‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 56 sur 412 · LE BIENHEUREUX JOSEPH-MARIE TOMMASI · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX JOSEPH-MARIE TOMMASI

de cardinal avait été lPéglise de Saïint-Martin-aux-Monts, et qui devenait alors le sien ; ses serviteurs étaient des pauvres infirmes et estropiés. Il suivit aussi ce grand modèle dans l’accomplissement des devoirs que sa dignité lui imposait. 1] assistait régulièrement à l'office divin dans l’église de son titre, prêchait souvent, et prenait beaucoup de plaisir à catéchiser les enfants, surtout les enfants des pauvres. Il eût voulu faire revivre quelques pratiques de l’ancienne discipline, mais le temps ne lui permit pas de réussir dans ce projet ; ses efforts rencontrèrent de l’opposition, et un orage sembla se former contre lui. Son humilité, son éloignement pour le faste, qui d’abord avaient été applaudis, furent alors tournés en ridicule. Mais le ridicule et la calomnie arrivent rarement à leur but, et peut-être ne réussissent jamais contre ceux qui, ainsi que Tommasi, remettent leur cause entre les mains de Dieu et lui abandonnent le soin de les défendre.

Il réservait sur ses revenus une petite somme pour son entretien, et distribuait le reste aux pauvres, dont il était en toute occasion l'avocat, L’on ne peut dire quelle charité il avait pour eux ; il craignait de faire pour luimême la moindre dépense, de peur de diminuer ses aumônes, et son médecin déclara qu'il ne prenait pas une nourriture suffisante. Un jour on lui servit un poisson un peu plus gros que ceux que l’on mettait d'ordinaire sur sa table ; il s’informa quel prix on l’avait payé. Ce prix n’était pas élevé, mais le Bienheureux le trouva trop cher, car lorsque son cuisinier lui dit combien il coûtait, le saint homme se tourna vers le crucifix et s’écria en gémissant : « Seigneur, ai-je été fait cardinai pour manger du poisson de ce prix, lorsqu’il y a tant de pauvres qui meurent de faim ? »

Le frère lai théatin qui servait depuis longtemps Tommasi, et qui demeurait chez lui depuis sa promotion au cardinalat, rapportait que, se trouvant avec ce serviteur de Dieu dans un quartier de Rome, un pauvre vint leur demander l’aumône. Tommasi, absorbé dans la contemplation, ne l’entendit pas d’abord, et Le frère, fatigué des sollicitations de ce mendiant, lui dit une troisième fois avec un peu de rudesse qu’il n’aurait rien. Le saint cardinal, qui était en avant, revint sur ses pas, fit une semonce au frère, et lui défendit de traiter à l’avenir les pauvres de cette manière.

Cette tendresse de Tommasi pour les membres souffrants de Jesus-Christ avait sa source dans l'esprit de foi dont il était animé; cette vertu fondamentale fut son guide pendant toute sa vie. Ce fut la foi qui le dirigea dans ses études, et ce fut pour montrer la parfaite conformité de croyance de l'Eglise romaine avec la primitive Eglise, qu’il publia ses savants ouvrages sur les-antiquités ecclésiastiques, Il aurait voulu aller prêcher cette foi sainte aux nations idolâtres, et un jour qu’il voyait des missionnaires de sa congrégation prêts à partir pour l'Inde, il leur exprima les regrets qu'il éprouvait de ne pouvoir les accompagner. Sa foi se manifestait surtout lorsqu'il célébrait le saint Sacrifice, et lorsqu'il s'agissait du culte de l’auguste Sacrement de nos autels. Il fit beaucoup de dépenses pendant le peu de temps qu’il fut cardinal pour orner l’église dont il était titulaire.

Quoique ce grand serviteur de Dieu eût toujours mené une vie trèssainte, il avait été tourmenté par des inquiétudes et d’autres peines intérieures, mais son espérance se fortifia au milieu même de ces peines; il répétait souvent ces paroles de David : « Seigneur, j'ai espéré en vous, je ne serai pas éternellement confondu ! ». Il cherchait à affermir cette vertu dans les autres, et lorsqu'il voyait quelqu'un découragé, il lui disait : « Ne vous affligez pas; moins vous aurez de secours de la part

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