‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 195 sur 412 · Fleury, liv. XIV, ch. 15. — 2. Voyez sa vie à ce jour · texte numérisé non relu

Fleury, liv. XIV, ch. 15. — 2. Voyez sa vie à ce jour

3. Appelés aussi Anoméens, parce qu'ils soutenaient que Je Christ était, quant à son essence, com plétement dissemblable au Père,

Mais ceux-ci en appelèrent à Constance : les uns et les autres allèrent à Constantinople, comme si Notre-Seigneur avait dit à ses Apôtres : « Lorsque vous serez embarrassés sur quelque point de la doctrine que je vous ai chargés d’enseigner, allez demander la solution aux Césars ». Saint Hilaire accompagna ce triste concile à la cour, non pour en partager la servitude, mais pour défendre la vérité et savoir ce que l’on voulait faire de sa personne. Il y vit la vérité opprimée par les Ariens de Rimini réunis à ceux de Séleucie : ces hérétiques, se voyant en nombre dans la capitale même d’un empire qui mettait son glaive et ses tortures à leur disposition, crurent l’occasion favorable pour tenir un concile de leur façon (360). On y disputa de la foi, c’est-à-dire qu'on l’ébranla jusque dans ses fondements. Mais le grand athlète de la foi était là : saint Hilaire adressa à l’empereur une requête ! dans laquelle se justifiant des chefs d’accusation que Saturnin avait formés contre lui, et défendant l’autorité de l'Eglise, il demande deux choses : premièrement de conférer avec l’auteur de son exil, Saturnin, évêque d'Arles, qui se trouvait alors à Constantinople et laisse à l’empereur le choix du lieu et de la manière dont se devrait faire cette conférence; secondement, que l’empereur lui accorde une audience dans laquelle il lui soit permis de traiter la matière de la foi selon les Ecritures, en sa présence, devant tout le concile qui en disputait alors et à la vue de tout le monde. « Je le demande », dit-il, « non pas tant pour moi que pour vous et pour les Eglises de Dieu. J'ai la foi dans le cœur et n’ai pas besoin d’une profession extérieure ; je garde ce que j’ai reçu; mais souvenez-vous qu'il n’y a point d’hérétique qui ne prétende que sa doctrine est conforme aux divines Ecritures ». Parlant des variations continuelles des Ariens, il raille finement cette multitude de symboles contradictoires qu'ils forgeaient continuellement. « L’année dernière », ajouta-t-il, « ils en ont produit quatre : la foi n’est plus la foi des Evangiles, mais la foi des temps, ou plutôt il y a autant de sortes de foi que de volontés, autant de diversité dans la doctrine que dans les mœurs, autant de blasphèmes que de vices. Les Ariens font paraître tous les ans, et même tous les mois, de nouveaux symboles pour détruire les anciens et anathématiser ceux qui y adhèrent ». Il indique le remède à cette plaie : « Comme pendant les tempêtes d'hiver », dit-il, «le seul moyen de se sauver est de retourner au port d’où l’on est sorti, de même aussi, il n’y a pas, pour se tirer de l'embarras et du désordre que causent toutes ces différentes formules de foi, d'autre moyen que de retourner dans le port de la foi en laquelle nous avons été baptisés ». Les Ariens n’osèrent accepter le défi de saint Hilaire : pour se délivrer de ce terrible adversaire, ils persuadèrent à l’empereur de le renvoyer dans les Gaules, comme un homme qui semait partout la discorde et troublait la paix de l'Orient. Leurs vœux furent exaucés : le saint évêque fut renvoyé dans sa patrie, l’an 360 de Jésus-Christ. On ne révoqua pas toutefois la sentence qui l’avait d’abord exilé. L'empereur ne voulut point paraître avoir reconnu son innocence. Il faut avouer que des défenseurs de la vérité aussi incorruptibles, embarrassent singulièrement les despotes et les courtisans ; mais rien de plus digne d’admiration que cet invincible docteur, que rien ne peut forcer à se décourager et à se rendre, et dont le courage et les lumières deviennent plus gênants dans l'exil que chez lui. |

