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Père Souèges, Année Dominicaine, mois d'avril, p

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l'aîné, il n’a pas laissé de devenir duc, François I°', son frère, étant mort sans enfants.

Quoique le travail de cette mission fût très-pénible, à cause de la corruption des mœurs et des vices invétérés des Bretons, le Saint étendit encore son zèle jusque dans la Normandie. Un pauvre misérable, étant au désespoir pour avoir donné au démon un papier signé de sa main, par lequelil s’abandonnait à lui, le Saint contraiguit cet ennemi des hommes de rapporter publiquement ce papier, pour être déchiré et mis en pièces. Il délivra aussi une fille dont le démon s'était emparé, parce qu’elle n’avait pas fait le signe de la croix dans un grand tumulte qu’il avait lui-même excité dans la maison de son père : mais s’il le chassa de quelques corps, il le fit sortir d’une infinité d’âmes, qui s'étaient rendues ses esclaves par le péché. Ettous ces pays se sont longtemps ressentis du changement qu’il y avait fait par la force de ses admirables prédications. On dit même que le présidial de Caen, après les prédications de notre Saint, fut plusieurs années sans avoir de procès à juger, la charité chrétienne rendant elle-même la justice, et terminant tous les différends des parties.

Le démon faisait bien tout ce qu’il pouvait pour empêcher ces grands fruits : il s’est quelquefois travesti en ermite, et mêlé parmi ses auditeurs pour le décrier, et les détourner de l’entendre; d’autres fois il a excité des tempêtes et fait paraître en l’air des nuages noirs et épais, prêts à se résoudre en pluie et en grêle, afin que le monde qui était au sermon, en pleine campagne, se retirât promptement et allät chercher un abri dans les maisons. Il à pris aussi la figure de chevaux fougueux qui semblaient venir fondre sur l’auditoire, pour en troubler l'attention et interrompre le Saint au milieu de son discours. Mais cet homme admirable a toujours découvert ses ruses et dissipé ses mauvais desseins. Un jour, ce monstre lui dit que c'était avec raison qu’on l’appelait Vincent, puisqu'il était toujours victorieux, et que tout l’enfer ne lui pouvait pas résister.

La persécution des langues médisantes fut beaucoup plus sensible à saint Vincent que celle des démons; et, à dire vrai, ç'a été ici la pierre de touche par laquelle Notre-Seigneur a voulu éprouver la constance, la fidélité, l'amour du prochain, l'humilité et généralement toutes les vertus qui étaient en lui. En effet, il s'est trouvé des personnes, ayant même quelque apparence de piété, qui l’ont chargé d’injures, et qui l’ont traité de coureur, de bateleur, d’hypocrite et de faux prophète; d’autres disaient que c'était un prêcheur de fables et de rêveries, et qu’il n’entreprenait ces grandes missions que pour fuir la solitude, se soustraire à l’obéissance de ses supérieurs, avoir entrée chez les grands et se faire adorer des peuples. On montre même encore aujourd'hui des prisons que l’on dit avoir été sanctifiées par son humilité et son invincible patience. Mais toutes ces contradictions n'étaient que des fleurons pour composer sa couronne, et le faire paraître devant Dieu comme un or purifié par le feu et exempt de tout mélange. Sa vie, plus austère que celle des plus rigoureux solitaires, son aversion pour les charges et pour les dignités de l'Eglise, ses miracles continuels, et le succès inestimable de ses prédications, faisaient bien voir l'injustice de tous ces reproches, et que saint Vincent était un apôtre extraordinairement envoyé du ciel pour la réformation des mœurs des fidèles. Dieu fit aussi des prodiges pour punir ces langues médisantes; et la plupart, frappées de sa main, furent obligées d’avoir recours au Saint pour être délivrées des fléaux qu’elles s'étaient attirés par leurs calomnies.

