‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 154 sur 339 · SAINT BADÊME, MARTYR PERSAN · texte numérisé non relu

SAINT BADÊME, MARTYR PERSAN

Cet illustre Martyr était de Perse, et d’une famille considérable de la ville de Bethlapat, où il possédait de grands biens. Désirant être religieux, il les vendit et en distribua l'argent aux pauvres, excepté ce qui lui fut nécessaire pour bâtir un monastère hors de la ville, dans lequel il se retira avec quelques autres chrétiens qui se firent ses disciples. Cependant, la sanglante persécution, excitée contre les fidèles par le roi Sapor, s’enflammant de plus en plus, ce bienheureux Abbé fut arrêté

1. Le Clément dont il s'agit ici est le saint Pape de ce nom. Les lettres adressées aux églises pour l'instruction des fidèles se lisaient après l'Ecriture sainte et la célébration des divins mystères.

2. Les continuateurs de Bollandus disent, l'an 576, fondés sur ce qui est rapporté dans la vie de notre Saint, que ses compagnons furent encore quatre ans en prison, jusqu'à la mort de Sapor, et qu'ensuite ils furent élargis. Car, disent-ils, comme Sapor est mort l'an 380, si saint Badême a souffert quatre ans avant sa mort, il faut que ce soit l’an 376. Mais tous les autres mettent ce martyre et la grande persécution de Sapor en l’année que nous avons marquée et dans les suivantes ; ce qui peut faire croire que le roi Sapor est différent de celui qui est mort l’an 380.

prisonnier avec sept autres religieux de sa communauté. Ils furent tous cruellement tourmentes l'espace de quatre mois, et surtout Badème, comme le chef et le supérieur des autres. On lui fit plusieurs outrages, et on le flagella souvent avec une cruauté qui n’est pas concevable. Mais, quelque violents que fussent ces supplices, ils ne purent jamais ébranler sa constance, ni rien diminuer de cette fermeté qu'il avait en la crainte et en l'amour de Dieu, et en la confession du nom de Jésus- Christ.

En ce temps-là, Nersan, seigneur d’une ville nommée Aria, était aussi en prison comme chrétien, et avait déjà beaucoup souffert pour avoir refusé d’adorer le soleil ; mais la fin ne répondit pas à de si beaux commencements : car ce malheureux prince, appréhendant d’autres tourments qu'on lui avait préparés, et qui devaient achever sa couronne, perdit toute sa résolution, renonça à la foi de l'Evangile, et promit d’adorer les idoles si l'on voulait le délivrer et lui rendre ses biens qu’on lui avait confisqués.

Le roi, étant informé de sa résolution, ea eut une joie extrême ; et, pour se servir de son infidélité contre le courage inébranlable de saint Badème, il lui manda que s’il voulait recouvrer ses biens et rentrer en ses bonnes grâces, il devait sceller son apostasie en faisant mourir, de ses propres mains, ce saint Religieux qui ne voulait pas limiter dans son retour à l'idolâtrie. Ainsi, Nersan fui délié et Badème fut conduit au lieu où il était. Ce malheureux prince, qui avait abandonné Dieu, et que Dieu avait abandonné, entendant la sentence du tyran, mitaussitôt l'épée à la main pour en frapper le saint Martyr ; mais Dieu permit, pour lui donner encore lieu de se repentir que, la frayeur l'ayant saisi, il demeurât comme immobile, et ne püt lever la main. Ainsi Badème eut le temps de lui dire, avec beaucoup de zèle, de compassion et de tendresse : « Ah! malheureux Nersan, jusqu'où va ta malice? Non content d'avoir renoncé à la foi que tu devais à ton Créateur et à ton Dieu, tu veux encore persécuterses serviteurs et leur ôter la vie ? Que feras-tu dans ce jour effroyable où tu seras obligé de paraître devant le tribunal de Sa Majesté pour lui rendre compte de tes actions, et y entendre la sentence de ta condamnation ? Où fuiras-tu, et comment pourras-tu éviter les supplices éternels auxquels tu seras condamné ? Pour moi, je m'offre volontiers à la mort pour la gloire de mon Maître Jésus-Christ, mais j'avoue que je souhaiterais de mourir par une autre main que par la tienne, et que ce fût un païen, et non pas un chrétien apostat, qui me rendit martyr ».

