Ordinavit in me charitutem. (Cant
ses louanges, de ses honneurs. En vain chacun d’eux mettait l’autre en avant pour en être éclipsé; ils ne faisaient que répercuter l'éclat l’un de l’autre, et une gloire plus brillante ray6nnait de tous deux. Pour s’en dépouiller, car ils craignaient de succomber aux dangers de la vanité et de recevoir ici-bas leur récompense, ils résolurent d'abandonner leur pays, pour aller se cacher bien loin dans quelques déserts. Dieu, en leur donnant ainsi le désir d’émigrer, voulait promener ces astres en divers lieux pour y répandre la lumière. Ils donnent aux pauvres ce qui leur restait de leur bien. Ils sortent, à l'exemple d'Abraham, de leur maison, de leur parenté, de leur patrie qui pleurent ; et pour que leur conduite n’offre rien qui sente la légèreté de la jeunesse , ils emmènent avec eux un saint vieillard d’une gravité consommée, d’une vie angélique, nommé Capraise!; ils se soumettent à lui comme à leur guide, à leur maître, à leur père en Jésus-Christ. Lorsqu'ils passent à Marseille, Procule, évêque de cette ville, fait tous ses efforts pour les attacher à son église. Ils sont d’abord près de céder aux instances du prélat, à cause de sa sainteté, mais la première résolution prend le dessus.
Ils s’'embarquent pour trouver un rivage où les mœurs de la Gaule et là langue latine qu’ils parlent soient étrangères. Heureuses les terres, heureux les ports qui vont recevoir ces citoyens du ciel qui naviguent vers leur patrie ! D’autres passent en Orient et dans les lieux habités par des Saints, pour y profiter de leurs exemples; mais Dieu amène ceux-ci pour donner euxmêmes le bon exemple, pour laisser partout des semences de sainteté. Ce serait trop long de les suivre ; rappelons seulement que, pour l’amour de Jésus-Christ, nos deux jeunes voyageurs supportèrent avec intrépidité toutes les incommodités d’une traversée qui devait être très-pénible à des personnes élevées si délicatement. Mais les forces de Venance furent au-dessous de son courage : il tomba malade et mourut en Grèce, dans la ville de Méthone ?. On lui fit de magnifiques funérailles, auxquelles tous les habitants de la ville, Latins, Grecs, Juifs, assistèrent avec empressement.
Après la mort de son frère, Honorat reprit le chemin de l'Occident, conduit par la main invisible de la Providence, qui le sauva de tous les périls. Les pays qu’il toucha dans son passage, reçurent des lumières spirituelles. L'Italie, où il aborde, regarde sa présence comme une bénédiction; la Toscane l’embrasse avec vénération et par les prières engageantes de ses prêtres, l’oblige à prolonger son séjour. Enfin, Notre-Seigneur brise tous ces liens et nous le ramène. Notre ermite aborde en Provence, et là, ayant lié une étroite amitié avec saint Léonce, évêque de Fréjus, pour ne se pas éloigner de cet homme de Dieu, il cherche un désert dans le voisinage, où il puisse parler à Dieu plutôt qu'aux hommes. « Le marin, le soldat, le voyageur qui sort de la rade de Toulon pour cingler vers l'Italie ou l'Orient, passe entre deux ou trois îlots rocailleux, arides, surmontés çà et là d’un grêle bouquet de pins. Il les regarde avec indifférence et s'éloigne, et cependant il est un de ces îlots qui a été pour l’âme, pour l'esprit, pour le progrès moral de l’humanité, un foyer plus fécond et plus pur que n’importe quelle île fameuse de l’Archipel hellénique. C’est Lérins, autrefois couverte d’une ville déjà ruinée du temps de Pline, et où l’on ne voyait plus, au commencement du v° siècle, qu’une plage déserte et rendue inabordable par la quantité de serpents qui y pullulaient ? ».