PERSÉCUTION ET MORT DU CÉSAR GALÈRE
On ne convient pas du temps où mourut saint Pierre Balsame. Mais il est certain que ce fut dans la perséculion de Maximien Galère, probablement vers la fin. Il ne sera peut-être pas déplacé de dire en quelques mots jusqu'où alla la cruauté de ce tyran et comment elle fut punie. « Il gouvernait iyranniquement depuis sa victoire sur les Perses ; il louait hautement leur gouvernement despotique gt leur coutume de traiter leurs sujets comme des esclaves. Il diminuait donc en tout la liberté des Romains. Il faisait mettre à la torture Loutes sortes de personnes, sans avoir égard aux dignités ; on enlevait de force, pour son palais, des femmes libres et même des femmes nobles. I1 avait de grands ours auxquels on trouvait qu'il ressemblait assez bien; il leur faisait dévorer des hommes pour se divertir, principalement pendant son souper. Il se plaisait à faire brûler les gens à petit feu; et, s’étant exercé à tourmenter les chrétiens, il traitait de même tous les autres qu'il comptait pour coupables; en sorte que c'était une faveur d'avoir la tête coupée. Sous son règne l'éloquence fut éteinte, les avocats et les jurisconsultes furent bannis ou tués ; les études lui semblaient pernicieuses et il haïssait les gens de lettres. Les juges qu'il envoyait dans les provinces étaient des soldats grossiers et ignorants; is n'avaient point d’assesseurs, et il leur donnait toutes sortes de licences, sans respect pour les lois, 11 désola les provinces par la grandeur des cens et des capita-
1, Ps, xxvr, 4. — 2, Ps. Cxv, 13.
tions, et par la rigueur de ses exactions. et afin que personne ne s'exemptât de ses impositions sous prétexte de mendicité, il fit assembler tout ce qu’il put de mendiants, les fit mettre dans des barques et jeter tous dans la mer : telle était la tyrannie de Galère Maximien. Il l'exerça principalement contre les chrétiens; aussi cette troisième année. (305) fut la plus cruelle, mais seulement en Orient; il n'y avait plus de distinction de clercs et de laïques; on faisait mourir indistinctement tous les chrétiens. Le césar Maximin, qui gouvernait sous lui la province d'Orient, le secondait bien... 1 »
Nous aurons l’occasion de raconter plus en détail les tortures inventées contre les chrétiens par Galère et les ministres de ses cruautés 2.
La mort de ce monstre fut digne de sa vie : « Galère était entré dans la dix-huitième année de son règne, le 4er de mars 310, ayant été fait césar par Dioclétien en 293. En cette dix-huitième année, Dieu le frappa d’une plaie incurable : il lui vint un ulcère au périnée, qui s'étendit assez loin. On y appliqua le fer; la cicatrice était fermée, quand la plaie se rouvrit, et il perdit du sang jusqu'à mettre sa vie en péril. On arrêta le sang; la cicatrice se referma et se rouvrit encore; il perdit plus de sang qu'auparavant; il devint pâle, ses forces diminuèrent. Le sang fut arrêté, mais la gangrène gagnait tout autour. On appelle de toutes parts les plus fameux médecins : ils ne font rien. On a recours aux idoles, à Apollon, à Esculape : Apollon donne un remède qui augmente beaucoup le mal. Tout le siége et les parties inférieures s’en allaient en corruption. Les médecins n'espérant plus vaincre le mal, cherchent au moins à l’adoucir; mais il se retire au dedans et gagne les intestins; il s'y forme des vers. Une odeur insupportable s'étend, non-seulement dans le palais, mais dans toute la ville de Sardique où il était; les conduits de l'urine et des autres excréments étaient confondus. Ses douleurs insupportables lui faisaient jeter des cris horvibles. On faisait cuire des animaux, qu'on lui appliquait tout chauds pour attirer les vers; et, en effet, il en sortait une quantité prodigieuse; mais la corruption s'étendait toujours. Son corps était défiguré en deux manières : le haut, jusqu’à la plaie, était si maigre et si desséché, que l'on ne voyait qu'une peau livide enfoncée entre les os; le bas était enflé comme des outres, et il n’y avait plus forme de pieds. L'empereur Galère fut un an entier dans cette horrible maladie. I fit mourir plusieurs médecins qui ne pouvaient apporter de remèdes à son mal ni en supporter la mauvaise odeur. Un d'eux, se voyant en péril, lui dit : « Vous vous trompez, Seigneur, si vous croyez que les hommes puissent vous ôter le mal que Dieu vous envoie; cette maladie n’est pas humaine ni sujette à nos remèdes. Souvenez-vous de ce que vous avez fait contre les serviteurs de Dieu et contre la sainte religion, et vous verrez où vous devez avoir recours. Je puis mourir comme les autres, mais les médecins ne vous guériront pas ». Galère commença alors de comprendre qu'il était homme; dompté par la maladie et pressé par la douleur, il s’écria « qu'il rétablirait le temple de Dieu, et qu'il satisferait pour son crime, et, n’en pouvant plus, il fit dresser un édit en son nom et aux noms de Constantin et de Licinius 3». Cet édit, où Galère est nommé consul pour la huitième fois, ce qui marque l’an 341, accordait aux chrétiens la liberté de leur culte. fl suspendit un instant la persécution, que Maximin renouvela bientôt. Quant à Galère, il finit misérablement, peu de jours après, tout son corps étant consumé et corrompu.
HÉNOCH, SEPTIÈME PATRIARCHE (an du monde 622-987).
Seth avait laissé des descendants qui marchèrent comme lui dans les sentiers de la justice et de la vertu. Adam, dans un esprit prophétique, leur avait annoncé qu'avant de périr par le feu dans une catastrophe finale, le monde serait ravagé par les eaux d'un déluge universel. Mais cette voix ne fut pas écoutée par les enfants des hommes. Le patriarche Hénoch, digne fils des Saints, fit retentir sur la tête des coupables les menaces de la vengeance divine, comme on le voit d’après l'Epitre de saint Jude #. Cet appel à la pénitence se fit entendre au monde pendant trois siècles, puis la voix prophétique se tut sur la terre; Hénoch ne reparut plus au sein de ces générations corrompues : Dieu l'avait enlevé du milieu de tant d’iniquités et de crimes, et nul, dit Josèphe, n'a jamais rien écrit de sa mort. Des rabbins modernes, et Calvin après eux, ont soutenu qu'Hénoch,
1. Lenry, liv. 1x, chap. 11. — 2. Voyez au 2 avril, saint Appien; au 14 mai, saint Boniface; au 9 novembre, saint Théodore; au 24 mars, saint Agape; au 4 octobre, sainte Domine; au 2 avril, sainte Théodosie; au 16 février, saint Pamphile; au 4 juin, saint Quirin; au 4 mai, saint Sylvain.