PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION
Ïl y a toujours, dans chaque genre, un livre qui l’emporte sur les autres, du moins en réputation. Vous craignez de rester au-dessous de votre siècle, d'ignorer le dernier mot de la science si vous étudiez ailleurs : c’est là que les choses apparaissent sous leurs vrais points de vue, ou c’est là qu’on les yoit comme tout le monde. Excepté donc les personnes pour qui les livres ne sont que des corps destinés à occuper de l’espace dans leur bibliothèque, et celles qui ne prennent point conseil avant de se résoudre, on s’enquiert du mérite d’un ouvrage avant de l’admettre en sa compagnie, absolument comme on ferait pour un ami futur, ou pour un maître dont on voudrait suivre les lecons : c’est une ambition noble et prudente de rechercher en tout ce qu’il y a de meilleur.
Où la Vie des Saints est-elle le mieux écrite en français ? Est-ce dans Baiïllet, ou dans Godescard, ou dans Ribadeneira, ou dans Giry ? — « On’ éprouve, en parcourant la Vie des Saints dans Godescard et dans Baiïllet, la même impression que si l’on se promenait dans un beau jardin dépouillé par l’hiver. Le souffle d’une froide et mortelle critique n’y a laissé, pour ainsi dire, aucune fleur, aucun parfum ». C’est ainsi que nous nous exprimions en 1858, dans la préface de notre première réédition du Père Grry, et le jugement, loin d’être démenti par personne, fut unanimement ratifié par le public, dont nous avons pu connaître sûrement la pensée par d’innombrables lettres que nous avons incessamment reçues depuis cette époque, et par d'importants articles consacrés par les journaux à l'appréciation de notre ouvrage.
Inutile de recommencer ici le procès de Baïillet; condamné au tribunal sans appel de l'Eglise, son nom passe à la postérité parmi ceux des dénicheurs de Saints, quoique sa science et sa critique ne soient pas sans valeur.
Butler, miroir infidèle, est loin de nous transmettre les radieuses figures des Saints telles qu’on les voit briller en leur temps. S’il ne les renverse pas du trône où la piété des siècles est habituée à les trouver, il laisse rarement intacts l’auréole, l’éclat extérieur dont Dieu environna leur humble tête : s’il raconte avec quel courage ils se dépouillèrent de tout ce qui est terrestre, il se garde bien de dévoiler la splendeur dont Dieu les revôtait à