‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 269 sur 412 · Rufin, Vif. PP., lib. xxx, n · texte numérisé non relu

Rufin, Vif. PP., lib. xxx, n

loin de s’effrayer de leurs fantômes. Il avait toujours le visage égal, joyeux et bien composé, sans s’abattre dans les traverses, ni se laisser aller à une joie excessive dans la prospérité : ce qui le faisait connaître au premier coup d'œil entre les autres religieux. Et ceux mêmes qui ne l’avaient jamais vu s’adressaient d’abord à lui ; car, par la candeur de son visage qui respirait la douceur, ils jugeaient de l'intégrité de son âme et de sa conscience. Trois moines avaient coutume de l’aller voir une fois l’an; deux lui proposaient des questions, mais le troisième ne disait jamais mot. Saint Antoine lui en demanda la raison, craignant que ce ne fût par crainte. Il répondit : « Mon père, il me suffit de vous voir ». Il respectait les ecclésiastiques et se mettait à genoux pour recevoir la bénédiction des prêtres et des évêques ; il fuyait la conversation de tous ceux qui étaient séparés de l'Eglise, et enseignait que le véritable catholique devait les avoir en horreur et les fuir plus que les serpents et les vipères.

Il y avait un juge arien, nommé Balac, qui exerçait des cruautés horribles contre les catholiques, particulièrement contre les vierges et les religieux qu'il faisait dépouiller et fouetter dans les rues. Antoine lui écrivit pour l’exhorter à quelque modération, et le menaça de la colère de Dieu s’il continuait ses impiétés. Get apostat n’en fit que rire, et jetant la lettre à terre, il cracha dessus et la foula aux pieds ; mais la justice de Dieu ne tarda guère à le punir. En effet, cinq jours après, montant à cheval avec Nestor, gouverneur d'Egypte, le cheval de ce dernier, quoique très-doux, se jeta sur Balac, le renversa par terre et le mordit plusieurs fois à la cuisse. Il fallut le porter tout meurtri et sanglant à la ville où il mourut au bout de deux jours.

Une autre fois, saint Antoine étant sur sa montagne, fort loin de l'Egypte, viten esprit le ravage que les Ariens devaient faire à Alexandrie ; et se prosternant à terre, il commença à pleurer, à gémir et à prier Notre-Seigneur qu'il ne permit pas qu’une si grande calamité arrivât à son Eglise. Il avait vu que des bêtes immondes et des mulets indomptés abattraient les autels à coups de pied : c’étaient les Ariens par qui les églises devaient être profanées et les sanctuaires démolis. Dieu modéra son affliction, lui faisant voir que l'Eglise remporterait la victoire, et qu'après avoir triomphé de ses ennemis, elle se soutiendrait avec plus de majesté que jamais. C’est ainsi que le saint personnage le fit savoir à ses religieux, qui furent consolés par la consolation de leur père, comme il avaient été dans une extrême affliction par ses larmes et par sa douleur.

C’est durant cette même persécution des Ariens que saint Antoine fut appelé à Alexandrie, par saint Athanase, pour s'opposer à la fureur de ces hérétiques, et pour fortifier etencourager les catholiques qui étaient affligés. Sa présence dans cette ville fit un effet merveilleux sur le cœur des peuples. Ils étaient comblés de joie de l’entendre prononcer anathème contre l’hérésie ; tous s’empressaient de le voir. Les prêtres mêmes des païens allaient à l’église, demandant à parler à l’homme de Dieu ; car c’est ainsi qu'on l’appelait. Il y fit plusieurs prodiges ; et saint Athanase avoue que pendant le peu de temps qu’il y demeura, il convertit plus d’infidèles à la foi qu’il ne s’en était converti auparavant dans toute une année. Et certes, quoique ce saint homme n’eût point étudié dans les livres des philosophes et des sages du monde, néanmoins il avait été intérieurement enseigné du ciel, et éclairé par la vraie et céleste Sagesse, à laquelle la vaine philosophie du monde ne peut résister. Cela se vit dans les disputes qu'il eut contre de grands philosophes, qui venaient à lui pour se moquer de la simplicité de

