S. GUILLAUME DE PARIS, ABBÉ EN DANEMARK
4105-1202. — Pascal I; Innocent IT. — Rois de France : Philippe Ier; Philippe II, Auguste.
L'odeur de la vertu des Saints ne passe pas.
$S. Ambr., serm. XLIX.
Nous allons voir, en la vie de ce saint Abbé, l’industrie admirable de la divine Sagesse, qui tire le bien du mal, et se sert de l’impiété des uns pour le salut et la sanctification des autres. Guillaume étant né de parents nobles, fut mis dès son enfance sous la conduite d’un de ses oncles, appelé Hugues, quarante-deuxième abbé de Saint-Germain des Prés, à Paris. Il profita si bien avec lui, et en la compagnie des religieux de cette sainte maison, qu’en peu de temps il amassa un grand trésor de science, d’honnêteté et de vertu. Son oncle, lui ayant persuadé d’embrasser l’état ecclésiastique, le fit ordonner sous-diacre et pourvoir d’un canonicat en l’église de Sainte-Geneviève du Mont, où il n’y avait pas encore de religieux. Ses bonnes qualités, c’est-à-dire sa chasteté, sa modestie, sa douceur, son assiduité au chœur et son amour pour la retraite, le distinguèrent aussitôt dans ce.chapitre ; mais cela fut loin de lui concilier le respect et l’amour de ses confrères ; croyant que la vie de Guillaume était une secrète condamnation de la leur, ils en conçurent une si grande jalousie, qu’ils résolurent de le perdre.
L’un d’eux, moins emporté que les autres, se servit d’un stratagème pour lui faire quitter sa prébende : il feignit de vouloir être religieux, et pria le bienheureux chanoine de lui tenir compagnie dans une si sainte résolution; il se promettait qu'après l’avoir engagé, il sortirait du monastère et reviendrait à son église. Cette adresse trompa d’abord saint Guillaume, et, comme ses inclinations le portaient toujours au bien, il consentit à aller avec lui dans une abbaye appelée la Charité, en Bourgogne. Mais, ayant reconnu la fourberie, il revint sur ses pas à Paris et reprit ses premiers exercices.
Cependant ces chanoines persistaient toujours dans leur mauvais dessein; ne pouvant lui ôter la vie sans exposer la leur, ils tâchèrent de le diffamer auprès de l’évêque de Paris, et empêchèrent qu'il ne l’ordonnât diacre. Mais, le Saint étant allé à Senlis, avec des lettres de recommandation de l'abbé Hugues, son oncle, l’évêque du lieu lui conféra cet ordre. Quelque temps après, la prévôté et cure d’Epinay, entre Paris et Melun, dépendante de l’église de Sainte-Geneviève, étant venue à vaquer, les chanoines crurent que c’était là une occasion favorable d’éloigner Guillaume avec honneur, et le prièrent de l’accepter ; il le fit d’autant plus volontiers, qu’il crut que son absence apaiserait leur esprit et les guérirait de la jalousie qui les faisait continuellement offenser Dieu. Toutefois, il demeura toujours chanoine, se conformant à l’usage de cette église, qui ne devait être desservie que par un membre du chapitre de Sainte-Geneviève.
L’an 1147, le pape Eugène IIT étant venu à Paris pour trouver un asile assuré sous la protection de Louis le Jeune, contre les persécutions des Arnaldistes, se rendit à l’église de Sainte-Geneviève, dès ce temps-là indépendante de l’Ordinaire et relevant immédiatement du Saint-Siége. Il s’aperçut que la vie des chanoïnes n’était pas ce qu’elle aurait dû être : il découvrit