarde.
Voici les mariés : deux robustes fils des champs, tout pavoisés de rubans, et qui distribuent d’un air radieux de rudes poignées de main; mais la curiosité publique cherche un autre aliment.
Tout à coup les vivats redoublent ; les regards et les bras se tendent vers un nouveau personnage qui paraît sur le seuil de l’église, et dont l’extérieur cependant ne diffère en rien de celui des autres invités.
Cet homme, jeune encore, au visage doux et presque mélancolique, donne le bras à une respectable vicille, sa mère sans doute, qui, les yeux pleins de larmes, sourit à ces acclamations.
La foule satisfaite se joint alors au cortége et le suit avec un redoublement d'enthousiasme jusqu’à une petite maison de la grande rue où le couple que l’on vient de décrire s'arrête, malgré les instances des époux et des invités !.
— Excusez-moi, mes amis, dit l’homme objet de l’attention générale, je pars demain pour ma tournée ordinaire, et je dois me préparer par le repos aux fatigues du voyage. Allez, mon cœur est avec vous. Amusez-vous décemment, comme il convient à de braves gens et à d’honnêtes chrétiens. Surtout, n'oubliez pas que vous sortez de l’église, et que, même dans vos plaisirs, vous êtes sous l’œil de Dieu,
Un dernier cri de sympathie accueille cette petite allocution, et le cortége reprend sa marche,
Pendant que la foule court à ses-plaisirs, pénétrons dans la petite maison et disons maintenant quel est celui qu’entourent de si unanimes et de si fervents hommages.
C'est Honoré, le marchand de bœufs, Honoré, l’homme de bien, le serviteur de Dieu, l’ami des pauvres, dont la légende peu connue offre, avec de touchantes particularités, le plus pur modèle de l’amour filial, de la charité et de la probité commerciale.
Né à Buzançais, sur la fin du xmir° siècle, Honoré avait été élevé par ses parents dans la crainte du Seigneur et l'amour du prochain. Son père, marchand de bestiaux, allait acheter en Poitou des bœufs qu’il revendait en Berri, et avait acquis ainsi une assez belle aisance. L'enfant s’initia de bonne heure à cette vie laborieuse, en suivant son père dans ses courses, et quand celui-ci mourut, il continua le commerce, où il gagna à son tour des sommes considérables, dont une partie était employée à augmenter l’aisance de sa vieille mère, sur laquelle se concentraient toutes ses affections, et l’autre au soulagement des malheureux.
Une des plus grandes jouissances que se donnait le digne jeune homme dans ses abondantes aumônes était de doter des mariages pauvres qu’il assortissait en vertus, et ce doux acte de charité lui était si familier qu'il avait rendu son nom populaire en fait d’unions conjugales.
Il achevait une œuvre semblable quand nous l'avons vu sortant de l’église avec deux nouveaux ménages qui lui devaient leur bonheur et dont il fuyait la reconnaissance pour méditer de nouveaux bienfaits,
Cependant, sa mère se lamentait sur ses absences continuelles, et persuadée qu'ils avaient assez de fortune pour vivre largement et faire le bien, elle le priait de se fixer près d’elle d’une manière définitive.
Or, des pensées plus tristes que d’habitude obsédant son esprit au retour de la cérémonie à laquelle nous avons assisté, la pauvre vieille entraîna son fils dans un petit jardin contigu au logis. Là, assise avec lui sous un laurier, la main dans sa main, les regards tournés vers le ciel, comme la sainte Monique de notre peintre Scheffer, elle lui dit :
— Mon cher enfant, je me fais vieille, et l’âge me rend peut-être plus timide que de raison, Tes absences me causent des transes continuelles. Dès que tu n’es plus là, je ne mange plus, je ne dors plus, je ne vis plus. Pourquoi tant travailler ? Nous sommes assez riches pour nos besoins et nos goûts. Il est bien temps de te reposer et de me rendre la tranquillité, Je t'en supplie, renonce à ce voyage.
