‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 381 sur 412 · M. Thuillier, curé, Montmorency, 16 juillet · texte numérisé non relu

M. Thuillier, curé, Montmorency, 16 juillet

par un incendie, il y a quelques années. Le reste est habité par une dizaine de ménages. J'ajoute que l'habitation de l'abbé, séparée de l’abbaye, sert maintenant de caserne de gendarmerie.

M. Bergé, curé de Volvie, nous écrivait le 2 juillet 4862: Non-seulement nous possédons à Volvic quelque chose des reliques de saint Prix, mais nous avons le corps presqu'entier. Sa tête est encore bien conservée ; il nous manque la mâchoire inférieure ; il paraît qu’elle serait dans une paroisse près de Toulouse ; il manque aussi une partie de l'os frontal; on croit que c’est par là qu’il a consommé son martyre.

Nous possédons aussi la plus grande partie des os, des bras et des jambes, bien conservés, et plusieurs autres parties telles que : calcariennes, côtes, dents et plusieurs vertèbres et autres ossements dont j'ignore le nom.

Nous avons une dent enchässée dans un étui d'argent qu'on fait vénérer le jour de la fête du Patron.

M. Brun,'grand vicaire de Clermont, le 27 mai dernier, a visité ces reliques et les a enveloppées en partie de parchemin avec le cachet de l'évêché sur chaque ossement. Le même jour, il a enchâssé une autre dent du même Saint dans un reliquaire en argent, que portera le célébrant le jour de la fête, qui se célèbre ici le 42 juillet ou plutôt le dimanche après. C’est le jour de la translation des reliques du Saint.

Quoique la mémoire de saint Prix soit répandue à peu près partout dans le diocèse de Clermont, c’est à Volvie qu'il est honoré d’une manière plus spéciale. Autrefois, il venait ici des pèlerins de paroisses très-éloignées, et, malgré les malheurs des temps, il en vient encore un assez grand nombre ; cette fête se célèbre avec une grande pompe. La chässe où sont renfermées les reliques est portée par quatre jeunes gens des principales familles du pays : ils sont en aubes, en dalmatiques, et précédés de plusieurs enfants richement habillés, portant des couronnes, et d'un plus grand qui porte une palme.

Nous possédons, selon la tradition du pays, le sabre dont on s’est servi pour martyriser les trois Saints. C’est une lame cannelée, d’un mètre de long et à deux tranchants ; la poignée est en fer. Nous n'avons pas d’authentique concernant cette arme; on ne la vénère pas comme relique; cependant deux jeunes gens, aussi en dalmatiques, la portent à la procession sur un brancard élégant. Il y a à cette procession une foule immense, les fidèles se précipitent vers la châsse qui contient les reliques, pour y faire toucher (ils disent bénir) des livres, des chapelets, des croix, et autres objets de dévotion.

Je ne dois pas oublier de vous dire que nous possédons aussi les reliques de ses deux compagnons, saint Elide et saint Amarin. Ces précieux restes de nos trois Saints sont renfermés dans trois paquets différents, soigneusement pliés ; des bandes de parchemin, avec le cachet de l'évêché, sont appliquées sur chacun. Un quatrième paquet contient les vêtements des saints Martyrs ; on y voit encore quelque couleur rouge ; mais ils tombent facilement en poussière, on est obligé de les toucher avec précaution. Il y a avec ce paquet, un morceau de cuir, un morceau de bois, quelques petits éclats de pierre. On ignore ce que cela peut être, mais on les conserve avec respect. Tous ces trésors sont renfermés dans la châsse de saint Prix, qui est scellée du cachet de l'évêché en quatre endroits dilférents.

Vous me demandez s’il reste quelque ruine de l’abbaye. Elle reste en entier, quoique endommagée en plusieurs endroits ; elle est occupée aujourd’hui par les frères de la doctrine chrétienne, et contient un Musée d'une grande valeur, donné par feu M. le comte Chabrol de Volvic, alors préfet de la Seine.

Vous savez, mieux que moi, que saint Prix était l’homme le plus savant de son temps : il était historien et poète. C’est lui qui a le premier enseigné les sciences en Auvergne ; je me borne donc à ces renseignements.

