‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 270 sur 412 · RELIQUES ET CULTE DE SAINT ANTOINE · texte numérisé non relu

RELIQUES ET CULTE DE SAINT ANTOINE

Les fidèles disciples suivirent la volonté de leur maître ; ils gardèrent le secret sur son tombeau; le corps de saint Antoine demeura longtemps caché, jusqu'à ce que, par révélation divine, il fut trouvé et transporté de la Thébaïde à Alexandrie (561), et de là à Constantinople #, vers l'an 635, lorsque les Sarrasins s’emparèrent de l'Egypte ; et enfin, vers 980, ces saintes reliques furent concédées par l’empereur de Constantinople à Jocelin, l’un des principaux barons de la province de Dauphiné. Une église commencée par ses soins à la Motte-Saint-Didier, près de Vienne, achevée par ceux de Guigues Didier, son beau-frère et son héritier, reçut le précieux trésor, et l’on appela pour le garder religieusement des Bénédictins de l’abbaye de Montmajour, près d’Aries. En 4090, une maladie horrible, connue sous le nom de feu sacré, ravagea plusieurs provinces de France. Comme on ne trouvait de soulagement que dans la protection de saint Antoine, les peuples accouraient en foule pour l’invoquer dans l’église où reposaient ses reliques. Un gentilhomme nommé Gaston obtint ainsi la guérison de son fils Girinde ou Guérin ; en reconnaissance, ils se consacrèrent tous deux avec d’autres gentilhommes au service des pauvres, des malades et des pèlerins, dans un hôpital qu'ils bâtirent auprès de l’église Saint-Antoine. Telle fut l’origine de l'Ordre tes Antonins. Urbain IL approuva, dans le concile de Clermont, cette sainte société de frères hospitaliers, dont Gaston fut le premier grand-maître. Il s’éleva bientôt, et plus tard encore, entre les Antonins et les Bénédictins, de grands démêlés qu'il est inutile de rapporter ici. L'an 1298, le pape Boniface VIII, pour terminer tous ces procès, érige le prieuré de Saint-Antoine en abbaye, l’ôte à la colonie bénédictine, qui est renvoyée à Montmajour ; la donne aux Antonins, ordonnant qu'ils vivraient sous la règle de saint Augustin, qu'ils s’appelleraient chanoines réguliers de Saint-Antoine et que leur chef prendrait la qualité d’abbé ; ce fut le général de tout l'Ordre qui eut un assez grand nombre de maisons, soit en France, soit à l’étranger; chaque maison s'appelait commanderie, et le chef commandeur. Cet ordre, réformé au xvrie siècle par son vingt-troisième abbé, Antoine Tolosain, fat supprimé et incorporé à celui de Malte par bulle du 17 septembre 1776 et du 7 mai 1711. Quand la révolution éclata, il existait encore soixante-six Antonins, dont trois seulement prêtèrent le serment à la constitution civile du clergé ; les autres préférèrent les persécutions, l'exil et la mort. Aujourd’hui (1862), l’abbaye est une manufacture ; l’église Saint-Antoine est devenue église paroissiale, et l’on y vénère toujours les reliques de saint Antoine, qui n'ont point été emportées par les Bénédictins de Montmajour, comme le prouve très-bien M Dassy, oblat de Marie 5. Mgr de Bruillard, évêque de Grenoble, fit ouvrir en sa présence, le 9 mai 4844, le reliquaire qui renferme ces précieux restes, et en reconnut l’authenticité. Il s’est formé autour de l’abbaye de Saint-Antoine une paroisse de deux mille âmes qui porte le même nom, à quinze kilomètres N.-0. de Saint-Marcellin.

Les érudits provençaux maintiennent pour Arles la possession des véritables reliques de saint

1. Voir l'œuvre de J. Callot, celle de Martin de Vos, et une jolie pièce par J. Wiérix, à la bibliothèque Mazarine, fo 4778, fo 144.

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