1. On montre encore, dit l'abbé Oudoul dans sa MVolice sur saint Honoré, l'emplacement de cette demeure, et longtemps on remarxqua la statue Gu Saint sur la porte de l'ancienne maison. La maison
sctuelle est possédée par M. P.., notaire, et la statue so trouve chez un voisin, le sieur B... (Pieuses légendes du Berry, par J. Voillat, Châteauroux, 1864.)
— Bonne mère, répondit doucement Honoré, il m’en coûte de vous peiner et de ne pas vous obéir à l'instant. Mais, vous le savez, j'ai des engagements à remplir, des comptes à régler, des rendez-vous que je ne puis manquer. Nous sommes assez riches, dites-vous, pour nos besoins et nos goûts ? Pour nos besoins, c’est vrai; mais vous oubliez nos pauvres. Les pauvres sont un goût dispendieux, et l’on n’a jamais assez d'argent pour eux. Laissez-moi donc faire encore ce voyage qui, je le jure, sera le dernier... D’ailleurs qu’avez-vous à craindre ?
— Je crains tout, les fatigues et les dangers de la route ; car la route est si longue de Buzançais à Thénezay. Il ne faut qu’un instant pour tomber malade ou faire une mauvaise rencontre.
— Grâce à Dieu, je suis jeune et robuste, et, loin de nuire à ma santé, l'exercice me réussit. Quant aux dangers et aux mauvaises rencontres, je ne les redoute pas davantage. Je ne me connais pas d’ennemis; d’ailleurs, en cas de besoin, j'ai bon bras et bon cœur, et puis je ne serai pas seul, les Gabidier m'accompagnent.
— Crois-tu qu'ils te seraient d’un grand secours dans une circonstance pressante ? Je n’aime guère leurs airs et leurs manières.
— Ils sont un peu rudes, en effet; mais ça n’est pas un mal pour leur état.
Enfin, je ne sais pourquoi je suis si triste aujourd’hui; je vois tout en noir et ne puis me faire à la pensée de rester encore près d’un mois sans nouvelles.
— Chère mère, reprit Honoré en montrant l’arbre sous lequel ils étaient placés, si vous voulez avoir à chaque instant de mes nouvelles, regardez ce beau laurier, planté par mon père le jour de ma naissance. Je me suis toujours figuré que son existence dépendait de la mienne. Vous m'avez vousmême raconté cent fois que, durant une grosse maladie de mon enfance, il se mit à jaunir et à languir, et qu'il reprit sa vigueur dès que je revins à la santé. Ainsi donc, tant qu'il restera vert et bien portant, n’ayez aucune inquiétude sur mon compte; mais, s’il jaunissait de nouveau, s’il dépérissait, s’il venait à mourir... oh alors !.…
— Tais-toi, tais-toi !.…
— Oui, oui, je déraisonne à mon tour ; allons, bonne mère, embrassezmoi et chassons les sombres idées." nn NE MT ER
Le lendemain, la digne femme se leva avant le jour, vérifia les hardes et les provisions de route, et se rendit en toute hâte à l’église pour allumer un cierge et faire sa prière devant l’autel de la Vierge.
En revenant, elle trouva son fils prêt à partir pour le Poitou, avec ses deux valets de touche, les frères Gabidier. À cette vue, elle éprouva un affreux serrement de cœur qui se traduisit bientôt par des sanglots.
— Bonne mère, dit Honoré, vous n'êtes pas raisonnable; je me fâcheral...
— C'est vrai, reprit la vieille; mais, que veux-tu ? je ne peux m'y faire; chaque fois que tu t’en vas, il me semble que je ne te reverrai plus.
— Et pourtant je reviens chaque fois, bien portant et le gousset plein. Ce sera de même encore; et d’ailleurs, vous le savez, c’est le dernier voyage.
— Aïnsi soit-il ! soupira la malheureuse.
