AYRIL
de notre Saint. Au moment où son âme très-pure quittait son corps, les fenêtres. de la chambre où il expirait s’ouvrirent d’elles-mêmes soudainement, et l’on vit entrer une foule de tout petits oiseaux, pas plus gros que des papillons, très-beaux et plus blancs que la neige; ils remplirent non-seulement la chambre, mais toute la maison. Quand le Saint eut rendu le dernier soupir, ces oiseaux merveilleux disparurent, mais ils laissèrent l’endroit embaumé d’un parfum délicieux. Tout le monde fut convaincu que c’étaient des Anges qui s'étaient montrés sous cette forme pour venir chercher le Saint, et conduire son âme en triomphe au paradis; — 24° Mais il est un troisième trait dans la vie du Saint qui est la raison principale pour laquelle on lui attribue des ailes. Le Saint, prêchant un jour à Salamanque à plusieurs milliers de personnes, arrêta un moment son discours ; puis il se mit à dire à la foule étonnée : « Je suis l’Ange annoncé par saint Jean dans l’Apocalypse, cet Ange qui doit prêcher à tous les peuples, à toutes les nations, dans toutes les langues, et leur dire : Craignez Dieu et rendez-lui tout honneur, parce que l'heure du jugement approche ». Saint Vincent, voyant le peuple surpris et paraissant même ne pas vouloir ajouter foi à ses paroles, répéta ces mots : « Je vous le dis encore une fois, je suis l’Ange de lApocalypse, et de cette affirmation je veux vous donner une preuve manifeste. Allez à la porte de Saint-Paul, vous y trouverez une morte qu'on conduit à la sépulture ; amenez-la ici, et vous aurez la preuve de ce que je vous annonce ». Ainsi que l’avait dit le Saint inspiré de l'esprit prophélique, on trouva la morte ; on la conduisit sur la place, et l’on mit le cercueil de façon à ce que tout le monde püût le voir. Saint Vincent ordonna à cette morte de revenir à la vie. « Qui suis-je ? » lui dit-il en lui commandant de parler. La morte se leva aussitôt et dit : «Vous, père Vincent, vous êtes l’Ange de l’Apocalypse, ainsi que vous l’avez annoncé ». Le Saint demanda ensuite à la ressuscitée si elle voulait mourir de nouveau, ou si elle resterait encore volontiers sur la terre. Celle-ci répondit qu’elle désirait vivre encore, et le Saint lui dit : « Vous vivrez encore un bon nombre d'années ». Ce qui arriva effectivement ; — 22° Un autre prodige non moins extraordinaire que celui de l’apparition des papillons se fit au moment de sa mort, qui peut fournir un motif de plus aux artistes. Jean Liquillic, de Dinan, avait en sa possession plusieurs chandelles qui avaient servi à la messe du Saint, et il les gardait précieusement dans une caisse fermée à clef, en sa propre chambre. Le 2 février 1419, désirant les faire brûler en l’honneur de la Vierge, il va les prendre ; mais il ne les trouve point. Toutes ses investigations pour savoir ce qu’elles étaient devenues sont vaines. Mais quel n’est pas son étonnement, le 5 avril de la même année, en voyant toutes ces chandelles sur sa caisse, où elles étaient miraculeusement allumées. Il alla chercher sa femme pour contempler cette merveille, mais il n’en comprit pas d’abord la signification. Quand plus tard il sut que ce jour même était celui de la mort de saint Vincent, alors il s’expliqua le prodige !; — 23° On pourrait ajouter l’âne. Nous avons déjà dit que, pauvre et humble, le religieux saint Vincent allait dans ses missions et partout à pied, jusqu'à ce qu’enfin, quelques années avant sa mort, ayant une plaie à la jambe, il fut dans la nécessité de se faire transporter. Le pauvre de Jésus-Christ ne voulut choisir d'autre monture qu’un ânechétif, c’est-à-dire l’animal le plus vil et le plus abject. Il en accepta un en aumône ; il n’avait pas d'argent pour l’acheter ; sa pauvreté en outre était si grande, qu’il n'avait même pas de quoi le faire ferrer. Un jour il le conduisit à un maréchal fer-