‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 22 sur 412 · XXII PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION

mesure comme d’un céleste manteau. Il avait peur sans doute d’éblouir, de scandaliser des yeux que l’atmosphère aride et nue du protestantisme avait déshabitués de ces échappées de lumière divine, de ces doux et riches reflets des cieux. La France, à cette époque, semblait demander autant de ménagements que l'Angleterre : honteuse de ses ancêtres, la manie de mutiler leur pensée et leur foi travaillait tous ses membres.

Ce siècle était malade de la même fièvre de destruction sous des formes diverses : tous les efforts tendaient à bannir la beauté de l’antique, les charmes du passé, la poésie des vieux âges. A peu près à la même époque, Voltaire déshonorait la littérature française en travestissant la Bible; le neveu de Bossuet arrachait des lèvres de l'Eglise de Troyes les prières où le souffle de ses pères s’unissait encore à celui de l'Eglise universelle; un chanoine Ôtait, pour voir plus clair dans son bréviaire, ces vitraux qui purifient la lumière de ce qu’elle a de profane, l’empêchent de troubler le jour mystérieux du sanctuaire, l’obligent de nous apporter quelque chose de Dieu ou des siens; à la même époque, Godescard traduisait à ses contemporains les Saints de Butler, qui n'étaient pas tout à fait ceux de PEglise. S'il s'agissait ici des qualités de Godescard, nous lui en reconnaîtrions un grand nombre; mais nous ne nous occupons que de ses défauts, qui ne permettent pas à son livre de faire les délices des âmes pieuses. Pourquoi être plus sage que l’Eglise guidée par l'Esprit de Dieu ? Rougit-elle de ce merveilleux qui se dégage, dans les Saints, si poétiquement du fond monotone de la vie humaine; de ce merveilleux où Dieu se montre lorsque l’homme consent à s’effacer, où nous est rendue sur la nature une partie de l'empire qui se brisa, lorsque nous tombâmes avec Adam, où brille aux regards de l’espérance une lueur de la gloire qui nous attend dans le ciel ? On ne fait pas la part de Pincrédulité comme celle du feu : plus on lui concède, plus elle exige; si, sous prétexte d’accommoder tout ce qui, dans la religion, n’est pas de foi, au goût du siècle, vous lui permettez d'ôter de vos cathédrales les ornements qui lui déplaisent, ou de les cacher sous des ornements profanes, tout l'édifice disparaîtra bientôt et plus tard s’écroulera peut-être sous le marteau démolisseur.

Mais, objectera un partisan de l'Ecole hagiographique du xvur° sièele, faut-il admettre tout prodige sans examen ? Sied-il à des gens éclairés d’avoir si peu de discernement ? — Il s'agit bien de cela ! N’admettre que ce qui est certain est une maxime banale de vérité et d’antiquité. Jamais l’histoire n’est partie de ce principe, qu’il n’est point nécessaire de bien constater un fait avant de le donner pour incontestable : jamais l'Eglise n’a conseillé d'édifier les fidèles avec des fables. S'il y eut chez nos ancêtres des excès de crédulité, nous les blämons; si nous sommes plus clairvoyants, tant mieux. Seulement évitons, nous aussi, l’excès; il faut de la critique, pas trop n’en faut. Qu'on recherche avec le plus grand zèle les actes primitifs ; qu’on préfère, parmi les biographes d’un Saint, ceux qui vivaient de son temps, rien de

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