PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION, XXY
hagiographique. Il ne donne pas toutes les légendes, mais il donne largement toutes celles que l’histoire n’a pu contredire. Il se garde bien de retirer ainsi à la Vie des Saints un de ses plus grands charmes, le charme du surnaturel : il ne rougit pas de nos chères légendes, il n’a pas peur des miracles, et en même temps il prouve les faits, donne les dates, indique les sources. C’est une bonne méthode, qui satisfera, croyons-nous, les partisans de Godescard et ceux de Ribadeneira, leur offrant ainsi ce sage milieu dont on peut dire : n medio stat veritas… Le style est net, élégant, digne du grand siècle, simple et doux comme celui de saint François de Sales, solide comme celui de Bourdaloue.…. »
Postérieur à Ribadeneira, dont il s’est beaucoup servi, le Père Giry l’emporte sur lui par la critique : et, sans se séparer de son école pour tomber dans la sécheresse de Baillet, il démêle avec un grand discernement ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas, et il ne rapporte que ce qui a des fondements raisonnables. Il est en même temps plus complet... Enfin la Vie des Saints du Père Giry est française, ce qui la rend préférable pour nous à celle du jésuite espagnol... « Bien que les Saints soient citoyens d’une patrie commune et que leur nationalité importe peu à l'Eglise, cependant l’hagiographe ne peut se défaire d’une certaine prédilection pour ceux qu’a produits son pays : sa plume s'arrête avec complaisance sur leur histoire”: sa vigilance plus attentive n’en oublie aucun, même les moins connus, et ainsi son œuvre, sans cesser d’être catholique, prend un caractère national... ?» Il est national à un autre titre. Il rend aux églises de France leurs vieilles traditions, leurs gloires antiques, à l’époque même où on les en dépouillait, Il montre clairement que Jésus-Christ, étendant tout d’abord ses conquêtes partout où les Romains lui avaient préparé la voie par les leurs, n’a point oublié la plus belle province de l’empire romain. Jésus-Christ nous a envoyé le flambeau de l'Evangile dans la main de saint Lazare, son ami, qu'il avait pleuré et ressuscité; dans la main de sainte Madeleine et de sainte Marthe, sœurs de Lazare, ses deux amies; dans la main de saint Denys l’Aréopagite, qu’il avait converti par les prodiges de sa mort et par la prédication de son apôtre saint Paul : les pieds augustes de ce dernier ont sans doute aussi sanctifié le sol de la France. On verra dans cet ouvrage le nom des disciples des Apôtres qui fondèrent nos premières églises, heureuses de retrouver leurs titres, leurs actes de naissance, de voir rattacher la chaîne de leur foi immédiatement aux Apôtres. Le Père Giry ne dépouille point le tout pour enrichir la partie, il n’oublie pas la mère en glorifiant ses illustres filles, qui ne seraient rien sans elle : il remet l'Eglise de Rome en possession de sa véritable histoire, de ses droits inaliénables, que la France, dans des siècles d’oubli, ne reconnut pas assez ?.