ses paroles, parce qu'il n’avait pas la réputation d’être fort savant ; il leur répondait si pertinemment, qu’ils demeuraient étonnés de la vivacité deson esprit et de la solidité de son jugement, et ne pouvaient résister à la voix de Dieu qui parlait par sa bouche. Quelques-uns de ces philosophes lui demandèrent un jour.à quoi il pouvait s’occuper dans son désert, puisqu'il était privé du plaisir de la lecture. « La nature », leur répondit-il, «est pour moi un livre qui me tient lieu de tous les autres ». Dans la ville d’Alexan- ‘drie, Didyme le vint saluer, comme lécrit saint Jérôme. C'était un homme -très-savant, tenu en ce temps-là pour un prodige de sagesse, parce que, «quoique aveugle, il s’était rendu très-habile :en toutes sortes de sciences, et ‘même en celles qui semblent ne pouvoir être acquises que par l'usage de la vue !. Comme ils discouraient ensemble de la parole de Dieu, saint Antoine lui démanda familièrement s’il n’était pas fâché d’être aveugle ; ce docteur, se trouvant embarrassé, faisait difficulté de l’avouer; saint Antoine le pressa tant, qu'il lui confessa enfin franchement que sa cécité lui faisait de la peine. Alors Antoine lui répondit ‘affectueusement : « Pourriez-vous regretter la perte d’une vue qui vous était commune avec les mouches, les fourmis et les animaux les plus méprisables? Vous devez plutôt vous réjouir de posséder une lumière qui ne se trouve que dans les Apôtres, les Saints et les Anges, lumière par laquelle nous voyons Dieu même et qui nous donne une science toute céleste. La lumière de l'esprit est infiniment préférable à celle du corps. Il ne faut qu’un regärd impudique pour que les yeux charnels nous précipitent dans l’enfer ». Par là, Didyme reçut beaucoup de consolation en son infirmité.

Lorsque le Saint eut passé quelques jours à Alexandrie, il ne pensa plus qu’à retourner dans sa cellule: Legouverneur d'Egypte le pressant de rester, il lui dit : « Il‘en est d’un moine comme d’un poisson : l’un meurt s’il quitte l’eau, et l’autre s’il quitte la solitude ». Saint Athanase le reconduisit respectueusement jusqu'aux portes de la ville, ‘où il le vit guérir une jeune fille possédée du démon.

Que dirai-je après cela des honneurs que lui rendaient les empereurs, les monarques et les princes du siècle ? Ils lui écrivaient des lettres pleines de respect, imploraient le secours-de ses prières, et même le suppliaient de leur faire réponse et de leur donner quelque consolation par ses écrits ; ce que firent plusieurs fois Constantin le Grand et ses enfants. 11 en profita une fois pour instruire ses religieux et les porter à la vénération qu'ils devaient rendre à la majesté du Dieu vivant. « Les rois du siècle nous ont écrit», leur dit-il, «mais cela-n’est rien pour un chrétien ; carsileur dignité est élevée au-dessus de la nôtre, nous savons que la naïssance et la mort nous rendent tous égaux. Ce que nous devons le plus estimer et admirer, c’est que Dieu ait écrit sa loi dans le cœur des hommes et enrichi son Eglise de ses divines paroles. À quoi servent à un religieux les lettres des rois, puisqu'il ne sait pas leur répondre selon le style ? ».

Il voulait se défendre de faire réponse aux princes; mais les solitaires lui ayant représenté que les empereurs étaient chrétiens, et qu’ils s’oftenseraient peut-être de son silence, il leur écrivit qu’il se réjouissait de ce qu'ils adoraient Jésus-Christ ; il les exhorta à ne pas se laisser éblouir par leur dignité, jusqu’à oublier qu’ils étaient hommes et devaient rendre compte de leur puissance au Roi des rois. Il leur recommanda d’user de clémence et d'humanité; de rendre justice à tout le monde; d'assister les

1. Il donna par la suite dans les erreurs d'Origène. 2. Cette) lettre nous # été conservée parisäint Athanase.

pauvres, et de se souvenir que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel. L'empereur Constantin reçut cette lettre avec un extrême contentement et la tint pour plus chère qu’un trésor !.

Ce n’était pas seulement auprès des rois et des princes que notre Saint jouissait d'une grande autorité , mais encore dans toute l’église catholique, puisqu'elle a mis saint Paul, premier ermite, au catalogue des Saints, par le seul témoignage qu’il a rendu de son mérite.

