‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 196 sur 412 · Greg. Tur., lib. 11, Hist. Franc. c · texte numérisé non relu

Greg. Tur., lib. 11, Hist. Franc. c

VIES DES SAINTS. — TOME Ier 20

que son langage était moins l’effet d’un zèle outré et excessif que de son amour pour la vérité et de l’ardeur de sa charité pour Dieu et son peuple. D'ailleurs, ses paroles ne sont pas plus fortes que celles que Jésus-Christ et le martyr saint Etienne ont employées contre les Juifs. On peut dire de saint Hilaire ce que saint Grégoire de Nazianze a dit de plusieurs grands personnages de ce temps-là : « Quelque pacifiques et modérés qu’ils soient d’ailleurs, il y a un cas où ils ne peuvent plus être doux et faciles, c’est lorsque le repos et le silence trahiraient la cause de Dieu; alors, ils sont tout à fait belliqueux, et dans la lutte ils se montrent hardis, intraitables; il se précipiteront plutôt au-delà des convenances, que de rester en-deçà de leur devoir !.

La mort surprit Constance avant que notre Saint eût pu lui adresser son éloquent écrit, 3 nov. 361.

Après avoir rétabli la foi catholique dans les Gaules, saint Hilaire passa en Italie (364) pour délivrer aussi cette contrée du fléau de l’hérésie. Il fut secondé dans cette entreprise par saint Eusèbe de Verceil et Philastrius de Brescia : ces grandes lumières vinrent à bout d'éclairer par la splendeur de leurs rayons l’'Illyrie et l'Italie, et de bannir des pays les plus reculés et des coins les plus secrets, les ténèbres de l'erreur, Mais la plus grande part de cette gloire revient à saint Hilaire, parce que naturellement doux et pacifique et en même temps très-instruit, et possédant tout ce qu’ilfaut pour persuader, il réussissait plus vite et mieux. Au milieu de ces consolations, notre Saint rencontra deux grands sujets de tristesse qui étaient en même temps deux grands obstacles : Lucifer de Cagliari, jusque-là son ami, et comme lui, illustre défenseur de l’orthodoxie, ne se contenta pas de blâmer la douceur d'Hilaire, d’Athanase, du pape Damase et des autres évêques restés fidèles àla foi, qui pardonnaient aux évêques tombés dans l’arianisme, pourvu qu’ils se relevassent; il prétendit que c’était trahir la vérité et qu’il ne pouvait rester en communion avec Ceux qui communiquaient, disait-il, avec des hérétiques: il fit un schisme où le suivirent quelques partisans, et les efforts de saint Hilaire et de ses collègues ne purent le ramener dans le giron de l'Église.

Ce qui n’affligeait pas moins saint Hilaire, c'était le triste état de l’église de Milan : Auxence, un des chefs de l’arianisme, qui en avait usurpé le gouvernement, la tenait sous l’oppression. Comment la délivrer de ce serpent, dont le poison était d'autant plus dangereux qu’il le cachait? En effet, lorsque l’empereur Valentinien, qui paraissait résolu à réprimer la turbulence des Ariens, vint se fixer à Milan, vers le mois de novembre de l’an 364, Auxence le prévint contre saint Hilaire et saint Eusèbe, en disant qu'ils étaient des séditieux, des calomniateurs qui l’accusaient d’arianisme, quoiqu'il n’enseignât que la foi catholique. L'empereur, qui voulait établir la paix dans sa résidence, se laissa persuader par Auxence, et défendit par un édit pressant, à toute personne, de troubler l’Église de Milan. Saint Hilaire ne put souffrir qu’un empereur Catholique, sous prétexte de paix et d'unité, livrât une illustre église à un hérétique. Au risque d’être importun, il entreprit de détromper ce prince par une requête, où il offrait de lui faire voir qu’Auxence était un blasphémateur, qu'il fallait le tenir pour un des plus grands ennemis de Jésus-Christ, que sa croyance n’était pas telle que le prince et tous les autres pensaient. Valentinien, touché de cette remontrance, ordonna qu'Hilaire et Auxence conféreraient en commun avec environ dix autres évèques, en présence du questeur et du grand-maître du palais. Auxence,

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