Alors elle s’approcha des garçons toucheurs, glissa une pièce d'argent dans la main de chacun, et dit au plus âgé, dont la physionomie et les formes n'étaient guère moins sauvages que celles des robustes animaux confiés à sa garde :
— Ah çà! Gabidier mon ami, tâchez qu’il ne lui arrive aucun mal, Je vous le recommande...
— On y veillera, on y veillera, répondit brusquement le rustre avec un sourire grimaçant qui, loin de la rassurer, acheya de décourager la pauvre femme.
L’heure de la séparation était arrivée. La bonne vieille embrassa son fils une dernière fois, et, quand il eut disparu au détour de la rue, elle rentra dans sa maison devenue triste, et là donna un libre cours à ses larmes.
Cependant la mère d’Honoré reprit courage en se rappelant la conversation de la veille. Elle se leva plus calme, descendit au jardin, s'installa devant le laurier mystérieux, auquel était liée la destinée de son fils, et resta jusqu’au soir les yeux fixés sur lui, heureuse dele voir si frais et si vigoureux.
Les jours suivants se passèrent dans une semblable contemplation, dont elle ne sortait que pour arroser l’arbuste, en écarter les insectes, arracher l'herbe de son pied. Parfois elle lui parlait d’une voix caressante, lui demandait des nouvelles du voyageur. Il était devenu son confident et son ami. La nuit, elle le voyait en songe; au réveil, sa première pensée et sa première visite étaient pour lui.
Aussi quelles ne furent pas sa surprise et sa terreur quand, un matin, elle retrouva jaune et fané son cher laurier, dont peu d’heures avant elle admirait la belle verdure. Elle ne peut en croire ses yeux. Élle touche une à une ces feuilles hier si luisantes, aujourd’hui raides et crispées, comme si elles avaient été brûlées par toutes les gelées de l'hiver. Elle veut courber une branche, qui éclate avec bruit et montre une moelle desséchée t,
Enfin, ne pouvant plus douter de son malheur, elle s’élance dans la rue, folle de douleur, en s’écriant :
— Au secours ! gens de Buzangais, au secours ! Je n’ai plus d'enfant, et vous avez perdu votre ami.
A cet appel, les voisins accourent et pressent de questions la pauvre mère, qui leur raconte l’entretien dans lequel Honoré l’a avertie que sa vie était attachée à celle du laurier. Puis elle les conduit au jardin, où elle leur montre l’arbre mort jusque dans ses racines. Un instant les voisins essaient de lui persuader que ses alarmes sont chimériques, qu’elle est victime des apparences et de tristes pressentiments; mais bientôt, convaincus euxmêmes que cet arbre subitement flétri est un avertissement du ciel, ils se portent au clocher et sonnent le tocsin comme si le feu était dans la ville ou l’ennemi aux portes.
La cité s’émeut, les habitants armés se réunissent sur la place de l’église, et, en apprenant la sinistre nouvelle, décident qu'ils partiront aussitôt pour secourir Honoré, s’il en est temps encore, ou pour rapporter son corps s’il a succombé.
En effet, sans plus tarder, tous ceux qui peuvent se procurer des montures se mettent en marche vers le Poitou, en ayant soin de prendre des informa-
1. Ces äétails sont empruntés à une notice historique sur saint Honoré, par l'abbé Oudoul, curé de Buzançais, et à une légende poitevine, dont M. de Fontenelle de Vaudoré a donné l'analyse dans un ouvrage sur ies Vigueries et les origines de la féoflalité en Poitou. Plus ou moins développées et à part de légères variantes, ces deux versions sont identiques au fond. D'après le livre de l'abbé Oudoul, l'arbre merveilleux est un figuier, tandis que la légende poitevine en fait un laurier. J'ai préféré cette dernière version; car, saint Honoré étant mort le 9 janvier, le prodige eût été peut-être plus explicable, plus conforme aux lois naturelles, mais par contre moins frappant avec le figuier, qui perd ses fouilles et gèle si faciiement en hiver. Cet épisode n’est pas mentionné dans le très-court sommaire consacré à l'éloge historique de saint Honoré par la Mouv, bibl,, t, 11, p. 892. — Le Bréviaire de Poitiers, se fondant sur la tradition, nomme le laurier.
tions dans les endroits où le marchand de bestiaux avait coutume de s’arrêter. Celui-ci n’étant pas un hôte ordinaire, sa trace était facile à retrouver. Chacun se rappelait parfaitement l’avoir vu passer tel jour, à telle heure, avec ses deux toucheurs, mais personne ne l'avait vu revenir.
