Chapitre
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jugement à toutes les nations ». Un jour donc que, désolé de la résistance de Benoît XIII à ses vœux les plus ardents, il priait avec larmes devant son crucifix, et offrait à Dieu la douleur de son âme, le Sauveur consola sa tristesse, en lui faisant entendre miraculeusement cette parole : « Va, je t’attendrai encore : Vade, adhuc exspectabo te ». 1] comprit qu’on ne résisterait plus à ses sollicitations, et, en effet, Benoît XIII lui permit de parcourir le monde en apôtre et de prêcher l'Evangile à tous les peuples de l’Europe. Il lui accorda pour cela les pouvoirs les plus étendus, pouvoirs qui furent confirmés plus tard par le concile de Constance et par le pape Martin V.
Vincent commença à Avignon même son nouvel apostolat le 25 novembre 1398.
Puis, il parcourut en peu de temps une grande partie de l’Europe, prèchant en Catalogne, en Provence, en Dauphiné, en Savoie, en Lombardie, à Gênes, en Allemagne, en Lorraine, en Flandre, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, au royaume de Grenade et presque par toute l'Espagne, en plusieurs autres villes et provinces d'Italie et de France, et enfin en Basse-Bretagne, où nous le verrons finir ses jours, lorsque nous aurons dit quelque chose de ses vertus, pour éviter les répétitions.
Bien qu’il fût muni des autorisations les plus étendues de la part des souverains Pontifes, saint Vincent Ferrier ne prêchait jamais en aucun endroit sans la bénédiction et l’assentiment de l’évêque diocésain, ni la permission des supérieurs de son Ordre. Il s’imposa la règle de marcher toujours à pied, quand il passait de ville en ville et de pays en pays, quels que fussent d’ailleurs l’éloignement, la difficulté des routes et la rigueur des saisons. Ce fut seulement vers les dernières années de sa vie qu’une plaie douloureuse à une de ses jambes le contraignit d’user d’une monture. Mais en cela même il observa l’esprit de simplicité et de pauvreté. Ilrefusait | les chevaux, et il cheminait sur un âne chétif, afin d’avoir un nouveau trait de ressemblance avec le Sauveur des hommes.
Avant d'entrer dans une ville pour l’évangéliser, il se jetait à genoux avec toute sa suite; puis, levant les yeux au ciel et versant d’abondantes larmes, il priait pour le peuple à qui il allait prècher le jugement. Son entrée était ordinairement très-solennelle. Evêque, clergé, magistrats, noblesse, une foule nombreuse, des flots de peuple accouraient à sa rencontre. On le conduisait sous un baldaquin; on l’honorait à l’égal d’un personnage royal, ou plutôt d’un apôtre, d’un ange du ciel. On chantait avec un enthousiasme indescriptible des hymnes, des psaumes, des cantiques sacrés. Quelquefois on faisait des lieues entières pour aller à sa rencontre. L'endroit où on le rejoignait était orné d’une croix chargée de perpétuer le souvenir de ce bonheur. Tel était aussi très-souvent le concours du peuple qui se portait au-devant de lui, qu’afin d'empêcher la multitude trop avide et trop agitée, de le presser, de le renverser et de le fouler aux pieds, il fallait l’enfermer dans une solide barrière en bois; précaution assez souvent inutile contre la véhémence et l’indiscrétion populaires, tant on désirait le voir, l'entendre et même le toucher. Au milieu de ces ovations prodigieuses, son humilité était parfaite ; en ces moments il avait sans cesse dans l’esprit et dans la bouche ces paroles du Psalmiste : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre nom seul donnez la gloire t ».
Quand il y avait dans la ville un couvent de son Ordre, il allait s’y retirer, à moins que l’évêque ne l’obligeât à venir dans son palais pour être plus utile au peuple. Mais dans les villages où son Ordre n’avait pas de