‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 404 sur 412 · SAINT FRITZ, MARTYR A BASSOUES · texte numérisé non relu

SAINT FRITZ, MARTYR A BASSOUES

pièces. À peine les reliques du Saint furent-elles enlevées, qu’aux yeux du peuple étonné on vit tout à coup une source miraculeuse jaillir de son tombeau, telle qu’on la voit encore aujourd’hui. On voulut transporter dans la ville, avec le corps, le tombeau que les soldats du jeune chef avaient construit à la hâte ; mais plusieurs bœufs attelés ensemble furent impuissants à le traîner. Alors un des assistants donna l’idée de le faire porter par la vache qui l’avait découvert; aussitôt elle fut attelée au char qui portait le précieux dépôt, et seule, sans aucun autre secours, elle le traîna jusqu'au sommet de la colline; mais arrivée là, elle s’arrêta, sans qu'il fût possible de la faire passer outre. On pensa que le Saint ne voulait pas entrer dans la ville, et on le déposa sur ce coteau. Bientôt après on y construisit une magnifique église, et son corps fut enfermé dans un tombeau de marbre. On le voit encore derrière un autel, seul reste de cet édifice.

Les miracles qui s’opérèrent sur son tombeau, devinrent bientôt célèbres dans toute la contrée, et attirèrent un grand concours auprès de ses reliques. On l’invoquait avec succès contre l’épilepsie.

Les pèlerins qui se rendaient auprès du tombeau de saint Fritz, allaient aussi visiter la fontaine miraculeuse et emportaient de l’eau pour la distribuer à leurs amis malades qui n’avaient pu les suivre.

Dieu signala la vertu de cette eau par plusieurs miracles ; aussi se seraiton bien gardé de s’en servir pour un usage profane ; personne, du reste, n’ignorait qu’une femme d’Andreou, qui avait voulu employer l’eau de la fontaine pour faire du pain, l’avait vue se changer en sang.

Ainsi s'établit le culte de saint Fritz, et sa fête fut fixée au 16 janvier, jour de l'invention de son corps.

En 1020, Raymond, seigneur de Bassoues, fit donation au monastère de Pessan de l’église de Saint-Fritz, à condition qu’on y érigerait, pour la desservir, un couvent de Bénédictins.

En peu d'années, les moines défrichèrent une grande partie des bois dont se trouvait couvert le sol de Bassoues.

Peu de monastères furent sujets à autant de vexations de la part des seigneurs voisins, que celui de Bassoues. En 1270, on supprima la conventualité, et le monastère de Saint-Fritz fut uni, avec tous ses revenus, à la mense archiépiscopale, du consentement de l’abbé et des religieux de Pessan.

Les habitants de Bassoues vivaient depuis longtemps en paix, sous la sage administration de leurs archevêques, lorsque les hérétiques, faisant appel à toutes les passions coupables, se jetèrent sur cette contrée sous la conduite du farouche Montgommery. Ces hordes de barbares, qui ravageaient tout sur leur passage, massacrant les prêtres, brisant les images, brûlant les églises et les oratoires des saints, ne devaient pas épargner celui de Saint-Fritz ; la confiance que les populations avaient en cet illustre Martyr, devait même exciter leur rage frénétique. Après l’avoir pillé, ces misérables le livrèrent aux flammes, qui le détruisirent en grande partie.

Lorsque l’ennemi eut disparu, ils s’empressèrent de se rendre à la chapelle de Saint-Fritz, persuadés qu’il ne restait plus rien de ce magnifique monument. Mais, quelle ne fut pas leur surprise, lorsqu'ils virent la chapelle où se trouvait le saint Martyr, entièrement conservée et le corps intact. Les flammes avaient respecté l’autel qui renfermait un aussi précieux dépôt. Ce fut vers la fin de 1369 que Bassoues perdit cette belle basilique.

L’archevêque, Léonard de Trappes, afin de remédier aux maux causés par la Réforme, résolut de parcourir tout son diocèse, accompagné de

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quelques prêtres, et de prêcher lui-même à son peuple la saine doctrine. Il arriva à Bassoues en 1693. L'église de Saint-Fritz ne présentait plus alors que des ruines, et la crypte, que les flammes avaient respectée, ne renfermait plus que quelques reliques. Les habitants de Bassoues, craignant le retour des Huguenots, avaient divisé le corps du saint Martyr et l'avaient envoyé en dépôt dans les paroisses voisines pour le mettre en sûreté.

Léonard de Trappes, voulant sans doute que ces précieux dépôts fussent restitués plus tard à Bassoues, fit constater ce fait dans le procès-verbal, qui fut dressé à l’occasion de sa visite. Cette pièce précieuse a été conservée aux archives de l’archevêché, jusqu’en 1793; elle indiquait à quel titre les églises de Vic, de Peyrusse-Grande, etc., possédaient les reliques de saint Fritz.

Une note, trouvée par le curé de Bassoues dans les archives d’Auch, lui a fait découvrir le lieu où était déposée la tête du saint Martyr,; il s’empressa de ja faire connaître à M£" de Salinis. En conséquence, ce pieux prélat, heureux de contribuer à relever le culte d’un des principaux saints de son diocèse, rendit, le 29 mai 4857, une ordonnance par laquelle il prescrivait aux habitants de Peyrusse-Grande de rendre ce saint dépôt. M. l'abbé Darré, vicaire-général du diocèse, fut chargé de son exécution, et le premier du mois de juin, le chef de saint Fritz rentrait dans son antique chapelle, aux acclamations d’une foule immense accourue à sa rencontre.

