‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 295 sur 412 · SAINT LAUMER OU LOMER, ABBÉ · texte numérisé non relu

SAINT LAUMER OU LOMER, ABBÉ

594. — Pape : Saint Grégoire le Grand. — Roi de France : Clotaire II.

Nihil est iniquius quam amare pecuniam.

Il n’y a rien de plus criminel que d'aimer l'argent. ÆEccli., x, 10.

Sous le règne de Clotaire I", fils du grand Clovis, premier roi chrétien de France, saint Laumer naquit au village de Neuville-la-Mare, à trois lieues de Chartres, de parents médiocrement pourvus des biens de la fortune, mais fidèles et pleins de vertu. Son père nourrissait du bétail dans les pâturages voisins ; trop pauvre pour avoir des domestiques à son service, il confia la garde de ses troupeaux à Laumer encore enfant. Le jeune berger rehaussa par des vertus précoces un labeur obscur et infime aux yeux du monde. D'une sobriété rare à cet âge, il ne mangeait qu’une seule fois par jour, et se privait même du strict nécessaire pour distribuer les restes de sa petite portion quotidienne soit à de pauvres passants, soit à des camarades dans le besoin.

Les heureuses dispositions qu’il annonçait engagèrent sa famille à le retirer des champs et à lui faire donner une éducation plus convenable. Dans ce but, ils le placèrent à Chartres, sous la direction d’un saint prêtre nommé Chérimir, qui l’instruisit dans les lettres et le forma en même temps à la piété. Ce maître éclairé ne tarda pas à reconnaître les aptitudes supérieures de son élève, notamment une rare pénétration et une singulière vivacité d'esprit ; il s’attacha donc à cultiver cette intelligence d'élite, qu’un cœur excellent rendait encore plus digne de ses soins. Laumer se faisait aimer par sa douceur, et se conciliait d’unanimes sympathies par son obligeance. La nature, ou plutôt la grâce divine, l'avait doué d’un caractère si égal, que jamais il ne donna le moindre signe d'humeur, de brusquerie ou de mécontentement : loin de choquer personne, il se montra constamment affable, gai, bienveillant et empressé pour tous ceux qui l’approchaient.

À peine sorti de l’adolescence, il résolut de renoncer au monde, et se retira dans l’abbaye de Micy, près d'Orléans, fondée par le roi Clovis, et qu'habitait alors une colonie de pieux solitaires. L'abbé saint Mesmin, saint Avy, saint Lubin, depuis évêque de Chartres, saint Calais, saint Liphard, et d’autres ascètes d’une vertu éprouvée, menaient, en ce monastère, la vie la plus édifiante : leur réputation de sainteté ne pouvait manquer d’attirer aux bords du Loiret de nombreux et fervents disciples. Laumer y passa douze années, dans les exercices de la prière et de la méditation ; toutefois, ne se trouvant pas encore assez à l'écart dans -cet asile religieux, il jeta ses vues sur la forêt du Perche, vaste désert où n’arrivait aucun bruit du siècle. Pour mettre son dessein à exécution, il lui fallait traverser Chartres... Là d'irrésistibles instances le retinrent contre son gré, et le détournèrent momentanément de sa vocation prononcée pour la vie érémitique. L’évêque de Chartres, désireux de conserver auprès de lui et d'employer un homme d’un pareil mérite, lui conféra les ordres sacrés et le promut au sacerdoce, malgré la résistance que l’humble diacre fit pour décliner cet honneur. Les prêtres

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