Cet arrêt de l’empereur fut reçu du Saint avec des sentiments bien contraires ; Car, d'une part, la joie de revoir encore une fois ses chers enfants et ses ouailles dilatait son cœur, et de l’autre, il était extrêmement

1, Lib. 1, ad Const.

affligé de se voir frustré de l’occasion du martyre qu'il se promettait d’obtenir à la suite de son exil. Néanmoins, il fallut obéir aux ordres, non pas tant de l’empereur que de la divine Providence qui fit bien voir, par des miracles, combien ce retour lui était agréable. En effet, lorsqu'il eut abordé par mer, en l’île appelée Gallinaria ‘, qui était alors inhabitable aux hommes, parce qu’elle servait de repaire à une multitude de serpents extrèmement venimeux, tous ces animaux seretirèrent en la présence du Saint dès qu'il mit pied à terre, fuyant devant lui comme s’il fût venu les chasser au nom de Jésus-Christ ; car, ayant fiché son bâton en un certain endroit de l’île, qu’il leur donna pour borne, il commanda à ces serpents de ne point passer outre, ce à quoi ils obéirent. C’est de cette île Gallinaria que saint Martin, qui était déjà son disciple, l’alla chercher à Rome, sur le bruit qu’il revenait en France ; mais apprenant qu'il était plus loin, il le suivit jusqu'à Poitiers, où il profita si bien, une seconde fois, sous la discipline d’un si bon maître, qu’on l’a vu depuis paraître comme un grand prodige de sainteté dans l'Eglise de Dieu ?.

Il n’est pas aisé de décrire avec quelle allégresse le saint prélat fut reçu par tous les ordres du clergé de l'Eglise de France : « Ce fut alors », dit saint Jérôme, « que la France embrassa son grand Hilaire, revenant victorioux de la défaite des hérétiques et la palme à la main ». Dieu même honora son retour par des miracles bien remarquables. Un enfant étant mort sans baptème, le Saint ému par les prières et les larmes de ses parents, lui rendit la vie du corps et y ajouta celle de l’âme, miracle que rappelle un monument de sculpture conservé jusqu’à nos jours par la dévotion reconnaissante de la cité.

Voici un miracle bien différent et plus extraordinaire encore. Saint Hilaire trouva sa fille Abra, dont nous avons parlé, dans l’état de vierge qu'il lui avait conseillé. Craignant que le souffle du monde ne ternit cette fleur si pure et si fragile, il pria Dieu pour elle avec ferveur, demandant qu’elle fût cueillie pour le ciel, s’il le fallait, plutôt que flétrie. Notre-Seigneur le prit au mot : il envoya à sa fille la mort la plus douce ; ce tendre père eut la consolation de lui fermer les yeux, d’ensevelir son corps et de mettre pour ainsi dire de ses propres mains son âme dans le ciel. L'église de Poitiers l’honore comme une Sainte, le 13 décembre. Sa femme, qui vivait encore, jalouse, pour ainsi dire, du bonheur de sa fille, et brülant dela revoir, pria son saint mari de lui obtenir la même faveur ; il y consentit, et eut ainsi, je dirai la joie pour unsi saint évêque plutôt que la douleur, de se voir précéder dans la céleste patrie, par les deux plus chers objets, après Dieu, de son amour. Ainsi aiment les saints. Leurs plus légitimes affections se rapportent à Dieu, et ils n’en possèdent en ce monde que pour les lui sacrifier en vue de l’autre.

À peine Hilaire fut-il rétabli sur son siége, qu'il mit la main à l’œuvre pour laquelle la Providence le ramenait ; les mesures violentes et les piéges employés avec persévérance par l’empereur avaient arraché, même aux évêques catholiques du concile de Rimini, l'adoption d’un symbole équivoque, auquel le pape Libère, Vincent de Capoue et Grégoire d’Elvire opposèrent une invincible résistance. Alors, s’écrie saint Jérôme, l'univers gémit

1. L'ile Gallinaria, rocher désert, porte aujourd'hui le nom d'/soletta d'Albenga.

2. Saint Martin, ne voulant plus quitter saint Hilaire, fonda le monastère de Ligugé, le second des Gaules, et où il passa quinze ans. Ce monastère a été acquis par Mgr Pie et confié aux Bénédictins de France, Nous disons le second, car saint Martin ne quitta le service militaire qu'en 356; or, saint Jouin créa le monastère d'Ansion antérieurement à l'année 350. V. Origines de l'église de Pouliers, par M. Auber, P. 69, in-80, 1866.

