‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 118 sur 339 · ST. ALBERTS COLLEGE LIBRARY · texte numérisé non relu

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à la couronne, Vincent passa en Italie, où il prêcha à Florence, à Sienne, à Lucques, à Pise et en plusieurs lieux d’alentour. Mais Jean, roi de Castille, l'ayant appelé pour mettre fin aux divisions dont nous venons de parler, il en vint heureusement à bout ; tout le monde s’en rapporta à son jugement, sur celui à qui la couronne d’Aragon devait appartenir. Il fut encore assez heureux pour retirer le roi de Castille du parti de Benoît XIII, et pour l’obliger à reconnaître pour Pape celui qui serait nommé par le concile de Constance, que l’on assemblait à cet effet.

On ne saurait croire ce qu’il fit ensuite par toute l'Espagne; car, à peine y eut-il ville, bourg ou village, même jusque dans l’île de Majorque et de Minorque, où il ne portât le flambeau de l'Evangile et la lumière de la vérité. Cette grande mission achevée, il rentra en France, prêcha de tous côtés dans le Languedoc, le Berri et la Bourgogne, et remplit ces trois provinces de ja réputation de sa sainteté, par les grands miracles qu'il y fit.

Saint Vincent Ferrier était au Puy-en-Velay, lorsqu'un ambassadeur du duc de Bretagne, Jehan V, lui remit une lettre de son souverain, qui le priait de se rendre dans ses Etats. Il lui disait que plusieurs villes de Bretagne avaient entièrement oublié la doctrine et la loi de Jésus-Christ, au point qu’elles semblaient être habitées par des païens. Ces paroles affligèrent profondément le Saint, toutefois il ne put déterminer l’époque de son passage en Bretagne, parce qu'il voulait auparavant se rendre au concile de Constance. Pendant que, sur sa route, il opérait des prodiges, il reçut un second et un troisième ambassadeur du duc de Bretagne, qui le priait de nouveau de considérer combien sa présence était nécessaire dans ses Etats. Les fidèles n’y connaissaient plus la religion; à peine les ecclésiastiques savaient-ils les cérémonies de la messe. Les séculiers, faute de personne qui les instruisit, ignoraient non-seulement les commandements de Dieu, mais encore la manière de faire le signe de la Croix. Cette ignorance produisait une foule de désordres, jusqu'aux enchantements et sortiléges . Un aussi désolant tableau ne pouvait manquer d’émouvoir le cœur de saint Vincent, Il résolut de se rendre au plus tôt en Bretagne, et vers la fin de janvier 1417, il prit son chemin par le Bourbonnais, la Bourgogne, Dijon, Clairvaux, Langres, Nancy, le Berry, la Touraine dont la capitale était une Babylone d’iniquités. À Angers, ayant prêché contre le luxe excessif des femmes, il fit cesser le scandale. A Nantes, il fut reçu comme un ange et guérit plusieurs malades. À Vannes, où résidait le duc, qui a mérité le surnom de Bon, pour sa singulière douceur, l’évêque, assisté de ses chanoines et de tout le clergé, et le duc même avec la duchesse et tout ce qu'il y avait de nobles, de magistrats et de peuple dans la ville, vint au-devant de lui jusqu’à la chapelle de Saint-Laurent, à une demi-lieue des portes. Il fut conduit de cette manière avec mille acclamations de joie jusque dans l’église cathédrale, où l’évêque voulut qu’il donnât la bénédiction. Le lendemain, on dressa une grande estrade devant le portail, où il dit la messe; après la messe, il prêcha sur ce passage du chapitre vi de saint Jean, que l’on avait lu dans l'Evangile : « Recueillez les morceaux qui sont demeurés, de peur qu'ils ne soient perdus », et pressa avec une force merveilleuse ses auditeurs de profiter des restes du festin de la parole de Dieu qu’il apportait, comme s’il eût voulu signifier que sa mission finirait bientôt avec sa vie. Il prédit à la duchesse qu’elle accoucherait d’un fils qui arriverait à la couronne de Bretagne, ce qui s’est vérifié; car, bien que ce nrince ne fût pas

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