Si le crédit et l’autorité de saint Antoine étaient d’un si grand poids parmi les séculiers, il ne faut pas s’étonner si les religieux, ses confrères et ses enfants, l’avaient en telle estime, qu’ils ne l’appelaient point autrement que le Grand, sans addition ; ce que nous apprend, entre autres auteurs, Pallade en son Aistoire religieuse, dite lausiaque, où ilrapporte un fait qui mérite bien de tenir place en cette vie. Un certain habitant d'Alexandrie, appelé Euloge, poussé du désir de servir Dieu plus parfaitement, s’était retiré dans la solitude pour y vivre en son particulier à la façon des religieux de ce temps-là. Et parce qu'il n’avait pas la force de travailler comme les autres moines, il s'était réservé quelque chose pour subvenir à ses besoins ; afin de suppléer à ce défaut par quelques œuvres de piété et de miséricorde envers le prochain, il s’associa en sa cellule un pauvre estropié qui ne pouvait remuer d’autre membre de son corps que la langue et‘les yeux, et l’ayant fait consentir à loger avec lui, il promit à Dieu de l’assister et de le traiter tout le reste de sa vie, afin dé gagner le ciel par ce moyen. Ils vécurent quinze ans en bonne intelligence : l’estropié ne pouvant assez admirer la charité d’Euloge, et Euloge s’estimant bienheureux de servir Jésus-Christ en la personne de l’estropié. Mais le démon, outré de ces heureux progrès, entreprit de rompre le lien de charité qui était entre eux. Pour cet effet, il s’empara du corps de l’estropié, et se servant de sa langue comme d’un instrument propre à la malice, il lui fit vomir mille injures contre son bienfaiteur, jusqu’à l’appeler un méchant et un hypocrite qui, après avoir volé le bien d'autrui, voulait cacher ses larcins sous le prétexte de cette charité feinte. Le pieux Euloge fit tout son possible pour apaiser son malade, lui donnant du vin, de la viande et tout ce qu’il lui demandait ; mais rien de tout cela ne put dissiper la fantaisie que le démon lui avait mise dans l’esprit de sortir de cet ermitage pour aller voir le monde et vivre sur les places publiques comme auparavant. Enfin, Euloge voyant les importunités du pauvre, consulta les religieux, ses voisins, sur ce qu'il avait à faire en cette occasion. Tous lui conseillèrent d’aller trouver le Saint, qui ne manquerait pas de le délivrer de ses peines. Euloge y va, conduit son malade avec lui, et le présente à saint Antoine, lequel, ayant su par l’esprit de Dieu qui ils étaient et dans quel dessein ils le venaient trouver, appela Euloge par trois fois en présence de plusieurs personnes. Euloge, qui ne se croyait pas connu de saint Antoine, se persuada qu’il en appelait quelqu’autre, et ainsi ne répondit point; mais le Saint, redoublant sa voix, lui dit : « Euloge d'Alexandrie, c’est à vous que je parle ; que venez-vous faire ici ? » Euloge répartit : « Celui qui vous a fait savoir mon nom ne vous aura pas caché le sujet de notre venue ». « Il est vrai », répliqua saint Antoine ;

1. Saint Jérôme ne dit rien de ces lettres de saint Antoine à Constantin, dans son Catalogue des hommes illustres. Mais il y en marque sept autres du même Saint à divers monastères; elles sont écrites dans le style des Apôtres et remplies de leurs maximes. Il dit qu'on les avait traduites en grec, et que la principale était adressée aux moines d'Arsinoé. Elles avaient été écrites originairement en égyptien, et l’on assure qu'elles se trouvent encore aujourd'hui en cette langue dans les monastères de la Thébaïde. Le savant Nungarelli en à publié” deux en langue copte dans les Ægyypliorum codicum reliquiæ, Venise, 1782. (Voyez Dom Ceillier, t. 1x, p. 390.)