Après avoir parcouru la Normandie, il retourna à Vannes, pour y con-

tinuer ses travaux. Mais les cinq compagnons qu’il menait toujours avec lui, pour l’assister dans les confessions et pour avoir une sainte compagnie avec qui il pût garder une forme de communauté hors des couvents de son Ordre, voyant que sa santé diminuait notablement, et qu’il ne pouvait pas vivre encore longtemps, le prièrent, avec beaucoup d'instance, de retourner à Valence, afin que cette ville, qui avait été le lieu de sa naissance, fût aussi celui de sa sépulture. Il leur résista quelque temps; mais, enfin, se rendant à leur avis, après avoir exhorté les habitants de Vannes à ne jamais oublier les vérités qu'il leur avait prêchées, il partit de nuit, avec ses confrères, pour prendre la route d’Espagne. Ils marchèrent toujours jusqu’au lever du soleil, et croyaient déjà être éloignés de plusieurs lieues de la ville; mais, le jour étant levé, ils virent qu’ils étaient encore aux portes. Vincent voyant ce prodige, dit à ses religieux qui étaient avec lui : « Rentrons, mes frères, Dieu veut que je meure ici, et jamais Valence n’aura mes os, parce qu’elle n'a pas voulu suivre les avis que je lui ai donnés ».

Ils rentrèrent donc dans la ville, et la joie y fut si grande, que l’on courut aux églises pour y sonner les cloches. Mais elle ne dura guère; car, peu de temps après, Vincent tomba malade et déclara à l’évêque, qui était Amaury de La Motte, et aux magistrats qui le vinrent voir, que dix jours après il partirait de ce monde. Il ne voulut point avoir de médecins en cette maladie, parce qu'il savait qu’elle était ordonnée de Dieu pour le disposer à la mort; mais il se confessait tous les jours, considérant le sacrement de la Pénitence comme un remède souverain contre les maladies de l’âme. Le lundi de la semaine de la Passion, il se fit appliquer l'indulgence plénière que le pape Martin V lui avait envoyée pour lheure de la mort; il était persuadé que, malgré les travaux que l’on peut avoir entrepris pour la gloire de Dieu l’on est toujours serviteur inutile et qu’on a toujours besoin de son indulgence et de sa miséricorde. Enfin, après avoir reçu les derniers Sacrements de la main du grand-vicaire de l’église cathédrale, il rendit son esprit à Dieu en présence de la duchesse Jeanne de France et de toutes les dames de la cour, le mercredi 5 avril, l'an de Notre-Seigneur 1419, et de son âge le soixante-dixième.

Saint Vincent prêcha de 1398 à 1419. Par les fruits qu’il a produits, on ne saurait dire qu'aucun autre missionnaire l'ait dépassé. Il a été l’homme de la Providence pour maintenir les peuples dans la foi, à l’époque du schisme d'Occident.

Il serait curieux de dresser le tableau de tous les lieux, et spécialement ceux de notre pays, où Vincent laissa, pour ainsi dire, l'empreinte de ses pas : nous nommerons quelques localités où à subsisté le plus longtemps le souvenir de son passage.

Carpentras conserva avec vénération, jusqu’en 1793, la chaire dans laquelle Vincent prêcha le 44 décembre 1399; — on voyait naguère à Clermont, celle où il monta en 14407; — on lisait aussi dans une église de Nevers, une inscription qui rappelait ses prédications dans cette ville.

A Rodez, la tradition porte qu’il prêcha dans un grand pré du prieuré de Saint-Félix, qui n’en est pas éloigné. — À Saint-Omer, on vénéra longtemps son cilice.

