‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 122 sur 339 · Tous les historiens du saint · texte numérisé non relu

Tous les historiens du saint

rant, le priant par charité de vouloir bien lui ferrer sa bête. Quand l’opération fut terminée, le maréchal, ne pensant nullement avoir travaillé par charité, demanda au religieux le prix de la main-d'œuvre et de ses fournitures ». Je n'ai rien à vous donner, lui dit le Saint, mais Dieu vous récompensera de votre charité. — Eh Père! reprit l’ouvrier, je ne peux travailler uniquement par charité : je suis, voyez-vous, chargé de famille... Payez-moi, ajouta-t-il, ou je ne vous rends pas votre âne ». Le bon Saint le pria de nouveau, en l’exhortant à lui faire cette aumône ; mais le maréchal répondit encore : «Ilest certain que je ne peux le faire, et vous n’aurez ni la bête ni les fers que vous ne m'ayez payé ». Alors le Saint, Ô prodige inouï! se tournant du côté de la bête, lui dit: « Cet homme ne veut pas donner les fers qu'il vous à mis, parce que je ne peux le payer ; allons, rendez-les-lui, et partons ». À ces paroles, l'animal, comme s’il avait compris, secoua ses pieds l’un après l’autre, et jeta miraculeusement les fers que le maréchal lui avait posés. À la vue de ce miracle, l’ouvrier, stupéfait, se précipita aux genoux du Saint, lui demanda pardon de son avarice obstinée, et, ferrant de nouveau l'âne, il lui donna les fers et son travail par charité. Il se contenta de se recommander humblement aux prières du religieux, reconnaissant que si un Saint aussi grand priait pour lui, son intercession lui rapporterait bien plus que tout l’or et tous les trésors du monde ; — 24° et la croix. Un jour Vincent se fit introduire dans la synagogue de Salamanque par un Israélite avec lequel il s'était lié d’amitié pour ce motif. Il y entra le crucifix à la main, ce qui mit la confusion et le trouble parmi les assistants. Mais le Saint les tranquillisa en leur disant qu’il était venu pour leur parler d’une affaire importante, et il le pensait bien ainsi, car il ne trouvait point d'affaire plus importante que celle du salut. A ce mot d’affaire importante, les Juifs s’imaginèrent dénc que c'était pour leur parler de quelque intérêt public, et ils l’'écoutèrent avec une grande attention. Alors, usant de douces et suaves paroles, Vincent commença à leur parler de la sainte foi chrétienne et particulièrement de la Passion et de la mort du Fils de Dieu. Pendant que le Saint prédicateur s’efforçait de persuader aux infidèles les gloires de la croix du Christ Rédempteur du monde, il parut uu grand nombre de croix sur les habits de chacun de ceux qui étaient réunis dans cette célèbre synagogue. Mais ce qui est plus prodigieux encore, c’est que les croix qui paraissaient au dehors sur les vêtements des hommes et des femmes pénétraient invisiblement dans leurs cœurs, et, remués par la grâce divine, ils se firent tous chrétiens. La consolation du Saint fut si grande en cette prodigieuse conversion, qu'il voulut les baptiser tous de ses propres mains. Puis il fit consacrer cette synagogue en une église qui fut appelée la Vraie-Croix; — 25° Le père Cahier, dans ses Caractéristiques, reproduit une très-belle figure de saint Vincent Ferrier. Drapé majestueusement dans son ample toge de dominicain, des ailes sont attachées à ses épaules : nos lecteurs connaissent maintenant la signification de cet attribut. De la main droite, celui qui s’est qualifié lui-même d’Ange de l’Apocalypse montre le ciel, et sa main gauche tient avec aisance une immense trompette, comme souvenir de ses prédications sur le jugement dernier ; — le même auteur indique les attributs suivants, comme étant plus spécialement caractéristiques du Saint dans l’art populaire : le monogramme du nom de Jésus, par allusion à ces paroles qui ouvraient à saint Paul et à tous les missionnaires la carrière de l’apostolat : « Il portera mon nom devant les peuples et les rois » ; ces mots de l’Apocalypse, tracés sur une banderolle : « Craignez le Seigneur, et rendezlui l’honneur qui lui est dû, parce que l'heure du jugement approche » ; une VLES DES SAINTS, — TOME IV. 16

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chaire, parce qu'or. ait remonter à lui, sinon l'établissement, au moins la propagation de l’usage d’invoquer la sainte Vierge, avant le sermon ; wn chapeau de cardinal, à ses pieds, pour exprimer son refus des dignités ecclésiastiques ; un drapeau, comme symbole des prédications par lesquelles il enrôlait les pécheurs convertis sous la bannière de Jésus-Christ; l'enfant, coupé en morceaux, auquel il rendit la vie ; une flamme sur le front, comme symbole de l'inspiration (manière peu recommandable) ; le lis, symbole de la virginité, conservée jusqu’à la mort. — D’après le même auteur, saint Vincent Ferrier est le patron des briquetiers, tuiliers, plombiers et couvreurs. Nous n’avons pas découvert le motif de ce patronage. Serait-ce à cause des nombreux morts qu’il ressuscita ? (L'histoire a enregistré quarante résurrections, opérées par saint Vincent, entre autres celle d’un architecte.) Et parce que les hommes de ces diverses professions sont plus particulièrement exposés à des chutes mortelles ?

Terminons par le portrait de saint Vincent. Notre bienheureux Prêcheur était doué de toutes les qualités oratoires capables d’impressionner les multitudes. Un extérieur agréable prévenait d’abord en sa faveur : il était de taille moyenne, bien proportionné, dégagé, beau de visage; des cheveux dorés formaient sa couronne ; ils blanchirent légèrement vers la fin de sa vie ; son front était large, majestueux, serein ; le contour de sa figure était admirablement dessiné ; ses grands yeux bruns et vifs respiraient l’éclat, non moins que la modestie ; dans sa jeunesse il avait Le teint blanc, coloré d’une rougeur vermeille ; ses longues mortifications donnèrent à sa figure une austère pâleur, signe irrécusable de sa pénitence. Sa seule vue, aussitôt qu’il était en chaire, inspirait une merveilleuse componction au cœur de tous, tant la sainteté etles diverses vertus qui l’accompagnent, resplendissaient sur son visage; Sur la fin de sa vie il prêchait avec tant de force et de vigueur, avec tant de vivacité dans le geste, qu’il semblait non pas un vieillard abattu par l’âge et la fatigue, mais un puissant jeune homme échauffé par une impétueuse ardeur et arrivé à peine à sa trentième année ‘. Ce déploiement subit de force pendant sa prédication était comme un miracle quotidien qui ravissait les assistants. Le sermon achevé, il redevenait de nouveau faible, infirme, exténué ; son visage était pâle, sa marche lente, il avait besoin de s’appuyer sur le bras secourable qui l’avait aidé à monter en chaire; on ne pouvait croire que ce fût le même homme, et on se disait que pendant qu’il prêchait, le Saint-Esprit agissait en lui pour ranimer son corps débile et lui communiquer une miraculeuse énergie.

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