et s’étonna d'être Arien. Il s'agissait de relever ces ruines : Hilaire l’entreprit, non sans inquiétude sur le moyen qu'il fallait employer. La plupart de ses confrères voulaient absolument retrancher de leur communion tous ceux qui avaient souscrit le formulaire de Rimini. Mais il aima mieux suivre, comme avaient fait saint Cyprien de Carthage, saint Corneille de Rome et d’autres pasteurs charitables de l'Eglise, l’avis que donne l’Apôtre à ceux qui sont demeurés fermes, de corriger avec douceur ceux qui sont tombés. Il tendit donc la main à tous ceux qui voulurent se relever. Il assembla pour ce sujet divers conciles dans les Gaules, où la plupart des évêques qui avaient été trompés, intimidés ou corrompus, reconnurent leur faute avec humilité. On y condamna ce qui s’était fait à Rimini et l’on rétablit la foi de l'Eglise dans sa pureté, malgré l’opposition de Saturnin d’Arles, qui fut déposé sur le suffrage de tous les prélats et chassé de l'Eglise, après avoir été convaincu de plusieurs crimes énormes, outre celui d’hérésie (361). Hilaire mérita en cette circonstance le titre de Sauveur, de Père de la Patrie; car c’est lui qui délivra les Gaules des ténèbres et du poison de l'erreur, et fit comme renaître nos Eglises à la vraie foi, d'autant plus qu’il nous à continué cette protection après sa mort. Lorsque 146 ans après, le premier roi chrétien des Francs, Clovis, marchait pour combattre l’arien Alaric, roi des Goths, il vit une grande lumière sortie de la basilique de Saint-Hilaire de Poitiers, s’avancer vers lui ; il comprit alors que le Pontife, qui avait terrassé l’hérésie de son vivant, allait lui servir d’auxiliaire contre les bataillons hérétiques !; en même temps une voix avertit le guerrier catholique de se hâter, dès qu’il aurait fait sa prière dans ce lieu vénérable, d'engager la bataille. Alors Clovis s'avança audevant d’Alaric, plein de confiance en la protection céleste qui lui avait été promise; le succès couronna si bien ses efforts, qu'avant la troisième heure du jour, contre toute espérance humaine, il avait remporté une complète victoire. En célébrant ce triomphe, Fortunat dit qu’il sent bien (et c’est saint Hilaire lui-même qui lui inspire cette pensée) que le saint évêque, dans sa tombe ou plutôt dans le ciel, n’a pas moins de sollicitude pour la religion catholique que lorsqu'il vivait encore. Il faut faire dater de cette époque (361), où saint Hilaire fait d’héroïques efforts pour bannir l’arianisme des Gaules, son livre contre le médecin Dioscore ; nous ne pouvons en parler, puisqu'il ne nous en reste plus que le titre transmis par saint Jérôme.

Il publia aussi son livre contre Constance ; il l’avait composé en 360, lorsqu'onlui refusa,commenous l’avons vu, à Constantinople, l'audience qu'il avait demandée avec beaucoup de soumission et de respect à l’empereur devant lequel il offrait de convaincre les Ariens d'erreur. Il crut alors qu'il n'avait plus rien à ménager avec Constance, et qu'il devait même dévoiler publiquement son impiété, afin qu’il cessât de se faire passer pour le protecteur de la religion, tandis qu’il l'était seulement de l’hérésie.

Le remède était violent, mais nécessaire, vu le malheur de ce temps, et le Saint nous assure qu'il l'employa, non pour sa propre cause qu’il avait toujours défendue avec modération, mais pour celle de Jésus-Christ; son dessein étant moins d’invectiver contre Constance que de défendre la doctrine de l'Eglise. En effet, uniquement attentif aux maux que ce prince avait faits à l'Eglise, il passe sous silence tous ses autres désordres. Il y en a qui ont censuré la dureté de ses expressions où il semblerait presque avoir oublié ses obligations comme sujet de l’empereur ; mais il fant considérer

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