Lib, de Synodis, n
sonnable : il s’'appliqua d’abord à se tenir très-ferme dans la confession de Jésus-Christ ‘; ensuite à ne rejeter aucun accommodement ni aucun moyen honnête et raisonnable de pacifier les choses. C’est pourquoi, il usa de beaucoup de ménagement dans les écrits qu'il fit alors, craignant que s’il y déployait plus de force, on ne l’attribuât plus au ressentiment qu’à l’amour de la vérité. Il poussa même la condescendance jusqu’à prier, parler avec les hérétiques, et leur donner le salut et la paix. Cette indulgence lui coûtait peu : car son exil, loin de l’irriter contre ses ennemis, lui était au contraire très-agréable, puisque c'était le triomphe de la vérité. Il se réjouissait de voir s’accomplir en lui la prophétie de l’Apôtre : « Il existera un temps où l’on ne pourra supporter la vraie doctrine ». En effet, l’iniquité montrait, en exilant ces courageux évêques, qu’elle ne pouvait souffrir aucune contradiction, qu’elle craignait la lumière, qu’elle ne consultait d’autre justice que ses désirs ?, « Que mon exil dure toujours », disait-il, « pourvu que la vérité soit enfin prêchée. Les ennemis de la vérité peuvent bien exiler ses défenseurs, mais elle, la vérité, croient-ils l’exiler en même temps ? En exilant mon corps, ont-ils pu enchaîner aussi et détenir la parole de Dieu * ? Si je suis trop loin de mon troupeau pour lui parler de ma bouche, je n’en serai pas moins évêque de mon église. La distance ne m’empêche pas d’être en relation et en communion avec les évêques des Gaules, et du fond de la Phrygie j’exerce toujours mon ministère à Poitiers, je distribue toujours la communion à mes diocésains par la main de mes prêtres *. On se trompe si l’on croit m'avoir imposé silence : je parlerai par des livres et la parole de Dieu, que nul ne peut vaincre, s’envolera libre ». Le premier ouvrage qu'il composa ainsi dans son exil, pour démasquer l'erreur et défendre la vérité, fut son 7raité de la Trinité.
« Il est divisé en douze livres. Le Saint y prouve de la manière la plus solide la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il enseigne que l'Eglise est une, et que tous les hérétiques sont hors de son sein ; qu’elle est distinguée de leurs différentes sectes en ce que, conservant toujours son unité, elle les combat et les confond toutes, quoique seule contre elles; qu’elle trouve la matière de ses plus beaux triomphes dans les divisions perpétuelles qui règnent entre les partisans de l'erreur f. Il fait voir ensuite que l’arianisme ne peut être la vraie doctrine, puisqu'elle n’a point été révélée à Saint-Pierre, choisi pour être le fondement inébranlable de l'Eglise jusqu’à la consommation des siècles; à saint Pierre, dont la foi sera indéfectible, parce que Jésus-Christ a prié pour qu’elle ne faillit jamais ; à saint Pierre, qui a reçu les clefs du royaume du ciel, et dont Dieu ratifie les jugements, quoique portés sur la terre. Il présente encore ailleurs les mêmes arguments %. C’est qu’en effet ils sont décisifs, et qu’il est difficile à l’hérésie d’en éluder la force. L'article de la divinité de Jésus-Christ est aussi traité avec une supériorité de lumière qui ne laisse aucune ressource aux Ariens. Le saint docteur la démontre par les miracles opérés aux tombeaux des Apôtres et des Martyrs, ainsi que par la vertu de leurs reliques ; il la démontre encore * par des faits éclatants et miraculeux que l’on ne peut révoquer en doute sans renoncer aux premiers principes, surtout par les affreux rugissements que poussaient les démons, forcés de fuir en la présence des sacrés ossements de ceux qui avaient répandu leur sang pour Jésus-Christ ! »
1. Lib. contra Const., n. 2. — 2. Lib. x, de Trinit., n. 4. — 8. Lib. de Synod., n. 78. — 4. Lib. x, ad Const., n. 2. — 5. Lib. de Trin., x, n. 4. — 6. Lib. de Trinit., n. 4, p. 917. — 7. De Trinit., lib. vx, n. 37, 38, p. 904. — 8, Zn Ps. cxxxr, num. 4, p. 447, et in cap. 16 Matth., num, 7, p. 690.— 9. Z, xx, de Tyinit., n. 3.