Ces paroles étaient assez vives, ce ton assez pathétique, pour émouvoir Nersan et lui ouvrir les yeux; mais l’aveuglement de son esprit était devenu si grand, et l’obstination de son cœur si invincible, depuis que le démon de l’avarice s’en était emparé, que, reprenant de nouvelles forces par un redoublement de rage, il s’acharna contre le Saint et lui donna plusieurs coups pour le faire mourir. Comme ils étaient tous extrêmement faibles, on ne saurait croire combien il le fit languir. Les Gentils mêmes en eurent de l'horreur, et détestèrent, d'un côté, la cruauté du roi, qui avait inventé cet abominable moyen de perdre le Saint, et, de l’autre, la perfidie de Nersan, qui avait passé tout d’un coup de la qualité de chrétien à celle de bourreau de chrétiens. Peu de temps après, le Martyr mourut de ses plaies : ce qui‘arriva le 8 avril, l'an de Notre-Seigneur environ 343.

Les Actes de ce glorieux Martyr ont été tirés du ménologe de l'empereur Basile, du synaxaire grec ek d'une vie rapportée par Surius et par les continuateurs de Bollandus.

Saint Perpet, sixième évèque de Tours, succéda à saint Eustoche 1. Originaire de l'Auvergne et d'une famille sénatoriale, ses vertus le désignèrent au clergé et au peuple pour succéder à son oncle. Il fut élu en 461. Cet évêque, un des plus saints et des plus illustres pontifes de l’église de Tours, beaucoup plus noble par sa vie que par sa naissance, sut donner aux membres de Jésus- Christ les nombreuses richesses qu’il avait recues de lui.

Dès la première année de son épiscopat, il réunit un concile à Tours. Trois archevêèques et

1. C'est par erreur que saint Grégoire de Tours, dans son Aistoire des Francs, liv. 1, c. 39, donne Licinius comme successeur de saint Eustoche. Il est d’ailleurs sur ce point en contradiction avec luiméme, 77. F., liv. x, c. 31, où il nous dit que saint Perpet succéda à saint Eustoche et fut le sixième évêque de Tours, quoiqu'au liv. 1, c. 14, il nous affirme que saint Perpet fut le cinquième évêque après saint Martin, ce qui alors le placerait le huitième dans la liste de nos évêques. Nous ayons adopté l'opinion généralement reçue en regardant saint Perpet comme le sixième évêque de Tours.

sept évêques y assistèrent. On y traita de la discipline ecclésiastique et on réforma plusieurs abus qui s'étaient introduits dans le clergé. Le second concile qu’il célébra fut celui de Vannes. A cette occasion l'évêché de cette ville fut érigé, et saint Perpet sacra son premier évêque, saint Paterne. Six prélats assistèrent à ce concile, et les évêques du Mans et d'Angers n'ayant pu s’y trouver, on leur envoya les actes et les décrets afin qu’ils les confirmassent de leur autorité.

Saint Perpet régla les Jeûnes et les vigiles qui devaient se pratiquer dans son Eglise. On jeünait autrefois dans son diocèse deux fois la semaine, le mercredi et le vendredi, de la Pentecôte à la Nalivité de saint Jean-Baptiste, et du mois de septembre à la fête de saint Martin. Depuis la fête de saint Martin jusqu’à Noël, trois fois la semaine. Il y avait alors quelques jours de repos, à cause des solennités de Noël, mais le jeûne recommencçait, deux fois la semaine, à la fête de saint Hilaire, le 14 janvier, pour se continuer jusqu'au Carème. Il était d'usage, dans la primitive Eglise, de ne jamais jeüner dans le temps qui s'écoule de Pâques à la Pentecôte. Ces jeünes si multipliés nous disent assez quelle était la ferveur de nos pères.