Ce fut à la voix de ME de Trappes, que les habitants de Bassoues résolurent de rétablir la chapelle dédiée au saint Martyr. D’après ce qui en reste et le souvenir des vieillards, l’église de Saint-Fritz se composait de trois nefs. Une tour très-élevée couronnait le magnifique portail de l’entrée principale. Sur chaque portail, saint Fritz était représenté à cheval, portant la couronne sur la tête et le sceptre à la main.

La dévotion à notre saint Martyr survécut à toutes les guerres de religion. Dans l’ancien missel, il y avait une messe particulière de saint Fritz, et sa fête était célébrée avec pompe dans plusieurs localités. Un grand nombre d’églises lui étaient dédiées : ainsi, à Vic-Fezensac, le chapitre collégial se rendait en procession la veille de la fête à la chapelle du cimetière, qui possédait une relique considérable de notre Saint. Le concours du peuple y était prodigieux ; on chantait les premières vêpres, et le lendemain on chômait la fête jusqu’à midi, « par grande dévotion ». Mais le lieu qui semblait être proprement le théâtre de la gloire de saint Fritz, était Bassoues. Tous les jours de nombreux étrangers affluaient à son tom-

beau, attirés par les merveilleuses guérisons qui s’y opéraient. À Bassoues, comme dans tout le reste de la France, la mort de Louis XVI fut le signal des plus affreux excès. Rien ne fut épargné ; et, au nom de la liberté et de la fraternité, on se livra aux actes les plus arbitraires.

L'église paroissiale servit à tenir des assemblées patriotiques. Les jours de fêtes, on y dansait la carmagnole, et la chaire de vérité était occupée par des impies, qui prêchaient au peuple les plus affreuses doctrines. Ce fut une raison pour conserver ce monument ; mais la chapelle de Saint-Fritz, qui ne paraissait plus devoir être d'aucune utilité à ces malheureux, devint l’objet de leur exécrable fureur; ils renversèrent les voûtes, brisèrent les autels, et leurs mains sacriléges profanèrent les vases sacrés. En décrétant la démolition de ce monument, l’un des plus beaux de la province, le conseil fut entraîné par quelques meneurs, et c’est sur eux surtout que doit retomber la responsabilité d’un acte aussi impie.

Dès que la liberté fut rendue à la religion, les habitants de Bassoues

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s haben de rappeler les prêtres, qui avaient été Reg et qui survivaient encore à la tempête révolutionnaire.

Une nef latérale avait été conservée pour le rivage des terres ; on s’empressa d’en fermer les arceaux, d’élever un autel, et de placer au dessus, dans une niche, le buste du Saint, que le peuple accompagne avec tant de respect dans les processions. La chapelle possédait autrefois une magnifique statue de saint Fritz, au pied de laquelle venaient prier les pèlerins. M. l’abbé de Belloc, originaire de Bassoues, trouva dans sa maison une partie de la tête, que son père avait arrachée des mains des révolutionnaires, et il s’en servit pour former le nouveau buste. Aussi le peuple a-t-il une dévotion toute particulière pour cette image vénérée ; et ceux qui viennent visiter le tombeau, se retireraient avec regret, s’ils ne pouvaient la toucher ou placer sur elle quelque objet de piété.

Derrière l’autel, sur six colonnes de marbre, fut élevé l’antique tombeau du Saint, qui rappelait de si touchants souvenirs, et qui, pendant plus de dix siècles, avait été l’objet de la vénération de toute la province. L’impiété ne l'avait pas épargné ; après en avoir brisé le couvercle, on avait emporté le reste pour servir d’abreuvoir aux animaux. Cette profanation ne devait pas rester impunie : le premier bœuf qui s’en approcha, tomba raide mort. C’en fut assez pour le faire respecter, et on s’empressa de le rendre aussitôt après que la tourmente révolutionnaire eut cessé !.

On apprit bientôt au loin que les saintes reliques avaient été rapportées dans leur chapelle. On accourut de toutes les contrées voisines pour leur rendre hommage et pour leur faire une réparation solennelle des outrages qu’elles avaient reçus. De nombreux miracles récompensèrent la foi des pèlerins et encouragèrent leur dévotion.

Trois fêtes surtout sont remarquables par le concours immense des populations de la contrée : la fête de saint Fritz, la fête de la Trinité et la fête de Saint-Jean ; c’étaient les fêtes des trois autels de la chapelle. Inutile de dire que le peuple chôme entièrement les fêtes de saint Fritz et de saint Jean ; mais celle de la Trinité l’emporte sur toutes les autres fêtes de l’année par les magnificences qu’on y déploie et par l’affluence des étrangers qui y accourent des pays les plus éloignés.

Extrait de l'Histoire de Bassoues et de la chapelle de Saint-Fritz, par M. l'abbé Guilhempey; Auch,

1858. Cette brochure se vend au profit de la chapelle de Saint-Fritz que l'on reconstruit sur l'ancien plan.

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