NIES DES SAINTS. — Tome Ier 98

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« mais je veux que vous le disiez tout haut pour l'édification des frères ». Euloge obéit, raconta toute l’affaire, et dit la résolution qu'il avait prise d'abandonner ce misérable. Alors saint Antoine lui fit une sévère réprimande de ce qu'il voulait laisser une si bonne œuvre et abandonner celui pour qui Notre-Seigneur Jésus-Christ avait donné son sang. Puis, se tournant vers le malade, il lui parla avec des paroles beaucoup plus fortes : « Pauvre et misérable estropié », lui dit-il, « qui ne reconnais pas la grâce que t’a faite ton hôte : c’est que le démon s’est emparé de ton corps, ensuite de ton âme, pour te faire perdre la patience et la persévérance ». Enfin, adoucissant sa parole, il dit à tous les deux : « Allez, mes enfants, retournez en paix et vous hâtez; parce que si l’ange du Seigneur vous trouve hors de votre cellule, il passera outre, et vous perdrez vos couronnes ». Ils s’en retournèrent ; à vingt-quatre jours de là, le bon Euloge mourut, et trois jours après, l’estropié. J’ai rapporté ceci pour faire paraître le grand crédit de saint Antoine, et en quelle estime il était parmi ses frères ; comme aussi l'esprit de prophétie qu'il possédait avec un merveilleux avantage.

Nous avons dit que les disciples d'Antoine découvrirent sa retraite. Plusieurs se rendirent auprès de lui; mais ils ne purent jamais obtenir la permission de vivre sur sa montagne ; il leur accorda seulement de se fixer à douze lieues, dans un monastère (Pispir) !, où, après la mort de notre saint patriarche, saint Macaire gouverna jusqu’à cinq mille moines. Antoine y venait souvent; c’est surtout là qu’il recevait les étrangers de distinction, qui ne pouvaient avec leur suite, gagner le haut de la montagne. Macaire, chargé de les recevoir, était convenu avec le saint abbé, de les lui annoncer sous les noms d’£gyptiens ou de Jérosolymitains, selon qu’il s'agissait de gens du monde ou de personnes pieuses. Quand Macaire appelait Antoine pour voir des Jérosolymitains, celui-ci venait s'asseoir avec eux et leur parler des choses &e Dieu; si c’étaient des Æayptiens, il leur faisait une exhortation courte et appropriée à leurs besoins, après laquelle Macaire les entretenait et leur préparait des lentilles. Quant à ses autres monastères, Antoine les visitait moins souvent. Il l’entreprit une dernière fois lorsqu'il sut par révélation que sa mort approchaïit. Il le dit à ses frères avec beaucoup de joie, et les exhorta à persévérer constamment en la vertu. L'une des principales choses qu’il leur recommanda, fut de mettre son corps en terre en quelque lieu inconnu, pour éviter les cérémonies ordinaires aux Egyptiens qui embaumaient les corps de ceux dont ils avaient eu la vie en vénération. Il avait toujours craint qu’on ne lui appliquât cet usage qu'il avait d’ailleurs condamné plusieurs fois comme superstitieux. Aussi il recommanda expressément à Macaire et à Amathas, qui demeurèrent avec lui les quelques dernières années de sa vie pour l’assister dans sa vieillesse, de l’enterrer comme les patriarches l’avaient été, et de garder le secret sur le lieu de son tombeau. De retour dans sa cellule, après la visite de ses monastères, il y tomba malade peu de temps après. Il réitéra à ses deux disciples les ordres qu’il leur avait donnés sur la sépulture de son corps : « Au jour de la résurrection », dit-il, « je le recouvrerai incorruptible de la main du Sauveur ». Puis il ajouta : « Partagez mes habits, et donnez à l’évêque Athanase une de mes tuniques avec le manteau qu’il m’a donné tout neuf et

1. Quelques-uns appellent saint Antoine fondateur du monastère de Pispir; d’autres donnent ce titre à Macaire, son disciple, qui en eut la conduite. Pispir-était situé sur le bord du Nil, dans la Thébaïde, Pallade, Laus, c. 63, le met à trente omueix de la montagne de saint Antoine. Les critiques sont partagés sur les mesures appelées en grec semeia. Les uns les entendent des milles romains; les autres, des schænes égyptiens, dont chacun était de trente stades. Pispir devait être fort éloigné des premiers monastères de saint Antoine. Voir Kocher, Loc. cit. (GODESCARD.)

que j'ai usé (il voulait montrer par là qu’il mourait dans la communion d’Athanase); donnez à l’évêque Sérapion l’autre tunique, et gardez pour vous mon cilice. Adieu, mes enfants, Antoine s’en va et n’est plus à vous ».

