SAINT FRITZ‘, MARTYR A BASSOUES
viiie siècle,
Bassoues, comme l'indique l’étymologie basque ?, fut d’abord un lieu couvert d'immenses forêts. Les Druides le trouvèrent convenable pour la célébration de leurs rites, et ils en firent un de leurs principaux sanctuaires.
Le culte druidique jeta de profondes racines dans les diverses contrées de la France, et bien des gens encore ajoutent foi aux superstitions que cette religion nous a léguées.
Les Romains, pour s'assurer la conquête de la Gaule, cherchèrent à ruiner le crédit des Druides, en introduisant les dieux de Rome dans notre patrie. Là où se célébraient naguère les mystères sacrés en l’honneur du dieu Teutatès, on vit s'élever des temples et des idoles. Ainsi dans les forêts de Bassoues, qui avaient servi d’asile aux prêtres d'Esus, furent érigés des autels en l’honneur du dieu Mars, et c’est de là que ces bois ont reçu le nom de Marsoulès.
Le ville de Bassoues perdit en grande partie son importance, dès qu’elle ne posséda plus le sanctuaire druidique ; et ses annales n’offrent rien qui mérite d’être signalé, jusqu’à ce que Dieu, voulant la récompenser du sacrifice qu’elle lui avait fait en abandonnant ses superstitions pour suivre la loi de l'Evangile, lui eût rendu un sanctuaire bien autrement célèbre que celui des Druides, et qui devait être d'autant plus cher aux ancêtres des habitants de Bassoues, qu’il fut élevé pour consacrer la gloire d’un héros; saint Fritz, qui, après avoir renoncé aux honneurs et aux délices d’une cour, était venu verser généreusement son sang pour défendre leur religion et leur liberté.
Aussi cet illustre Martyr a-t-il toujours été en grande vénération au midi de la Garonne ; il n’est pas permis d’en douter, si l'on consulte les anciens missels et l’usage de plusieurs églises du diocèse d’Auch. Il est
1. Frisius ou le Frison, Frise et encore Frix. — 2. Bassoa, bois, broussailles ; — département du Gers, arrondissement de Mirande, diocèse d'Auch, 2,000 habitants.
fâcheux que nous n’ayons pas des mémoires anciens et sûrs qui nous racontent la vie d’un Saint qui a jeté tant d'éclat, et dont le culte a survécu à toutes les révolutions. « On conservait », dit l’abbé d’Aignan, auteur d’une histoire inédite de la Gascogne, « un manuscrit très-précieux, où on lisait la vie de saint Fritz et l’histoire des guerres qui, à cette époque, avaient lieu dans ce pays ; ce manuscrit s’est perdu au commencement du siècle dernier ». D’après une croyance généralement adoptée, saint Fritz était fils de Radbod, prince frison, intrépide, mais opiniâtrément attaché au polythéisme.
Tous les ennemis du christianisme le considéraient comme le plus ferme défenseur des idoles. Pépin d’Héristal, voyant l’attitude menaçante et les dispositions hostiles de Radbod, leva. une armée formidable et marcha contre lui. Les Francs remportèrent la victoire, et n’accordèrent la paix aux Frisons qu’à la condition de faire cesser toute persécution contre le christianisme.
A la faveur de ce traité, saint Villebrod, accompagné de douze clercs saxons, débarqua dans la Frise, vers l’an 690, pour y prêcher la religion de Jésus-Christ. Le zèle des missionnaires ne s'arrêta pas devant les embarras suscités par la haine de Radbod ; el grâce à la protection de la fille de Pépin, que le prince frison avait obtenue pour épouse, l'Evangile fit de rapides progrès. Radbod fut obligé de laisser pénétrer la nouvelle doctrine jusque dans le palais; sa pieuse épouse se fit un devoir d'élever son fils dans la religion de ses pères ; elle sut lui inspirer le goût de la vertu et préserver sa jeunesse de la contagion d’une cour licencieuse.
Mécontent de l’obstination de son père dans le paganisme, le jeune prince se retira sur les terres des Francs pour porter les armes sous Charles- Martel, dans la guerre qu’il allait faire aux Sarrasins. Chargé par son oncle de commander un corps d'armée dans l’Aquitaine, et sachant les Barbares campés dans une plaine, derrière la ville de Lupiac, il se porta au-devant des ennemis et alla leur présenter la bataille. Notre jeune héros fit des prodiges de valeur ; rien ne résistait à son courage, et déjà la victoire paraissait lui être assurée, lorsque le général infidèle accourut avec un secours extraordinaire ; cet incident arrêta ses troupes effrayées et mit le désordre dans l’armée chrétienne. Fritz tàächa de rallier les soldats autour de sa bannière, dans le lieu qu’on appelle encore aujourd’hui le moulin de l’Z{endard, parce qu’il y avait planté son drapeau. Le combat recommença avec acharnement et se prolongea jusqu’à la nuit.
La victoire était restée indécise. Mais on dit que le lendemain il se donna une seconde bataille, où saint Fritz fut tué. La tradition du pays a conservé jusqu’au genre de mort qui enleva ce héros chrétien : dans la chaleur du combat, un infidèle lui lança une flèche, qui lui traversa les cuisses ; il perdait tout son sang, et comme on cherchait à le soustraire à la fureur des ennemis, il expira assez près du pont qu’on appelle encore aujourd’hui Pont du Chrétien, et on l’inhuma dans ce même lieu.
Notre Martyr demeura longtemps ignoré dans sa tombe ; mais Dieu, voulant glorifier le courageux défenseur de la religion, fit connaître miraculeusement le lieu qui renfermait ce précieux dépôt. Selon une tradition populaire, une vache allait tous les jours lécher une pierre cachée sous des broussailles ; elle vivait sans prendre d’autre nourriture, et était cependant plus grasse que le reste du troupeau. Des pasteurs observèrent ce prodige et le firent remarquer à un grand nombre de personnes qui en furent témoins. On creusa la terre et on trouva le corps du guerrier armé de toutes