Quant aux reliques de saint Marin, elles furent apportées en grande partie au monastère de Doroangus, en Alsace, qui fut nommé depuis cette époque monastère de Saint-Amarin. Ce monastère, ainsi que toute la vallée, advinrent plus tard à l’abbaye de Murbach ; mais les abbés de cette dernière abbaye sécularisèrent 1 les moines de Saint-Amarin, et le couvent devint ainsi une maison de chanoines, qui vivaient sous la protection des abbés de Murbach. Ce monastère si modeste donna naissance à une petite ville, qui se forma autour de lui et qui est l’endroit principal de la vallée. Le chapitre de Saint-Amarin fut transféré à Thann en 1444, par ordre des Pères du concile de Bâle, et rétabli dans l’église de Saint-Thiébaut 2.

1. Cette sécularisation fut sans doute faite du consentement de l'autorité ecclésiastique, et si les abbés de Murbach l'opérèrent, cela tenait à un usage du siècle où la sécularisation eut lieu. 2. Voir la vie de saint Thiébaut, au 16 mai.

ET LA BIENHEUREUSE ADELWISE, SA MÈRE 978-1048. — Papes : Benoît VII; Damase II. — Comtes de Frandre : Baudoin IV; Baudoin V.

Le pain du mensonge est d’abord doux à l'homme, mais après, sa bouche sera remplie de gravier. Prov xx 17e

Poppon, fils de sainte Adelwise, naquit en Flandre en 978, au septième mois de sa conception; son père, Tizekins, périt cinq semaines après, dans une bataille au pays de Hasbains ou Haspengaw, dans le Brabant, sur les confins du Liégeois, où les comtes de Flandre et de Hainaut se faisaient la guerre. Sa mère, quoique fort jeune, consacra dès lors sa viduité à Dieu, et fit son unique affaire de l'éducation de son fils. Elle lui inspira des sentiments de piété si solides, qu’il les conserva intacts au milieu de la carrière des armes, qu’il embrassa d’abord. Les mauvais exemples de ses camarades, le blasphème, la débauche, la rapine, finirent par lui rendre leur société insupportable. Il quitta donc l'épée et entreprit le pénible voyage de Jérusalem en esprit de pénitence. Il visita d’abord le saint Sépulcre et les autres lieux consacrés par le séjour de Jésus sur la terre ; il en rapporta de précieuses reliques dont il enrichit le pèlerinage de Notre-Dame-de-Deynse ‘. Il alla ensuite à Rome, afin de rendre aussises devoirs au tombeau des Apôtres, menant avec les compagnons de son voyage la vie la plus austère. A son retour, il ne céda point aux instances du comte de Flandre, Baudoin, surnommé Belle-Barbe, qui voulant le retenir à sa cour et se l’attacher, lui proposait la main d’une personne très-riche ; il fut d’abord sur le point d’accepter, mais l’Esprit-Saint qu'il consulta dans toute la sincérité de son cœur lui inspira d’autres sentiments qui le firent renoncer au mariage et à tous les autres liens du siècle. Animé par les exemples et par les exhortations du bienheureux Eilbert, son ami (frère de Gérard, évêque de Cambrai), qui fut depuis abbé de Marillac, il se dépouilla des marques du vieil homme pour prendre l’habit religieux. Il apprit les lettres et étudia l'Ecriture sainte et les constitutions monastiques sous le même Eïilbert. L'abbé du monastère de Saint-Thierry, près de Reims, entre les mains duquel il fit ses vœux, le mit au service des pauvres dans l’hôpital de son monastère. Il exerça cette charge avec tant de charité, qu’il put bien dire comme Job : « L’étranger, pendant la nuit, n’est pas resté sans refuge ; mes portes ont toujours été ouvertes au voyageur... » ; ou bien encore : « Je n’ai jamais mangé seul mon pain, je l'ai toujours partagé avec l’orphelin ? ». Parmi ceux à qui il prodiguait les plus tendres soins de l’hospitalité, se trouva un jour un homme couvert d’une lèpre tellement hideuse, que son aspect n’offrait presque plus rien d’un homme. Ce fut à Poppon un motif de le recevoir avec plus d’affection que les autres. Le voyant mal vêtu, il craignit que le froid de la nuit ne le fit

1. Petite ville de Belgique, sur la Lys, entre Gand et Courtrai (Flandre orientale). Deynse a appartenu aux comtes de Mérode.

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