Il termina son discours par le baïser de paix qu’il leur donna avec une tendresse paternelle ; et étendant doucement les pieds, il envisagea la mort avec allégresse, témoignant une joie merveilleuse comme s’il eût vu ses amis venir au-devant de lui: ce qui fait présumer que les esprits bienheureux lui apparurent en ce moment, pour le conduire avec eux dans la céleste patrie. C'est ainsi qu’il rendit son esprit à Dieu le 47 janvier, jour auquel les Egytiens, les Grecs et les Latins célèbrent sa fête, l’an de Jésus-Christ 356, et de son âge le cent cinquième.

C'était une chose merveilleuse qu’avec tant de longues et excessives pénitences que ce Saint avait pratiquées, il n’eût pas perdu une seule dent, que sa vue n’eût point diminué et qu'il eût encore les jambes fermes et le corps robuste : ce qui était une grande preuve de sa vertu, et de ce que Dieu opère miraculeusement en faveur de ses serviteurs.

Qui ne connaît les images et les statues de saint Antoine, ce saint populaire entre tous ? Qui ne l’a vu cent fois représenté dans nos églises des villes et dans nos églises des campagnes sous la robe fauve des laines mêlées, le menton orné d’une barbe vénérable, avec une béquille à la main, sur son vêtement un tronçon de potence ou un T; une sonnette attachée à son bâton, un pourceau à ses côtés, un feu allumé à ses pieds, enfin un livre ouvert dans lequel il prie ? — Saint Antoine ayant atteint l’âge de cent cinq ans, on se rend facilement raison de le voir appuyé sur un bâton: ce qu’on s'explique moins facilement, c’est la présence d’un T sur son vêtement. D’aucuns ont voulu y voir l'importation égyptienne de la Croix ansée ou Chrisme adoptée, comme signe de ralliement religicux, par les chrétiens d'Alexandrie, lorsque la destruction du temple de Sérapis eut révélé que la vie future était exprimée dans la symbolique des Pharaons par un symbole où figurait la croix en forme de T‘'. D’autres pensent que ce T a une origine toute occidentale et que ce diminutif de potence était le blason des hôpitaux au moyen âge: ceci est d'autant plus plausible que, comme nous le dirons plus bas, la plus ancienne institution d’un corps hospitalier s’est faite en France sous son patronage. — Le pourceau et la sonnette se fondent sur le même genre de faits : au moyen âge, les sujets de la race porcine pouvaient vaquer par les rues de nos villes comme par celles de nos villages. Lorsque la police des premières interdit ces courses, ceux des hôpitaux conservèrent le droit de continuer à chercher leur vie comme auparavant : seulement ils devaient, pour être distingués par les habitants, porter une clochette au cou ?. Les flammes qui, près de lui, semblent sortir de terre, rappellent la maladie dite feu Saint-Antoine* que les religieux Antonins faisaient profession de soigner.

On l’a encore peint tourmenté par des démons et consolé par Jésus- Christ *. Il existe plusieurs compositions célèbres sous le nom de Jentation

1. Le Père Cahier et M. le chevalier de Rossi rejettent cette explication, et on sait qu'ils font autorité dans ces matières.

2. De là le vieux dicton contre les parasites : « Aller de porte en porte comme le cochon de saint Axtoine »,.

3. Le feu Saint-Antoine, qualifié de herpes esthiomenus dans une vieille prose de Vienne, a été nommé tantôt érysipèle gangreneux, tantôt dartre rongeante, et à mesure que les traditions sont allées s'affaiblisgant, simplement fêvre chaude.

4, Annibal Carrache inv.; B. Farjat seunsit,

de saint Antoine! ; enlevé au ciel par les Anges ?; marchant sur un serpent ?.

Le culte de saint Antoine a été partout très-célèbre et est encore de nos jours fort populaire. Il serait donc difficile de nommer tous les pays dont il est le patron, toutes les églises dont il est le titulaire. Il a surtout été honoré dans le Dauphiné qui a eu le bonheur de recevoir et de garder le dépôt de ses reliques ; à Minorque, parce que l’île fut reprise sur les Musulmans un 17 janvier, à Naples, à Paris, etc.

On l’invoque contre la contagion et les maladies de peau, pour les pourceaux et autres animaux domestiques. Nous savons plus d’un pays où le jour de la Saint-Antoine, on mène devant sa chapelle, pour les faire bénir, les divers animaux qui peuplent les écuries.

Saint Antoine est le patron des charcutiers, des porcherons et des vanniers.

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