Saint Perpet régla aussi les vigiles des fêtes qui se célébraient avec solennité dans les différentes églises qu'il désigna et qui étaient l’église cathédrale, celles de Saint-Martin, de Saint- Pierre, de saint-Jean-Baptiste et de Saint-Lidoire. D’après le catalogue de ces vigiles, qu'a dressé saint Grégoire {, nous voyons que l’église de Tours célébrait une fête en l'honneur de la Résure rection de Notre-Seigneur, le 27 mars, qu’on regardait comme le jour anniversaire de cette résurrection glorieuse. Malgré cela, elle célébrait avec l'Eglise universelle le jour de Pâques.

Ce qui illustra surtout l’épiscopat de saint Perpet fut son amour pour saint Martin et la basie lique qu’il fit construire en son honneur. L'église que saint Brice avait élevée, sur le tombeau du saint évêque de Tours, était devenue trop étroite, à cause de l’affluence de pèlerins qui venaient de tous côtés implorer le secours du grand thaumaturge des Gaules. Saint Perpet résolut alors de bâtir un édifice plus vaste et plus digne de la mémoire de saint Martin. Sidoine Apollinaire, qui l’a célébré dans ses vers, dit qu’il était digne de celui en l'honneur duquel on l'avait élevé et de l'évèque dont les vertus rappelaient si bien le Saint qu'il voulait honorer. Il compare cette basilique au temple de Salomon et il dit qu'elle était digne d’être rangée parmi les merveilles de ce monde.

Saint Grégoire nous apprend qu’elle avait cent soixante pieds de longueur sur soixante de large. Sa hauteur jusqu’au plafond était de quarante-cinq pieds. Du côté de l'autel, il y avait trente-deux fenêtres, vingt dans la nef, et quarante et une colonnes. Dans tout l'édifice on comptait cinquante-deux fenêtres, cent vingt colonnes et huit portes, dont trois du côté de l’autel et cinq dans la nef.

Voici ce qu’en disait saint Odon dans un sermon qu'il prononça après le troisième embrasement de ce temple? :

«Leur douleur était d'autant plus vive que cette même église avait déjà été brûlée quelque temps auparavant. À la vérité elle avait été réparée avec soin et à très-grands frais par son clergé, mais quoique plus belle qu'avant cet incendie, elle l'était beaucoup moins que dans son origine : car alors ses murs intérieurs étaient incrastés de marbres différents dont les nuances, tantôt rouges, tantôt blanches, tantôt vertes, produisaient un effet aussi brillant que varié. Sur ses portes dorées on admirait des mosaïques avec les couleurs du saphir. Les toits mêmes étaient recouverts de lames d’étain ; on voit encore quelques vestiges de tout cela, et nous avons eu parmi nous des vieillards qui en rendaient témoignage. Ils rapportaient que le sommet de cette église, frappé par les rayons du soleil, présentait l’image d’une montagne d’or et offrait un si merveilleux coup d'œil à ceux qui le contemplaient que l’on y reconnaissait en quelque sorte tout l'éclat et la gloire de saint Martin. Les anciens architectes avaient voulu que ses galeries fussent construites en arceaux voütés, parce que ce temple, quelque vaste qu'il fût, était encore trop peu spacieux pour contenir tout le peuple qui s’y précipitait en si grand nombre, que, sans le vouloir, la foule, en se pressant, ébranlait la partie inférieure du chœur, ainsi que les petites portes. Pieuse violence qui, je crois, n’en est pas moins agréable à saint Martin, imitant en cela l'exemple de son divin Maître qui aimait à être suivi par la multitude. Les couleurs variées de ce temple, les saphirs de ses vitraux, les lames d’or dont il était décoré, offraient aux regards le plus agréable spectacle, etc. »

