XXIV PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION
qu’elle prend la plume de l’hagiographe. Ceux qui ont lu sa Vie des Saints s’accordent à dire que leur espérance a été trompée. Il offre quelquefois des documents nouveaux et des pages ravissantes; mais, en général, « comme ses récits sont tous ou presque tous extraits de son /Zistoire universelle, il passe sous silence une foule de Saints qui ne se trouvent point dans cette histoire; son style n’est pas toujours celui d’un hagiographe; et souvent, chez lui, la vie d’un Saint a conservé des lambeaux d'histoire de l'Eglise qui deviennent plus que des hors-d’œuvre. D'ailleurs, Rohrbacher ne fait la plupart du temps que reproduire Godescard ou le Père Héliot. On peut donc le juger, sous presque tous les rapports, inférieur aux auteurs avec lesquels nous avons comparé le Père Giry ‘ ».
La plupart des abrégés de la Vie des Saints, étant tirés de ces recueils, ajoutent aux défauts que nous venons de signaler les défauts inséparables de tout abrégé : ils rebutent par leur aridité. Les chiffres qui marquent la naissance et la mort d’un Saint, son nom, la sèche énumération des actions de sa vie, la liste de quelques vertus (les mêmes pour tous les Saints) : voilà le froid et inutile squelette dont la méditation doit nourrir notre piété! Nous excluons pourtant de ces reproches l’Année chrétienne du Père Croiïset : les âmes dévotes y savourent l’arome pur de la sainteté; mais les esprits délicats trouvent le Père Croiset, en plus d’un endroit, incorrect et prolixe. Ajoutons que le Père Croiset fait, pour chaque jour, plutôt des réflexions pieuses sur le Saint, le plus universellement honoré, qu’il n’en raconte la vie.
L'absence de toutes ces imperfections forme l'idéal &e l’hagiographie. Sont-elles absentes du Père Giry ? Plus que des autres auteurs, on le reconnaît communément. Peut-on les faire disparaître tout à fait ? Non, sans doute, mais toujours davantage; c’est à quoi nous travaillons de toutes nos forces. « Il fallait un juste milieu entre l’histoire et la légende, un récit qui pôt à la fois édifier et instruire. Ce fut l’œuvre d’un pieux et savant religieux Minime, le Père Giry. Il réunissait toutes les conditions requises pour une pareille tâche. Il écrivait avec grâce, correction et facilité. Il possédait parfaitement ce genre de style qui, à notre avis, convient le mieux à l’histoire des Saints, nous voulons dire une simplicité élégante et naturelle, qui n’arrête le lecteur ni par des défauts ni par des ornements, et qui lui fait oublier l’écrivain pour ne penser qu’à son sujet... ? » « Nulle part on ne trouve plus de théologie et de doctrine unies plus agréablement à des récits plus attrayants. Ce livre est sérieux sans être sec, développé sans être long, doctrinal sans être ennuyeux, théologique enfin sans cesser d'être universel et populaire... On n’y sent pas la morale, tant elle est agréablement disséminée dans le récit, et cependant elle nous pénètre sans que pous le sachions. Il faut que nous devenions meilleurs à force d’être charmés.. Le Père Giry nous paraît d’ailleurs avoir suivi la meilleure méthode
4, Union de la Haute-Marne du 26 novembre 1859. 2. Ami de la Religion, 14 octobre 1859.
+ PNR EEE