LETTRE DE SAINT POLYCARPE AUX PHILIPPIENS
En voici l'analyse par dom Ceillier :
Dès le commencement de sa lettre, saint Polycarpe félicite les Philippiens {du bonheur qu'ils ont eu de recevoir saint Ignace et les compagnons de son voyage, dont les chaînes, dit-il, sont les diadèmes des élus de Dieu. Ensuite il relève la piété et la foi des Philippiens, qui, ferme et solide, dès les premiers moments qu'on leur avait annoncé l'Evangile, était jusque-là demeurée pure et gans mélange ; ce qu lui donne lieu de les exhorter à la conserver et à la faire croître de plus en plus. Pour leur en faciliter les moyens, il descend dans un détail des devoirs attachés aux différents états dans lesquels Dieu les a placés : il veut que les femmes aient un amour sincère pour leurs maris, une amitié chaste et égale pour tout le monde, et qu’elles prennent soin d’instruire leurs enfants dans la crainte de Dieu ; que les veuves, ce qu'il faut entendre surtout des diaconesses, soient extrêmement réservées à juger des choses de la foi; qu’elles prient sans cesse pour tous, entièrement éloignées de la calomnie et de la médisance, de l’avarice et de tout mal, sachant qu’elles sont le temple de Dieu qui voit tout ce qui est en nous et qui découvre jusqu'aux plus secrètes pensées du cœur. Les diacres doivent aussi être sans reproche : qu'ils ne soient ni calomnieux, ni doubles en leurs paroles, ni avares, mais retenus en toutes choses ; compatissants, ardents dans la pratique du bien et marchant selon la vérité de Dieu. Que les jeunes gens soient de même irréprochables ; qu’ils mettent leur premier soid à conserver la pureté et à tenir en bride leurs désirs; qu'ils soient soumis aux prêtres et aux diacres comme à Dieu et à Jésus-Christ ; que les vierges conservent sans tache la pureté de leur conscience.
Que les prêtres soient tendres et compatissants envers tous ; qu'ils ramènent ceux qui se sont égarés, qu'ils visitent les malades et ne négligent ni la veuve, ni l’orphelin, ni le pauvre ; qu'ils s’éloignent de la colère, de la préoccupation, de l'injustice dans les jugements et de l’avarice. Qu'ils ne soient pas trop sévères, sachant que nous sommes tous pécheurs.
Il donne ensuite aux Philippiens des instructions sur la réalité de l’incarnation et de la mort du Sauveur, et dit, avec saint Jean, que quiconque ne confesse pas que Jésus-Christ est venu dans la chair, est un antechrist. Il ajoute que celui qui nie la vérité de la croix, appartient au démon; et que celui qui détourne la parole de Dieu suivant ses désirs, et dit qu'il n’y a ni résurrection, ni jugement, est le fils aîné de Satan. Après cela, il leur met devant les yeux ce que Jésus-Christ a souffert pour nous donner la vie, et les exhorte à imiter les exemples de patience qu'ils avaient vus non-seulement dans les bienheureux Ignace, Zozime et Rufe, mais dans plusieurs d’entre eux, dans saint Paul et dans les autres apôtres, qui sont, dit-il, arrivés au lieu qu’ils ont mérité d'y occuper auprès du Seigneur avec lequel ils ont souffert.
Saint Polycarpe vient ensuite à l'affaire de ? Valens, prêtre de Philippe, qui s'était rendu indigne de son rang par un péché dans lequel il était tombé avec sa femme. « J'en suis », dit-il, « fort affligé pour Valens et pour sa femme, et je prie Dieu de leur donner une vraie pénitence. Cependant usez vous-mêmes de modération à leur égard, et ne les traitez pas comme des ennemis, mais comme des membres malades ; rappelez-les, afin de sauver tout votre corps ». Ensuite, après avoir loué les Philippiens de l'intelligence qu'ils avaient dans les saintes Ecritures, il les exhorte à prier pour tous les Saints, pour à les rois, les princes, les puissances, pour leurs persécuteurs et les ennemis de la croix, « afin », leur dit-il, « que le fruit de votre foi soit manifeste à tout le monde ». Il finit sa lettre en leur donnant avis qu’il leur envoyait toutes les lettres d'Ignace qu'il avait pu recouvrer, ajoutant qu'ils en pouvaient tirer une grande utilité ; « car elles sont pleines », dit-il, « de foi, de patience et de toute sorte d’édification ».
Saint lrénée appelle la lettre de saint Polycarpe une très-puissante défense de la vérité, et dit que ceux qui ont soin de leur salut peuvent y apprendre quelle est la doctrine évangélique, en lisant quelle a été la foi et la croyance de ce Saint. Saint Jérôme dit aussi qu’elle est trèsutile. D’autres la font passer pour une pièce admirable, remplie de fort belles instructions, écrites de la manière la plus convenable aux auteurs ecclésiastiques, c’est-à-dire avec beaucoup de simplicité et de netteté. Eusèbe remarque * qu’on y trouve divers endroits tirés de la première Epitre de saint Pierre. En effet saint Polycarpe la cite très-souvent 5, aussi bien que celles de saint Paul. I cite encore la première de saint 6 Jean et le livre 7 de Tobie. On peut encore remarquer, dans cette