19. Godescard. — Pour une analyse plus détaillée, voyez Dom Ceillier, t. rv, p. 38. Nous avons cité
Saint-Hilaire avait écrit plusieurs fois, de divers lieux, aux évêques des Gaules, et il n’avait point reçu de réponse. Il craignit que ce silence ne fût affecté et qu'ils ne fussent tombés dans l’erreur comme tant d’autres ; ainsi, il avait résolu de se taire aussi de son côté et de n’avoir plus de communication avec eux, après les avoir avertis plusieurs fois, selon les préceptes de Notre-Seigneur. Quelle ne fut donc pas sa consolation lorsqu'il reçut enfin de leurs lettres et connut que s'ils ne lui avaient pas écrit plus tôt, c’est qu’ils ne savaient pas où il était. Il apprit avec une extrême joie qu'ils avaient conservé la pureté entière de la foi, qu'ils étaient demeurés unis à lui en esprit et avaient rejeté la communion de Saturnin, l’auteur de son exil; que depuis peu, comme on leur avait envoyé la deuxième profession de foi dressée à Sirmium par les Ariens, en 357, ils l'avaient non-seulement rejetée, mais expressément condamnée. Ils le priaient aussi de leur expliquer nettement quelle était la foi des Orientaux sur la divinité du Fils de Dieu et ce que voulaient dire tant de différentes confessions de foi qu'ils avaient dressées depuis le Concile de Nicée.
Le saint exilé répondit aux évêques des Gaules par son traité des Synodes, où il réconcilie l'Orient et l'Occident catholique ; car les évêques d’Occident accusaient les Orientaux d’arianisme, et ceux-ci, les premiers du Sabellianisme !. Saint Hilaire explique les différentes formules de foi que les Orientaux avaient faites depuis le Concile de Nicée, afin de montrer aux Occidentaux qu’elles étaient bonnes ou du moins tolérables, et qu'ils ne deyaient pas regarder comme Ariens ceux qui les recevaient. Il les prie de juger eux-mêmes de ces formules dont ils lui avaient demandé l'explication et de suspendre leur jugement jusqu’à la fin de son écrit. Ce n’est pas qu’il se fasse garant de l’orthodoxie de toutes ces formules : il les transmet en invitant les évêques des Gaules à les juger avec modération et à tenir compte des circonstances dans lesquelles on les a faites ; car, en Orient, « tout est plein de scandales, de schisme, d’infidélité. Que vous êtes heureux, vous », dit-il aux évêques des Gaules, « d’avoir conservé dans sa pureté la foi apostolique, d’avoir ignoré jusqu'ici ces professions écrites et de vous être contentés de professer de bouche ce que vous croyez de cœur ! » Il explique ensuite les termes dont l'ambiguïté rendait suspecte aux Orientaux la foi des Occidentaux, pour les inviter les uns et les autres à ne pas se soupconner pour les mois, puisque tous semblent s'entendre sur la chose?.
Saint Hilaire avait aussi reçu une lettre d’Abra, sa fille, probablement par la même voie que celles des évêques des Gaules. Cette lettre n’est point venue jusqu'à nous, et nous n’en Connaissons pas le contenu ; soit qu’elle y apprit à son père qu’elle était recherchée en mariage par un homme de condition, soit que saint Hilaire Le sût d’ailleurs, il crut devoir la porter à ne prendre point d'autre époux que Jésus-Christ. Nous avons la lettre où il lui donne ce conseil, et c’est sans raison que quelques critiques on voulu la faire passer pour une pièce supposée et peu digne de la gravité de ce saint évêque. Si le style n’en est pas aussi relevé que dans ses autres écrits, c’est que la matière ne le demandait point et qu'il y parlait à une jeune fille de douze à treize ans, avec laquelle la qualité de père lui permettait en quelque sorte de bégayer. Saint Hilaire eut l’occasion d'envoyer cette lettre avec le
Godescard parce qu'il a recueilli surtout les passages où se trouvent d'avance condamnées les erreurs de notre temps.
1. Sabellius, hérésiarque du re siècle, ne voyait dans la Trinité que trois actions diverses d'un même principe, lequel crée, sauve, donne la grâce.