‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 151 sur 339 · SAINT GAUTIER, ABBÉ · texte numérisé non relu

SAINT GAUTIER, ABBÉ

lir de ses lèvres des paroles de vie. Racontant aux pieuses femmes le motif de sa venue, il les engageait à accomplir les vœux de la Sainte Vierge. La châtelaine du lieu vit de mauvais œil cet immense concours de pèlerins qui, venant à cheval et en chariot, pouvaient porter préjudice à ses récoltes ; aussi trouva-t-elle le moyen de chasser l’homme de Dieu. Le châtiment ne se fit pas longtemps attendre. Un jour qu’elle se disposait à partir pour l’église, elle mourut subitement en se levant de son siége..

Quelques années plus tard, en 1094, deux nobles et pieuses femmes, Godelinde et Helwige, consacrèrent leurs richesses à exécuter le projet de Gautier ; elles enrichirent le monastère qu’elles venaient de fonder, dédièrent l’église à Notre-Dame !, y adjoignirent un cimetière, et appelèrent auprès d’elles des vierges qui se dévouèrent au service des autels. Trois ans après la mort du saint Abbé, Godelinde devait être consacrée abhesse et succéder à Helwige.

Gautier, pour se préparer à la mort, ajoutait chaque jour quelque chose à ses austérités, et se conformait ainsi à la loi qu’il s'était imposée d’avancer sans cesse dans la voie de la perfection. Le moment approchbait où il allait trouver la récompense de ses vertus.

Un des derniers traits de sa vie nous montre qu’il était doué du don de prophétie. Un jour qu’il prêchait devant Mathieu [*, comte de Beaumontsur-Oise, une dame scandalisa l’assistance par l’inconvenance de sa toilette et surtout par sa robe à queue, qui balayaït la poussière. L’homme de Dieu ne put s'empêcher de lui reprocher son immodeste étalage. Cette évaporée se récria et annonça que, le dimanche suivant, elle reviendrait en plus grands falbalas. — Vous reviendrez, en effet, lui dit le prédicateur, mais dans un état bien différent de celui que vous affichez aujourd’hui.

Le lendemain, Gautier put à peine achever sa messe, tant était ardente la fièvre qui le minait. Il fit venir un moine chargé de lui copier un bréviaire et lui dit de s'abstenir d’une œuvre dont il ne pourrait désormais profiter.

Ce jour-là même, un messager de la comtesse de Beaumont ? vint lui apprendre que sa maîtresse était tombée malade et qu’elle sollicitait sa visite. — « Dieu veuille », dit l'Abbé, « qu’elle me rencontre au ciel ; car elle ne me reverra plus sur la terre ! »

La maladie s’aggravant, Gautier reçut le saint Viatique, donna l’absolution à ses frères et fut absous par eux. Après s'être efforcé de calmer leur douleur, il les exhorta à porter avec amour le joug du Seigneur, et s’éteignit, comme il l'avait annoncé, le 8 avril 1099, jour du vendredi saint. La comtesse de Beaumont mourut ce jour-là même.

Quand, selon l’usage monastique, on lava le corps du défunt, on n’y trouva aucune trace des morbifications auxquelles il se soumettait ; sa chair, blanche comme la neige, semblait n’avoir subi ni l'influence de la vieillesse, ni les atteintes de la macération. L’inhumation eut lieu dans l’église abbatiale de Saint-Martin, où devaient bientôt s’accomplir de si nombreux miracles.

Le dimanche suivant, la femme mondaine qui avait insulté Gautier fut transportée par le démon sur le tombeau de PAbbé. Bientôt après, elle était délivrée de cette obsession par les instantes prières des fidèles, et par ’es suffrages du Saint dont la prophétie avait été réalisée.

Saint Gautier a été représenté 1° recevant la crosse abbatiale du roi de

1. Cette abbaye porta d’abord le nom de Notre-Dame du Pré. 2, I1 s'agit sans doute ici d'Adèle, seconde femme d'Ives II et mère de Mathieu 1er.

France et placant sa main au-dessus de celle du monarque ; 2° tenant de la main gauche le livre de la règle bénédictine et de sa droite une crosse; 3° tenant trois épis d’une main, tandis que de l’autre il s’appuie sur un cep de vigne. C’est sans doute une figure de l’Eucharistie sous les deux espèces ; l'interprétation toute matérielle de ces symboles aura fait adopter saint Gautier comme patron par les vignerons de certaines localités ; 4° portant sa pitance à un prisonnier qu'il délivre, et expiant lui-même dans les fers le généreux égarement de sa charité.

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