‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 112 sur 339 · SAINTE JULIENNE, VIERGE · texte numérisé non relu

SAINTE JULIENNE, VIERGE

PRIEURE DU MONASTÈRE DU MONT-CORNILLON, ET LA FÊTE -DIEU 1258. — Pape : Alexandre IV. — Roi de France : Saint Louis.

Lauda, Jerusalem, Dominum ; lauda Deum tuum, Sion. Jérusalem, loue le Seigneur; Sion, loue ton Dieu. Ps. cxLvI1, 1.

Aux portes de Liége s'élevait le monastère du Mont-Cornillon ‘. Là, le dévouement chrétien accueillait les pèlerins, les voyageurs, et soulageaït les souffrances des lépreux; là aussi, vers le commencement du xm° siècle, brillait l’incomparable vertu de sainte Julienne. Elle était née en 1193 à Rettine, bourg du diocèse de Liége. Ses parents était gens fort aisés qui se faisaient remarquer par leur piété. Orpheline dès le bas-âge, Julienne n'avait pas connu d’autre famille que ses pieuses sœurs. Le jeûne, la prière, les austérités, l'étude persévérante, telle était sa vie. Ses lectures favorites, et qui témoignent de la haute culture de son esprit, se partageaient entre la sainte Ecriture, saint Augustin et saint Bernard. Quant à ses méditations, elles revenaient constamment sur le divin mystère de l’Eucharistie. Son cœur s’enflammait d’un amour céleste lorsqu'elle pensait au Saint-Sacrement des autels. Souvent, soit au milieu de l’oraison, soit dans le sommeil, une même vision vint l’assaillir, l’étonner et l’attrister : car elle ne pouvait la comprendre. Il lui semblait voir la lune dans tout son éclat, mais avec une échancrure. Elle supplia Dieu de daigner lui expliquer le sens de cette apparition qui, en se reproduisant sans cesse, avait fini par alarmer sa piété. Alors Jésus-Christ lui révéla que la lune signifiait l'Eglise telle qu’elle était constituée ; que, par l’échancrure de l’astre, il fallait entendre qu’il manquait encore une fête que Dieu désirait voir célébrer par les fidèles ; qu'il voulait que cette fête fût spécialement consacrée à l'institution du Sacrement par lequel il a donné aux hommes son corps et son sang *.

Devant le devoir si grave, si redoutable que Jésus lui imposait en lui commandant d'établir cette fête, Julienne objectait son humilité, sa faiblesse ; vainement, dans sa prière de chaque jour et même de chaque moment, suppliait-elle Dieu de la dispenser d’une si grande tâche, de confier ce soin à des prélats doués de toutes les lumières de la science ?. Dieu, au contraire, — et c’est là ce que nous devons admirer ! — voulait que cette fête eût pour promoteurs les faibles et les humbles. Qu’y a-t-il eu de plus humble que la crèche et la croix ?

La lutte de l'humilité dura vingt ans. Julienne était devenue prieure du monastère du Mont-Cornillon : ses vertus semblaient s'être accrues avec sa dignité ; et plus on la faisait grande, plus elle cherchait à se faire petite, selon cette parole : « Aimez à n’être compté pour rien ». L'œuvre qu’elle avait mission d'accomplir accablait son cœur ; plus elle éprouvait de respect,

1. Le Mont-Cornillon s'est aussi appelé Mont-des-Cornouilles {Mons-Cornelii). On pense que cette maison avait été fondée sous la règle de saint Augustin, vers 1182, pour recevoir ceux qui, revenant de la Palestine, étaient infectés de la lèpre. Le couvent était double et se composait de deux bâtiments de l’un pour les sœurs et l'autre pour les frères. Les deux communautés obéissaient à un prieur général.

2. Acta Sanctorum, t. 167, Aprilis. — 8, Magnis clericis lumine scientiæ fulgentibus.

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