La construction de cette belle basilique fut achevée vers l’an 491 : elle avait exigé de vingt à vingt-deux ans de travail. Sa consécration se fit avec une grande solennité : saint Perpet y avait iavité un grand nombre d’évêques et de religieux. Ils s'étaient préparés à cette solennité par des

1. À, Franc., liv. x, c. 81. — 2. Bibl. des Pères, t. xvin, p. 226, édition de Lyon.

jeûnes et des prières. Tout le peuple était réuni, lorsque saint Perpet se rendit au lieu de la sépulture de saint Martin : lui-même il donna le premier coup de pioche pour exhumer le précieux corps. Mais un obstacle inattendu les obligea de différer la cérémonie. Il fut impossible de remuer le cercueil et on ne put le changer de place. Un jeune clerc, voyant que tous les efforts étaient inutiles, dit alors : « Pourquoi perdre courage, dans deux jours nous célébrerons l'anniversaire de la consécration épiscopale de saint Martin. Peut-être veut-il vous témoigner par sa résistance qu’il désire qu’on attende ce jour ».

On se rendit à cet avis, et les évêques se remirent en prières. Deux jours après, ils tentèrent de nouveau, mais inutilement, la translation du saint évêque. Devant une pareille résistance les prélats étaient disposés à abandonner leur projet, lorsqu'un vieillard, revêtu du costume d’abbé, s’approcha et leur dit : « Ne voyez-vous pas que saint Martin est prêt à vous aider ? » EL en disant ces paroles, il jette à terre son manteau et, de ses mains, soulève, sans aucun effort, le corps du Bienheureux, qui fut solennellement porté dans le sanctuaire du nouvel édifice.

Il fut déposé sous l'unique autel, dans l’abside, à l'endroit même où s’élève aujourd’hui le riche ciborium.

La cérémonie de la dédicace de la basilique étant achevée, on chercha partout le vieillard qui avait apporté un secours si efficace et si opportun ; mais il fut impossible de le trouver. Personne cependant ne l'avait vu sortir de la basilique. « On peut croire », disait l’ancienne liturgie de Tours, « que Dieu a voulu honorer la translation du bienheureux Martin, son serviteur, par l’assistance d’un ange ».

De nombreux miracles s’opérèrent au tombeau de saint Martin, et depuis ce temps le nom de saint Perpet se trouva désormais uni à toutes les gloires de cette splendide basilique.

Saint Perpet ne s’en tint pas à la construction de cette église. Il utilisa la voûte élégante qui ornait la basilique élevée par saint Brice sur le tombeau de saint Martin, en l’adaptant à l’église qu’il érigea en l’honneur des saints apôtres Pierre et Paul. Les églises de Saint-Laurent de Montlouis, d'Esvres, de Barrou, de Ballan, de Vernou, le reconnaissent aussi pour leur fondateur.

De là vient qu'on représente le saint Evèque de Tours avec un édifice sacré sur la main : ce symbole revenait de droit à un des plus grands bâtisseurs d’églises qui aient jamais été.

Il mourut au mois de décembre 1 en l’année 494, après trente ans d’un laborieux et fécond épiscopat. Ses jours, dit-on, furent avancés par le chagrin qu’il ressentit de voir, sous Alaric, les Goths s'emparer de la Touraine et y répandre l’arianisme. Il fut enseveli près du tombeau de saint Martin, afin que son corps ne fût point séparé de celui auquel il avait été uni, de cœur, pendant

. sa vie, et que sa tombe fût proche du Pontife dont il avait mérité d’être, au ciel, le concitoyen ?. L'Eglise de Tours n’a plus la consolation de posséder des reliques du saint Evêque.

