‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 316 sur 412 · SAINT EUTHYME, SURNOMMÉ LE GRAND · texte numérisé non relu

SAINT EUTHYME, SURNOMMÉ LE GRAND

établissement de sourds-muets.. Il existe dans la contrée des reliques de saint Sébastien; il est.à présumer qu’elles viennent de Saint-Médard, au moins en partie; s’il s’en trouvait encore à Saint- Médard, ce qui n’est pas présumable, c’est qu’elles y auraient été rapportées 1.

Notre-Dame de Moret, diocèse de Meaux, a le bonheur de posséder encore aujourd’hui quelques-unes de ces saintes reliques. On en conserve aussi à la cathédrale, au Carmel, à la Visitation et à la Sainte-Famille d'Amiens; à Bourdon, Corbie, Etelfay, Mailly, Saint-Riquier, etc.

Nous avons complété cette biographie avec des Notes et l'Hagiog. d'Amiens, par M. l'abbé Corblet.

SAINT EUTHYME, SURNOMME LE GRAND, ABBÉ EN PALESTINE 316-413. — Papes : Saint Damase ; saint Simplice. — Empereurs d'Orient : Valens ; Léon Ier.

11 s’est souvenu que nous ne sommes que poussière, et que les jours de l’homme passent comme l'herbe. Ps. crr, 14.

Euthyme sortait d’une noble et riche famille établie à Mélitène, dans la petite Arménie. Son père s'appelait Paul, et sa mère Denyse ; le seul déplaisir de se voir sans enfants troublait leur bonheur. Ils eurent recours à la prière pour en obtenir de Dieu, et afin de rendre leurs oraisons plus efficaces, ils implorèrent saint Polyeucte, martyr. Leurs vœux furent exaucés; car, comme ils étaient une nuit dans l’église, ils entendirent une voix qui leur dit : « Prenez courage ; Dieu vous donnera un fils que vous nommerez Euthyme, comme marque de la douceur de son esprit et de la tranquillité de son âme; toute sa vie repondra à un nom si favorable, et Dieu, au temps de sa naissance, rendra la paix à son Eglise ». L’événement vérifia cette prédiction. Denyse devint mère d’un fils qui fut nommé Euthyme. La persécution, qui avait duré 40 ans, sous les règnes de Constance, de Julien PApostat et de Valens, cessa entièrement par la mort de ce dernier, qui fut brûlé par les Barbares dans un bourg près d’Andrinople (378).

Euthyme n’avait que trois ans lorsque son père mourut; c’est pourquoi Eudoxe, son oncle maternel, se chargea de som éducation; et, comme il assistait Otrée, évêque de Mélitène, dans les fonctions de sa charge, il le lui fit offrir pour le service des autels. Ce saint prélat le reçut en disant, comme par prophétie : « Vraiment le Saint-Esprit reposera sur cet enfant »; puis il le baptisa, lui coupa les cheveux et le mit au nombre des lecteurs; et sachant que sa mère passait toute sa vie dans des exercices de piété, il l’établit diaconesse de son évêché. Les femmes qui étaient appelées à ce ministère étaient employées particulièrement lorsqu'on administrait le Sacrement de Baptème aux personnes de leur sexe. Elles les instruisaient et les catéchisaient.

Dès qu'Euthyme fut en âge d'apprendre les sciences, le saint évêque le mit entre les mains d’Acace et de Synode qui avaient tous deux soutenu plusieurs combats pour la foi de Jésus-Christ. Il fit tant de progrès dans les lettres et dans la vertu; sous de si excellents maîtres, qu’il fut jugé digne

1. M. Hurillon, vicaire général de Soissons. — 15 juillet 1858. Vies DuS SAINTS. — ToME ler, 32

d’être élevé jusqu’au sacerdoce et de prendre la conduite de tous les monastères de religieux et de solitaires qui étaient dans le diocèse de Mélitène. Mais comme l’amour de la solitude et du silence semblait être né avec Euthyme, il résolut de se délivrer de ce grand soin en sortant secrètement de la ville pour aller visiter les Saints Lieux à Jérusalem. Après avoir contenté sa dévotion, il alla voir les Pères qui étaient retirés dans les déserts ; leur manière de vivre redoubla son ardeur pour la retraite, il voulut voir la laure ‘ de Pharan éloignée de six milles de Jérusalem, et y trouvant une cellule fort propre au repos et au silence, il y établit sa demeure. Là, il se proposa d’imiter le grand Arsène dont la réputation courait alors partout l'Orient. Il jeûnait toute la semaine sans rien prendre que le dimanche ; jamais personne ne l’a vu couché pour se reposer; quand la nature était accablée, il s’'appuyait seulement contre la muraille où il se tenait à une corde qui pendait au plancher ; dès qu’il avait fermé les yeux, il s’éveillait en s’excitant par ces paroles du même Arsène : « À quoi penses-tu, lâche et misérable ? »

Il fit connaissance avec un autre saint religieux, nommé Théoctiste, afin de s’embraser mutuellement en l’amour divin par leurs pieux entretiens. Ils ne manquaient point, tous les ans après l’Octave de l’Epiphanie, de s’en aller dans la solitude de Cutile, pour ne s’occuper que de Dieu, jusqu’au dimanche des Rameaux, jour auquel ils retournaient en leurs cellules de Pharan, remplis de grâces et de richesses spirituelles. Au bout de cinq ans, ils se retirèrent ensemble dans une grande caverne, à quatre petites lieues de Jérusalem, du côté de Jéricho, où Dieu les conduisit comme par ja main, pendant qu'ils marchaient dans un désert plus écarté ; mais, après y avoir demeuré longtemps inconnus et sans autre aliment que des herbes que la terre produisait en ce lieu, Dieu, qui les destinait au salut de plusieurs, permit qu'ils fussent découverts par des bergers du village de Lazare. Deux religieux de Pharan, nommés Marin et Lucas, ayant appris où ils étaient, et touchés de leur vertu, se mirent sous leur conduite, sous laquelle ils devinrent si grands maîtres de la vie religieuse, qu’ils bâtirent depuis plusieurs monastères et élevèrent l'illustre Théodose, leur disciple, à ce point de perfection qui le rendit le chef et le fondateur de tant de monastères en Palestine. Plusieurs autres s'étant aussi mis sous leur conduite, cet ermitage fut bientôt changé en un couvent, et leur caverne en une église.

Saint Euthyme laissait à son collègue Théoctiste le soin d'admettre et d’instruire ceux qui se présentaient pour être reçus, ainsi que le gouvernement du monastère, son attrait le portant toujours à la vie cachée et au silence. Les frères venaient chaque jour auprès de lui pour lui découvrir leurs plus secrètes pensées, et il donnait à chacun d’eux des remèdes propres à ses maux. Il leur parlait avec une affection de père et les exhortait principalement à l'humilité, au dépouillement de leur propre volonté, au travail des mains, au silence et à la mortification, vertus dont il montrait constamment l’exemple lui-même. Il ne pouvait néanmoins souffrir que quelques jeunes religieux affectassent de jeûner plus austèrement que les anciens, parce qu’il désirait, selon le précepte de l'Evangile, qu’au lieu de faire éclater le bien qu’on faisait, on le cachàt le plus qu’il serait possible. Il disait que les armes nécessaires à un religieux, pour soutenir les efforts des ennemis invisibles, étaient la douceur, la modération, la discrétion, l’obéissance et une méditation continuelle de la loi de Dieu.

1. Du grec 24v£4, rue, quartier d’une ville. À la difftrence des couvents ordinaires, les cellules, dans les laures, étaient séparées les unes des autres et formaient comme une espèce de village.

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