‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 23 sur 412 · PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION, XXII · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION, XXII

mieux. Mais, à défaut de ces documents contemporains, on a tort de refuser toute certitude, toute vraisemblance aux éerits plus récents, aux tradi+ tions locales; car, à mesure que les savants découvrent ces sources antiques, ils sont émerveillés de voir avec quelle exactitude elles so retrouvent dans les traditions locales et dans les relations postérieures, où d’ordinaire on ne remarque d'autre amplification que dans le style, souvent enflé, et dans les éloges parfois outrés, sans altération, ni pour le fond ni généralement pour la forme, du récit original, qui peut se recueillir intégralement par lambeaux. Voilà ce dont nous sommes témoins chaque jour; voilà comment la science, lorsqu’elle est sincère et bien intentionnée dans ses investigations, raffermit historiquement les vérités qu’elle a d’abord ébranlées, et rencontre, en revenant par un circuit à son point de départ, sans le savoir, quelquefois sans le vouloir, des croyances dont elle s’était séparée, les jugeant trop naïves, superstitieuses, peu éclairées, mal établies. Que Baillet et Godescard, dans le récit des miracles, se précautionnent contre la fausseté et Pimposture, à la bonne heure : la crainte de l'erreur est légitime, la crainte des incrédules ne l’est pas. Est-ce pour eux que vous écrivez ? D'ailleurs, le peu de surnaturel que vous conservez suffira pour leur déplaire, et comme vous n’en admettez pas assez pour contenter ceux qui l’aiment, vous ne plairez à personne, sauf peut-être aux timides amis de Dieu et de ses Saints. Godescard ne sait ni attacher ni toucher; il manque d’onetion. Il nous épargne cette atmosphère céleste que nous respirons lorsqu'on nous met en la vraie compagnie d'un Saint qui vit déjà dans le ciel, que le ciel accompagne partout. Godescard avait presque fait le vide autour de nos poitrines haletantes. Aussi avec quel empressement fut accueilli tout ce qui promettait de nous rendre le surnaturel !

La vieille traduction française de l'Espagnol Ribadeneira, rééditée par M. l'abbé Daras, eut d’abord le plus grand succès : on reconnut, dans cette manière de raconter la vie des Saints, toute différente de celle de Godescard, la bonne manière, Pantique, la traditionnelle, celle de l'Eglise. Seulement, on s’aperçut bientôt que cet ouvrage a le grave défaut d’être une traduction qu retient toujours quelques grâces au passage , que le style du traducteur est diffus ?, qu’il a vieilli, et que M. l'abbé Daras (qui d’ailleurs a déployé un grand talent dans les additions), ne l’a pas assez corrigé. Il y a des inexactitudes, il y a des mots qui de naïfs sont devenus blessants pour des oreilles chastes et littéraires. Ces défauts sont regrettables dans un ouvrage qui est destiné à tous les fidèles, dans lequel, par conséquent, tout devrait être intelligible aux gens illettrés, digne du goût le plus exigeant, et sans danger pour la jeunesse.

Qui n’admire, qui n’applaudit Rohrbacher terrassant les ennemis de l'Eglise dans l’arène de l’histoire ? Mais sa main est moins heureuse lors-

4, Univers du 12 novembre 1859.

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