À Graus, en Catalogne, il institua la procession des disciplinants, et il jeta les fondements de cette compagnie merveilleuse de saintes âmes qui l’accompagnèrent dans ses pérégrinations apostoliques. Dans cette même ville de Graus, il laissa, comme un souvenir, un crucifix qui lui fut demandé par les habitants. Cette image devint l'instrument de plusieurs miracles,

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Les anges le visitèrent souvent ; mais une des plus belles manifestations angéliques faites à notre Saint fut celle de l’ange gardien de Barcelone. En entrant dans la ville il vit, près de la porte, un jeune homme resplendissant de lumière, tenant un glaive d’une main et de l’autre un bouclier. Le Saint lui demanda ce qu’il faisait en ce lieu avec ces armes. « Je suis l’ange gardien de Barcelone », répondit-il, « cette ville est sous ma protection ». Dans le premier sermon qui suivit cette vision merveilleuse, Vincent raconta ce qui lui était arrivé, félicita les habitants de Barcelone sur leur bonheur, et les pria de rendre des actions de grâces à l’ange qui les gardait, ce qu'ils firent en construisant une petite chapelle à l’endroit même où l’ange s'était montré au saint prédicateur. Une énorme statue d’ange surmonte encore aujourd’hui (4872) le palais de la douane à l’entrée du port de Barcelone : c’est, sous une autre forme, le souvenir perpétué de la vision dont Vincent fut favorisé, et dont le récit dut extrêmement réjouir les cœurs des Barcelonais.

Nous ne savons si l’histoire en images de saint Vincent a été faite; il nous semble qu’on pourrait la raconter de la façon suivante :

4° Sorti en procession, pendant qu'il est encore au berceau. Une longue sécheresse désolait Valence. Un jour que sa mère partageant la tristesse commune, exprimait son inquiétude, elle entendit son enfant emmaillotté prononcer distinctement ces paroles : Si vous voulez de la pluie, portez-moi en procession. Le petit Vincent y fut porté triomphalement, et à peine la cérémonie était-elle terminée qu’une pluie abondante tomba pendant plusieurs heures sur la terre desséchée ; telle est la tradition immémoriale des habitants de Valence ; — 2° Saint Dominique tient le jeune postulant par la main et le présente au prieur du monastère de Valence : celui-ci avait eu en effet cette vision miraculeuse la veille du jour où Vincent vint frapper à la porte des Dominicains, accompagné de son père (2 février 4367); — 3° Un pauvre arrête sa mère dans la rue et lui dit : Madame, pourquoi êtes-vous triste.….? Constance Miguel, en effet, après avoir consenti à l'entrée de son fils chez les Dominicains, aila un jour le solliciter avec larmes d'entrer dans le clergé séculier. Vincent lui rappela ces paroles de saint Bernard : Celui qui sort du couvent pour rentrer dans le siècle quitte la compagnie des Anges pour prendre celle du démon... La noble dame étant allée chercher dans la maison une abondante aumône pour récompenser le pauvre, consolateur, de ses bonnes paroles, elle ne le trouva plus, malgré ses recherches; c'était un Ange ; — 4° À genoux, devant sa table de travail, il exhale vers le ciel une prière ardente ; car aussi studieux et aussi savant qu'il était pieux, sa coutume était d'aller de l'étude à la prière, et de la prière à l'étude. Vincent connaissait l’hébreu, l’arabe et le grec ; — 5° Autre scène qui se rapporte au temps de ses études : Une nuit, entre autres, qu'il priait devant le crucifix des Martyrs, et qu’il méditait sur les douleurs de Jésus en contemplant les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté sacré, il se sentit attendri jusqu'aux larmes, et dans sa vive compassion il s’écria: « O Seigneur, que vous avez souffert sur la croix ! » Le crucifix tourna la tête du côté gauche où priait le Saint, et lui répondit : « Oui, Vincent, j'ai souffert toutes ces douleurs et plus encore ». Ce crucifix miraculeux, dont la tête garda la position qu’elle avait prise en prononçant ces paroles, a été religieusement conservé jusqu’à nos jours; — 6° Debout sur une borne, au milieu de la place du Brou à Barcelone, alors affligée d’une horrible famine, il représente à ses auditeurs combien l'oubli des lois divines atüre de fléaux sur les peuples chrétiens et prédit qu’à l’entrée de la nuit,

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