XXXIL PRÉFACE DE LA QUATRIÈME ÉDITION
Papes, et deux noms de rois du pays qui a été le principal théâtre de ses actions : ces Papes et ces rois correspondent à la naissance et à la mort du Saint ; quand cette correspondance n’est pas certaine, le Pape et le roisont accompagnés de la date de leur avénement et quelquefois de celle de leur mort; de la sorte le lecteur rétablit dans sa mémoire le temps et le lieu auxquels cette vie se rapporte. Pour la même fin, on porte dans tout le cours du récit ce flambeau de la chronologie que le Père Giry avait trop négligé, et la lumière non moins utile de la géographie ; outre la position des lieux, les mœurs des nations, on indique le caractère des hommes, la nature des affaires, enfin tout ce qui est nécessaire pour assigner nettement à chacun de nos héros sa place dans l’histoire générale du monde.
Le Père Giry loue quelquefois plus qu’il ne raconte, il nous révèle, dans les hommes, des personnages célestes, il nous fait méditer le surnaturel des vertus et comme respirer le parfum de la sainteté : il est très-ascéfique. Mais il ne suit pas toujours assez la vie publique d’un saint ; il ne marque pas assez son contact avec les hommes et les choses de son temps; il pourrait, nous croyons, sans nous distraire de la piété, nous instruire davantage : nous le désirerions plus Atstorique. C’est la qualité de Butler et de Baillet,. Ils la possèdent quelquefois jusqu’à l’aridité et la sécheresse; car, lorsque la science se montre trop, elle a ce résultat, déplorable ici, d’ôter à un ouvrage la naïveté et l’onction qui en font le charme.
Les recherches de Baillet sur le culte et les reliques de chaque saint sont précieuses, non pour le simple fidèle qu’elles jetteraient souvent dans le doute, mais pour l’hagiographe qu’elles éclairent. L’hagiographie française est chez lui très-complète, comme l’anglaise chez Butler . Il faut admettre aussi que tel saint est mieux traité dans Giry, tel autre dans Godescard, tel autre dans Baïllet; pour ne donner qu’un exemple, citons saint Epiphane, évêque de Pavie (21 janvier), sur lequel Butler est à peu près nul, le Père
4. En revanche, Butler et Godescard négligent nos Saints de France à un degré qu'on n’a pas assez remarqué. En voici quelques exemples, pris au hasard dans les premiers jours de janvier : la vie de saint Rigobert, évêque de Reims (4 janvier), avec l’histoire de son culte et de ses reliques, occupe, dans Godescard, vingt-deux lignes (format in-12, édiion Lefort, Lille, 1855) ; celle de saint Lucien, apôtre de Beauvais (8 janvier), dix-sept lignes ; celle de saint Honorat, évêque d'Arles, une page et demie; celle de saint Fursy, abbé de Lagny, patron de Péronne, quatorze lignes ; celle de saint Sulpice, archevèque de Bourges (17 janvier), une page.
L'opinion s’est répandue, nous ne savons comment, en Belgique, que le Père Giry s’occupait moins des Saints de ce pays que de ceux de France. Nous avons même reçu des plaintes à ce sujet; rien de moins fondé. Godescard seul mérite ces reproches : ainsi il ne dit pas un mot de sainte Gudule, patronne de Bruxelles (8 janvier), ni de saint Gerlac (5 janvier), auxquels ses continuateurs ont consacré des notices (édition Lefort, sans contredit la meilleure de toutes, la seule recommandable aujourd’hui à ceux qui veulent se procurer Godescard).
Le père Giry, au contraire, s'étend longuement sur ces deux Saints, et nous l'avons beaucoup angmenté, principalement pour saint Gerlac. Que les Belges soient donc persuadés que leurs églises, si riches en Saints, seront traitées comme si elles étaient françaises. Nous dirons la même chose de la Suisse, de l'Allemagne occidentale et de la Savoie; nous considérons leurs Saints comme des Saints français ; aussi avons-nous mis, dans ce premier volume, au 21 janvier, la vie de saint Meinrad et l'histoire du pèlerinage d’Einsiedeln; au 48, celle de saint Jacques de Tarentaise (Moutiers). Ce n’est pas à dire pour cela que les autres parties du monde catholique soient oubliées ; les légendes bropres aux principales églises de l'univers sont traduites et forment les notes du martyrologe.