LA BIENHEUREUSE MARGUERITE DE HONGRIE, VIERGE
ment voulez-vous que maintenant, plus âgée et plus capable de recevoir les grâces de mon Dieu, je change de résolution ? Cessez, je vous prie, mon père, de me détourner davantage de la promesse que j’ai faite de garder ma virginité, et laissez-moi vivre pour celui auquel vous m’avez si saintement consacrée. Car, enfin, je ne fais aucun cas de la couronne ni des richesses, ni des autres avantages que m'offre le roi de Bohême, je préfère le royaume de Jésus-Christ et les délicieuses suavités de sa grâce; j'aime donc mieux mourir que de consentir à la proposition que vous me faites ». Le roi lui remontra qu'étant son père, elle était obligée de lui obéir, puisque, par un commandement de Dieu, les enfants doivent obéir à leurs parents; la Sainte repartit généreusement, s’adressant au roi et à la reine : « Quand vous me commanderez des choses qui seront agréables à Dieu, je me ferai gloire de vous obéir, comme à des personnes qui ont autorité sur moi; mais si vous m'’ordonnez de faire ce qui est contre sa sainte volonté, rien ne sera capable de m’y contraindre; sachant bien que le pouvoir qu'ont les pères et les mères sur leurs enfants ne s’étend point jusque-là ». Ces paroles firent connaître au roi et à la reine que la constance de leur sainte fille était invincible, et ainsi ils la laissèrent vivre paisiblement le reste de ses jours dans son monastère. Elle y continua ses exercices de dévotion et de pénitence jusqu’à la vingt-huitième année de son âge, qu’elle prédit à ses sœurs, un an auparavant, devoir être sa dernière. Enfin, le 9 janvier, quoiqu’elle parût être en parfaite santé, elle leur dit positivement que dans dix jours elle ne serait plus au monde, et qu’elle en sortirait le jour de la fête de sainte Prisque. En effet, trois jours avant cette fête, elle tomba en une forte fièvre qui ne lui donna point d'autre loisir que de se disposer à ce dernier passage par la réception des Sacrements et par un continuel entretien avec son Bien-Aimé. Voyant que sa dernière heure était proche, elle récita dévotement le psaume entier : Zn te, Domine, speravi, Seigneur, j'ai espéré en vous, jusqu’à ces paroles : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains »; et envoya ainsi heureusement son âme au ciel, l’an 1271, le samedi 18 janvier : elle entrait à peine dans la vingt-huitième année de son âge.
Après le départ de cette belle âme, son corps demeura si beau et si vermeil, et exhala une si agréable odeur que l’archevêque de Strigonie, venu trois jours après pour faire les obsèques, dit tout haut aux religieuses qu'elles ne devaient plus pleurer cette princesse, puisqu’ayant été une Sainte en sa vie, elle était déjà glorieuse dans le ciel. Plus de deux cents miracles qui se sont faits à son tombeau et ailleurs à son invocation sont des preuves encore plus assurées de cette vérité, et elle est honorée comme Sainte par tout le royaume de Hongrie; bien que les papes, qui avaient commencé le procès de sa canonisation, ne l’aient pas encore déclarée Sainte, avec les cérémonies qui s’observent ordinairement en ces occasions par l'Eglise romaine.
Le pape Pie II a autorisé son culte en Hongrie. Pie VI, par décret du 28 juillet 4789, étendit à tout l'Ordre de Saint-Dominique la permission de célébrer sa fête. Pie VII permit au clergé de Presbourg d’en réciter l'office, et fixa sa fête au 26 janvier, par décret du 24 août 1804.
On représente sainte Marguerite de Hongrie avec un globe de feu au-dessus de sa tête. On l’invoque contre les inondations, parce que plus d’une fois dans sa vie, elle apaisa les tempêtes, fit reculer les flots du Danube, ouvrit et ferma, par ses prières, les cataractes du ciel. A Presbourg, où les reliques de cette sainte fille de saint Dominique ont été transportées, on l’invoque encore contre les fièvres pernicieuses ou palu-,
déennes : la situation de son monastère au milieu de l’île d’un fleuve explique cette dévotion.
La vie de cette Bienheureuse fut écrite l'an 1340, par le Père Guérin, religieux du même Ordre de Saint-Dominique. Surius l'a transcrite en son premier tome; et Bollandus, au troisième volume des Saints de ce mois (nouv. éd.). Le R. P. Jean de Sainte-Marie l'a tirée d'un manuscrit qui se gardait en la royale abbaye de Poissy, et l’a insérée parmi les vies des successeurs de cet Ordre; et, enfin, le R. P. Jean- Baptiste Feuillet, sous-prieur des Jacobins, du grand couvent, la rapporte au premier tome de l'Année dominicaine.
SAINT SÉVÉRIEN, ÉVÊQUE DE MENDE (4 siècle).
Bien que l’injure du temps, les dévastations des guerres civiles et l’aveugle fureur des hérétiques aient fait périr des documenis aussi nombreux qu’importants sur les antiquités de la très-ancienne église de Mende, il reste néanmoins encore des monuments historiques du caractère le plus authentique, tels que plusieurs martyrologes et un assez grand nombre de manuscrits religieusement conservés à Mende, desquels il résulte que Sévérien, fidèle compagnon de saint Martial de Limoges, dans la prédication de l'Evangile, suivit comme prêtre ce grand apôtre de l’Aquitaine dans ses courses à travers les montagnes du Gévaudan. Bientôt une église ayant été fondée au bourg de Mende, et placée sous le patronage de la bienheureuse Vierge Marie, Martial, au moment d'aller visiter d’autres contrées, éleva à la dignité de pontife celui qui avait été son disciple, le compagnon de ses travaux et l'imitateur de ses vertus. Il l’ordonna et le laissa dans le pays de Gévaudan, afin qu'il gagnât à l'Evangile le peuple encore assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. L'autorité des documents dont le diocèse de Mende est en possession est confirmée par une tradition constante très-ancienne et à laquelle on ne peut pas assigner de commencement,
On parle d’un certain petit roi, ou prince de Gévaudan, qui, ayant été converti par saint Sévérien et étant sans enfants, légua au saint évêque le pouvoir politique qu'il possédait dans le pays, et plusieurs font remonter jusque-là l’origine de ce pouvoir que conservèrent pendant des siècles les évèques de Mende, et dont ils ne se servirent que pour répandre abondamment sur le peuple les bienfaits d'une douce et paternelle domination. On ne sait pas au juste combien de temps saint Sévérien remplit ses fonctions apostoliques, et l’on ignore absolument si sa vie précieuse devant Dieu fut couronnée par le martyre, ou si le pieux pontife s’endormit dans le Seigneur d'une mort tranquille.
Propre de Mende. — Voir en outre la vie de saint Martial.