Les cavaliers arrivèrent ainsi en vue du village de Buzay, à un quart de lieue environ de la paroisse de Thénezay ‘. En cet endroit, à leur grand étonnement, les chevaux se cabrèrent, et malgré tous les efforts refusèrent d'aller plus loin.
Alors quelques hommes mirent pied à terre, et gagnèrent une cabane située dans les terres, où se trouvait une vieille femme qu'ils interrogèrent. La paysanne, récemment fixée dans cette maison, qui n’était pas une des étapes d'Honoré, s’excusa de ne connaître le digne marchand que de nom et de n’avoir à donner que des renseignements peu précis. Elle raconta pourtant que trois jours auparavant, un conductur de bœufs avait quitté sa bande et ses compagnons, pour venir lui demander à boire, au moment où elle achevait de pétrir son pain. Ne pouvant le satisfaire, car elle avait épuisé son eau pour la confection de sa pâte, elle lui avait indiqué une source cachée dans un taillis voisin, de l’autre côté de la route, et vers laquelle il s'était dirigé. Elle n’avait plus revu cet homme ; mais, peu d’instants après son départ, elle avait été grandement surprise et effrayée en remarquant que sa pâte devenait toute rouge, comme si du sang y était mêlé. Alors, jetant un coup d’œil en dehors, pour voir s’il ne passait personne à qui elle pût faire part de son aventure, elle avait aperçu la bande de bœufs qui rebroussait chemin du côté de Poitiers, sous la conduite de deux individus seulement, dans lesquels elle ne reconnaissait pas celui qui lui avait demandé à boire.
Agités des plus sinistres pressentiments à ces indications, et persuadés qu’elles se rapportent directement à l’objet de leurs recherches, les voyageurs rejoignent leurs compagnons et les trouvent en conférence avec une autre troupe de cavaliers marchant en sens inverse.
C'étaient les gens et les officiers de justice de Thénezay également en quête d'Honoré, dont la disparition subite et inexpliquée causait dans le pays les plus vives alarmes ; car le vertueux marchand de bestiaux était non moins connu, non moins aimé, non moins vénéré en Poitou qu’en Berri. Is apprennent à ceux de Buzançais que la veille, les valets de touche d’Honoré, les frères Gabidier, avaient été vus dans une foire, nantis d’une grosse somme d'argent, qu’ils étaient en train de dépenser follement et dont ils n'avaient pas justifié l’origine ; qu’interrogés sur l’absence de leur maître, ils avaient fourni des explications embarrassées, qui avaient augmenté les soupçons et déterminé leur arrestation. Ge récit, rapproché de celui de la vieille, laissait peu d’espoir sur le sort d'Honoré, qui sans doute avait été victime dans ces parages d’un lâche guet-apens. On prend donc la résolution de faire sur place de minutieuses recherches et de se livrer à l'instinct des chevaux qui, se sentant libres, quittent la grande route, entrent résolûment dans le taillis, et s’arrêtent bientôt au bord d’une petite fontaine. Alors chacun descend de cheval, consulte le terrain et fouille le bois. On ne tarde pas à remarquer sur le gazon une longue traînée de sang, partant de la source et se perdant sous les arbres. L’angoisse redouble, le dénouement approche. Enfin des cris se font entendre, un des voyageurs a découvert parmi les broussailles un cadavre décapité. La tête se trouve un peu plus
1. Thénezay, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Parthenay (Deux-Sèvres),
loin, et, dans cette triste dépouille couverte d’une boue sanglante, les deux troupes reconnaissent les traits d'Honoré.
