‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 152 sur 339 · RELIQUES DE SAINT GAUTIER · texte numérisé non relu

RELIQUES DE SAINT GAUTIER

Le tombeau de saint Gautier devint bienlôt un rendez-vous de pèlerinage où les aveugles, les boïteux, les sourds, les paralytiques et les malades de toute catégorie trouvaient une guérison subite. Les croyants ont expérimenté jusqu’à une époque peu éloignée de nous le pouvoir qu'avait ce grand serviteur de Dieu de soulager, du haut du ciel, toute espèce de maux.

« Mon bisaïeul », écrivait il y a quelques années un vénérable curé 1, « mon bisaïeul, que j'ai parfaitement connu, et plusieurs de ses camarades, échangèrent, dans un pèlerinage à Bertaucourt, quelques mauvaises plaisanteries sur la vieille statue de saint Gautier. Le lendemain ils étaient tous malades des yeux. Ce ne fut qu'au bout de six semaines qu'ils furent guéris de cette affection, attribuée à leur irrévérence envers saint Gautier ».

Le corps de ce saint Abbé fut enlevé de sa châsse pendant la Révolution et inhumé dans le c1metière de Pontoise. On ne l’a pas retrouvé depuis. Il n’y a plus à Pontoise qu'une petite relique du Saint, conservée à l’église Notre-Dame. On vénère, au Carmel d'Amiens, une autre relique de saint Gautier apportée en 1816 par les Carmélites de Pontoise qui, à cette époque, s'unirent à celles d’Amiens.

Hugues d'Amiens, archevèque de Rouen, fit, le 3 mai 1153, l'élévation du corps de saint Gautier; cela équivalait à la canonisation : c’est le dernier exemple que nous ayons de Saints non canonisés par le Saint-Siége. La fête anniversaire de cette élévation ou canonisation fut fixée au 4 mai. Comme beaucoup d’autres solennités religieuses, celle-ci donna lieu à une foire qu'on désigne encore sous le nom de saint Gautier.

Anciennement, la fêle de saint Gautier, au 8 avril, et celle de son élévation, au 4 mai, étaient chômées dans tout l’archidiocèse de Rouen. Ce Saint parait avoir été particulièrement invoqué pour la délivrance des prisonniers, ainsi que l’attestaient les nombreuses chaines suspendues en ez-voto devant son autel.

Un tombeau fut érigé à saint Gautier en 1154, une année après sa canonisation. Ce monument a été transporté, il y a une vingtaine d'années, dans l’église Notre-Dame de Pontoise. C’est un sarcophage en pierre légèrement rétréci vers les pieds. Le Saint y est représenté couché : la tête est d’un très-beau caractère ; la noblesse et la sérénité sont empreintes sur tous ses traits. Il est revêtu de ses habits sacerdotaux, et tient sa crosse tournée de côté pour indiquer que sa juridiction abbatiale ne s'étend pas au-delà du monastère. De la main gauche il presse sur sa poitrine lelivre des saintes Ecritures : ses pieds foulent un lion couché, symbole des vices et des passions mondaines dont il a triomphé. De chaque côté de sa lète et à ses pieds, des Anges aux ailes déployées sont à genoux dans l'attitude de la contemplation et semblent suivre des yeux l’âme bienheureuse qui s'envole au ciel.

On conserve à Pontoise une crosse historiée que l’on dit avoir appartenu à saint Gautier. Ce serait ce même bâton pastoral qu'il prit si fièrement des mains du roi de France et sur lequel il s’appuya une dernière fois pour donner, avant de mourir, la bénédiction d'adieu à sa communauté. Toutefois, nous devons dire que l’archéologie n’est pas absolument d'accord avec la tradition ?.

La tradition attribue encore à saint Gautier la construction de l’égiise de Bertaucourt : c’est une église romane curieuse par ses chapiteaux et les décorations de son portail. Vendue et mutilée pendant la Révolution, elle fut rendue plus tard au culte et devint église paroissiale : c’est un des plus précieux débris de l’art roman 8.

Enfin on montre à Bertaucourt une fontaine que saint Gautier aurait fait jaillir avec son bâton, et près de laquelle il établit sa retraite pendant que l’on construisait le monastère destiné aux vierges du Seigneur, Une chapelle érigée près de cette fontaine à une époque inconnue, fut réé-

1. Lettre adressée par M. Thuillier, curé de Clary, à M. l'abbé J. Corblet, chanoine honoraire et historiographe du diocèse d'Amiens.

2. Ceux qui voudront étudier ce beau spécimen de l’art au moyen âge, le trouveront entre les mains de M. Bornibus.

3. M. Duseyel a publié la description de l'église de Bertaucourt dans le tome xv de la Picardie

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