Job, xxxI
VBes DES SAINTS. — TOME Ier 39
trop souffrir, et lui donna pour se réchauffer sa propre couverture. Le lendemain, le lépreux se présenta complétement guéri à son bienfaiteur, qui fut bien étonné et interdit à la vue de ce miracle, et le conjura de n’en point parler.
Cependant Richard, ayant connu la vertu et le mérite de Poppon, l’obtint, non sans peine, de l’abbé de Saint-Thierry, et l’'emmena dans son abbaye de Sainte-Vanne à Verdun. Notre Saint ne tarda pas à s’y distinguer. D’après ses pieux avis, sa mère prit le voile, vint aussi à Verdun, où elle vécut recluse jusqu’à sa mort dans une cellule proche de l’église de Saint-Vanne ; elle se fit une grande réputation par sa sainteté et ses miracles.
Le comte de Flandre, ayant chassé de l’abbaye de Saïnt-Vaast d'Arras l’abbé Folrad, homme scandaleux, que ses crimes et son impiété avaient fait excommunier, obligea Richard de prendre le gouvernement de ce monastère pour y rétablir la discipline. Richard emmena avec lui Poppon à Arras, et le nomma procureur de Saint-Vaast. Il s’acquitta de cette charge avec un succès merveilleux, faisant rentrer tous les biens de l’abbaye, aliénés par les désordres de la guerre et par ceux de Folrad. Les usurpateurs essayèrent de se venger ; mais Dieu le préserva visiblement de leurs embüûches. Dans un voyage qu’il fit à la cour de l’empereur saint Henri ?, il profita de l’occasion pour obtenir de ce prince l'abolition des spectacles où des hommes combattaient contre des ours.
Après avoir heureusement rétabli le temporel de Saint-Vaast, Poppon fut envoyé à Saint-Vanne, où l’abbé, pour exercer son obéissance et son humilité, le réduisit aux offices les plus bas de la maison; puis, voyant que ces nouveaux emplois le comblaient de joie, il crut inutile de l’éprouver plus longtemps, et l’établit procureur de Saint-Vanne. Il le fit ensuite élire supérieur ou prévôt de l’abbaye de Wasloy ou Saint-Maurice, dans le diocèse de Verdun. La discipline n’était pas moins en ruine dans ce monastère que les bâtiments. Poppon rétablit sun et l’autre, et en ayant tout renouvelé, il donna au monastère le nom de Beaulieu, qui lui est toujours demeuré depuis.
Dans un second voyage qu’il fit vers l’empereur Henri, s’étant arrêté dans un lieu charmant pour y prendre quelque nourriture, à peine fut-il assis sur l’herbe, qu’il vit un loup s’enfoncer dans des halliers, emportant un berger. Non moins étonné qu'affligé, ses entrailles sémurent de compassion ; il inyoque le Seigneur, et, plein de confiance en sa bonté, il proteste qu’il ne prendra aucune nourriture avant d’avoir fait rendre à cette bête féroce sa victime. Il met aussitôt à sa poursuite ses compagnons, que guident les traces de sang, à travers un endroit fourré et marécageux ; ils trouvent le berger sans vie, le rapportent à Poppon, qui le ressuscite par ses prières, et le fait manger avec lui. Le berger conserva toujours sur son cou les traces de la gueule du loup ; beaucoup de personnes le virent, et c’est sur la foi de leurs paroles, dit l'historien de notre Saint, que je raconte ce miracle, pour prouver la sainteté de Poppon. — C'est, dit-on, en mémoire de ce miracle que la ville de Stavelot mit le loup dans ses armes.
Cependant l’empereur Henri, de plus en plus charmé de ses vertus, employa toute son autorité pour le faire élire à la place de Bertrand, abbé de Stavelot, au diocèse de Liége, qui venait de mourir. L'abbé Richærd s’y Opposa de toutes ses forces, disant qu’il avait besoin de Poppon pour maintenir la discipline des monastères qui étaient sous sa direction. L’empereur fit alors intervenir saint Héribert, archevêque de Cologne, et saint