Après avoir lavé ces souillures et donné un libre cours aux premiers élans de la douleur, on place le corps sur une litière improvisée, et, d’un commun accord, on se dirige vers Thénezay, où l’on doit se procurer un cercueil décent, rendre les derniers honneurs au martyr etconfronter les assassins avec {eur victime.
L'entrée du cortége dans la ville fut saluée par une de ces rares explosions de douleur populaire, qui sont le plus bel éloge de l’homme de bien et changent une marche funèbre en marche triomphale.
Le clergé, averti à temps, reçut aux portes de l’église les restes d’'Honoré et les déposa dans une chapelle ardente, où toute la population vint les voir, les toucher et les invoquer comme ceux d’un saint.
Les lecons des anciens offices de Buzançais et de Thénezay rapportent que beaucoup de malades atteints de fièvres et de langueurs furent guéris en cette occasion par l’attouchement du corps, et que le premier effet se manifesta sur trois porteurs qui s'étaient relevés depuis la fontaine jusqu’à église.
Extraits de la prison et subitement amenés devant le cadavre, les frères Gabidier perdirent contenance et firent des aveux complets. Ils racontèrent alors comment, ayant introduit dans leur {ouche la vache d’un paysan, avec l'intention de se l’approprier, ils avaient été sévèrement réprimandés par leur maître et forcés de restituer l’animal, ce dont ils avaient conçu un profond ressentiment ; comment, certains d’é tre renvoyés à la fin du voyage, ils avaient médité de couvrir eur faute par un crime; comment enfin ils avaient exécuté leur abominable dessein en suivant Honoré à la fontaine et en le frappant par derrière de leurs coutelas, au moment où il se penchaït pour boire.
Cependant, les cérémonies terminées, un grand conflit s’éleva entre les gens de Buzançais et ceux de Thénezay. Les premiers voulaient emporter en Berri le corps de leur compatriote, que les seconds avaient la prétention de garder comme leur appartenant par sa mort et le sang versé sur leur territoire. Alors eut lieu une scène assez semblable à celle qui se passa à Candes entre les Tourangeaux et les Poitevins après la mort du grand saint Martin. Le tumulte était à son comble, et l’on allait en venir aux mains, quand une transaction fut proposée et acceptée des deux parts. Il fut convenu que le corps d'Honoré serait dévolu aux gens du Berri et son chef à ceux du Poitou. Toutefois, il fallut ajourner ce partage, les officiers de justice déclarant ne pouvoir se dessaisir du cadavre, qui devait être la principale pièce de conviction dans le futur procès des frères Gabidier.
La députation berrichonne ne rapporta donc à Buzançais que des détails malheureusement trop précis sur la fin tragique d’'Honoré et l’assurance de posséder un jour ses reliques.
Quant à la mère d’'Honoré, je n’essaierai pas de peindre l’état de son cœur que pourront seules comprendre celles qui ont gravi le calvaire de la vie pour voir mourir un enfant, leur unique espoir, leur unique amour.
Du reste sa souffrance ne fut pas longue, car le ciel lui envoya bientôt la suprême consolation des grands affligés. Un matin, ses voisins, qui l’entouraient des soins les plus tendres, la trouvèrent endormie dans les bras de la mort, et devinèrent au doux sourire errant sur ses lèvres glacées qu’elle venait de rejoindre son fils.
Pour terminer, hâtons-nous d’ajouter que, malgré leurs aveux et leurs
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protestations de repentir, les assassins subirent les dernières rigueurs de la loi, sans que le châtiment suffit à expier leur crime. La réprobation qui les accompagna au supplice s’est attachée à leur mémoire, et, vers la fin du siécle passé, on désignait encore leurs derniers descendants par ces paroles insultantes : race de Gabidier.
Devançant la sentence du temps et de l'Eglise, les habitants du Berri, comme ceux du Poitou, rendirent à Honoré un culte spontané, et l’invoquèrent immédiatement comme un saint. Un siècle plus tard, les prodiges nouveaux qui s’opéraient journellement sur sa tombe, et l’'empressement des fidèles, déterminèrent le seigneur de Thénezay et l’évêque de Poitiers à demander sa canonisation. Une enquête solennelle eut lieu, les pièces furent transmises à la cour de Rome, qui, en 1444, sous le pontificat d'Eugène IV, inscrivit sur la liste des bienheureux l’humble marchand de bestiaux, et régularisa les hommages volontaires dont il était l’objet.
Dès ce moment, l’église de Thénezay, placée dans l’origine sous l’invocation de saint Matthias, se mit sous celle de saint Honoré, dont elle célébra la fête le 9 janvier, jour anniversaire de sa mort. L'office est du commun des confesseurs, et, si quelques pièces ont donné à notre Saint le titre de Martyr, c’est en ce sens qu'il périt pour la justice. Ainsi s’explique la palme qu’on met à la main de ses statues, l'Eglise n’attribuant d'ordinaire le nom glorieux de Martyr qu’à ceux qui meurent pour la foi.
Le Seigneur du lieu construisit, près de la fontaine témoin du crime, une chapelle qui devint le but de pieux pèlerinages et de nombreuses processions. Cette chapelle, située à un quart de lieue de Thénezay, fut détruite pendant la révolution, et la fontaine où les malades recouvraient la santé s’est tarie d'elle-même, comme pour protester contre cette profanation.
Malgré de solennelles promesses, la convention de Thénezay touchant le partage des reliques de saint Honoré ne reçut son exécution qu’au commencement du xvi° siècle. Ayant enfin obtenu gain de cause après de longs débats, les seigneurs de Buzançais firent disposer l'autel de l’église pour y placer le corps du Saint restitué par la paroisse de Thénezay, qui garda le chef, conformément à l’ancien traité. Cette translation s’opéra avec la plus grande pompe ; l’église, primitivement dédiée à saint Etienne, prit le nom de Saint-Honoré, et la ville fut mise sous son patronage ; mais l’église et la ville ne jouirent l’une et l’autre que bien peu de temps de leur trésor.
En 1562, les bandes calvinistes du comte de Montgommery, qui avaient brûlé à Bourges les corps de saint Guillaume et de la bonne duchesse Jeanne de Valois, se ruèrent sur le Bas-Berry pour se rendre en Touraine, et passèrent par Buzançais, où elles livrèrent aux flammes les restes de saint Honoré. Un doigt et un petit os, tombés pendant qu’on portait le corps au bûcher, échappèrent seuls à ce désastre. On plaça dans un reliquaire ces précieux débris recueillis par une main pieuse, et une procession expiatoire fut ordonnée à perpétuité le lundi de la Pentecôte. Ce même jour, on acquitte un vœu de la ville fait, il y a plusieurs siècles, à l’occasion d’une grosse épidémie qui ravageait le pays, et qui cessa miraculeusement par l’intercession de saint Honoré, comme le racontent les vieilles chroniques.
L'église de Thénezay possède encore la tête et une partie du vêtement du saint Martyr. Ces reliques, déjà reconnues authentiques au xvrI° siècle, l'ont été plus récemment encore, par l’évêque de Poitiers, J.-B. de Bouillé, qui les déposa ensuite dans une nouvelle châsse. Des reliques du Saint sont conservées aux Carmélites d’Abbeville, aux Clarisses d'Amiens, et au couvent de Davenescourt.
En 1833, Buzançais a obtenu une partie de la relique insigne que le diocèse de Poitiers à eu le bonheur de conserver.
La génisse dérobée pour son compte par d’infidèles serviteurs est l’attribut iconographique de saint Honoré.
On invoque surtout saint Honoré quand il s’agit de contracter mariage.
Nous avons emprunté cette délicieuse biographie du saint patron de notre pays natal aux Pieuses légendes du Berry, par J. Veïllat, en lui faisant subir de légères retouches. Nous faisons des vœux pour que chaque diocèse écrive un légendaire comme celui de M. Veillat : son livre est charmant, et en bien des points pourra servir de modèle aux hagiographes de l'avenir.
SAINTE PASCHASIE, VIERGE ET MARTYRE ! (vers 180).
En arrivant à Dijon, saint Bénigne fut recu par une vierge nommée Paschasie, la parente ou l’amie de sainte Léonilla de Langres 2. C'était une âme généreuse, qui embrassa la vérité avec ardeur et lui fit l'hommage de sa vie. Instruite et baptisée par le saint apôtre, elle devint, malgré son grand âge, sa coopératrice très-active dans la propagation de l'Evangile.
Elle habitait une maison ou vé/la en dehors de l’enceinte fortifiée, à l'endroit où s'élève l’église de Saint-Jean ; c’est là que saint Bénigne établit le centre de sa mission, et que Notre-Seigneur a été offert pour la première fois, sans doute, à Dijon, sous les voiles eucharistiques.
Le zèle de Paschasie à parler de Jésus-Christ, ses nombreuses démarches auprès de ses compatriotes et son dévouement à l'étranger qui prèchait un Dieu nouveau, éveillèrent la vigilance des païens, et à peine saint Bénigne avait-il couronné son apostolat par le martyre, qu'elle était dénoncée comme rebelle aux lois et jetée en prison. Accusée devant les juges de mépriser les dieux et les édits de l’empire en adorant le Crucifié, elle s’en fit gloire ; menacée du dernier supplice si elle s’opiniätrait, elle se rit des idoles et confessa hautement le mystère adorable d’un seul Dieu en trois personnes, et le nom très-saint de Jésus-Christ, notre unique Sauveur.
Les magistrats, humiliés et irrités tout ensemble, la condamnèrent à périr par le feu et la livrèrent aux bourreaux.
Des mains amies recueillirent en secret les ossements que les flammes épargnèrent, et les ensevelirent avec honneur ; d’autres bâtirent plus tard une chapelle sur son tombeau : il est probable que ce fut dans le lieu où se voit l’église désolée de Saint-Philibert.
Un jour, raconte Grégoire de Tours, que les ouvriers travaillaient à la basilique de Saint-Bénigne, ils virent sortir de l’église de Sainte-Paschasie une femme d’un air vénérable et auguste, vêtue de noir et la tête éclatante de blancheur. Allons, courage, mes amis, dit-elle aux travailleurs, achevez votre œuvre, dressez vos machines, et que la construction s'élève ; du reste, avec un tel architecte, la besogne ne peut qu’aller vite. Car, si vos yeux pouvaient s'ouvrir, vous verriez saint Bénigne lui-même diriger vos travaux. À ces mots, elle rentra dans la basilique, d’où elle était sortie, et nul ne la revit depuis.
Au 1x° siècle, un ancien vitrail retraçait « avec assez d'élégance, la scène de son martyre ».
Quand cette basilique fut ruinée, on transféra les reliques de sainte Paschasie dans la crypte de Saint-Bénigne, et on les plaça à la droite du glorieux apôtre, la fille auprès de son père. Au x1e siècle, saint Guillaume dédia l’un des autels de l’église souterraine à la sainte martyre et à toutes les vierges. Quelque temps auparavant, la « moitié du très-saint corps de cette bienheureuse avait été apportée dans l’église abbatiale de Flavigny par les soins de Fulchérius, abbé de Saint-Bénigne de Dijon et de Saint-Pierre de Flavigny %. Son chef, enchâssé dans un magnifique reliquaire, enrichit jusqu'à ces derniers temps le trésor de Saint-Bénigne.
Saint Grégoire de Tours : De la gloire des martyrs, et Saints de Dijon, par M. Duplus.
1. Voir la Chronique de saint Bénigne et les notes du Père Chifflet dans les Acta Sanct., 9 janvier.— Sa fête est célébrée à Saint-Bénigne et dans plusieurs églises de Bourgogne, disent Ruinart et le Père Chifflet… ?
2. Voir sur sainte Léonilla les actes des trois jumeaux, au 17 janvier.