Saint Perpet aima les pauvres, son clergé et son église, d'un ardent amour, comme on le verra dans le testament qu'il écrivit quatorze ans avant sa mort et dont nous donnons ici la traduction :

« Au nom de Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

« Moi, Perpet, pécheur, prêtre de l’église de Tours, je n'ai pas voulu partir de ce monde, sans laisser un testament, de peur que les pauvres ne fussent frustrés des biens dont la bonté du ciel m'a libéralement et affectueusement doté, sans aucun mérite de ma part, et de peur, — ce qu'à Dieu ne plaise, — que les biens d’un prêtre ne passent à d’autres familles qu’à mon église,

« Je donne et lègue à tous les prêtres, diacres et clercs de mon Eglise la paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il !

« Confirmez, Seigneur, le bien que vous avez vous-même fait en nous! Qu'ils ne connaissent jamais les schismes ! qu’ils demeurent fermes dans leur foi! Que celui qui aura fidèlement suivi l'Evangile soit comblé de toutes les bénédictions du ciel par Jésus-Christ. Ainsi soit-il!

« Que le Seigneur Jésus perde l’impie du souffle de sa bouche ! Ainsi soit-il! ainsi soit-ill Paix soit à l'Eglise ! Paix soit au peuple, à la ville et à la campagne, de par notre Dieu et Père du Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il! Venez, Seigneur, et veuillez ne plus différer. Ainsi soit-il!

« Je vous permets, à vous, prêtres, diacres et clercs de mon Eglise, d’ensevelir mon corps en tel lieu qu’il vous plaira, avec le conseil du comte Agilon 3, Je sais que mon Rédempteur est vivant et que je verrai dans ma chair mon Sauveur. Ainsi soit-il! Toutefois, si vous voulez m’accorder, malgré mon indignilé, la grâce que je vous demande humblement, vous m’ensevelirez aux pieds de saint Martin, pour y attendre le jour du jugement. Vous en ferez ce qu'il vous plaira. Je laisse

1. Martyrol. de Bède, de Florus, etc. — 2. Ancien bréviaire de Tours, et Greg. Tur 3, Ce comte Agilon était gouverneur de la Touraine.

cela à votre choix. Je veux, j'ordonne et je tiens pour bien fait ce que vous aurez décidé, mes seigneurs et mes frères.

« Premièrement donc, moi, Perpet, je veux et j’ordonne que tous les hommes et femmes qui sont serfs, au village de Savonnières et que j'ai achetés de mon argent, soient affranchis et mis en liberté aussi bien que les serviteurs de mon église que je n'aurai pas affranchis au jour de mon décès, à condition néanmoins que, dans cette liberté, ils serviront mon église pendant leur vie, mais sans aucun engagement de servitude pour leurs héritiers.

« Je donne aussi à mon église le champ que le nommé Oligeaire m'a vendu à Savonnières, avec l'étang, les moulins sur le Cher près dudit village, ainsi que les pacages et prairies.

« Je lègue et donne pareïllement à mon église la métairie de Berthenaÿ, — avec le bois et les rentes, — qui m'a été vendue par Daniel, diacre, à condition que les revenus seront consacrés à Yachat de l'huile pour entretenir le luminaire qui sera toujours au tombeau de saint Martin ; si on ne satisfait point à cette condition, et si mon intention n’est pas exécutée, je veux, j'ordonne et je commande que cette terre de Berthenay, avec toutes ses dépendances, retourne à mes héritiers que je vais désigner.

« Tout ce qui me sera dû au jour de mon décès, en quel lieu et par quelque personne que ce soit, je le donne et lègue à ceux qui le devront. Je veux et j'entends que personne ne prétende exiger ce que je leur remets par ces présentes.

« Je donne et lègue à vous, Eufrône 1, mon bien-aimé frère et collègue dans l’épiscopat, mon reliquaire d'argent garni de plusieurs reliques de Saints, c'est-à-dire, celui que j'avais coutume de porter, car pour l’autre qui est doré et qui est dans mon cabinet, je le donne et lègue à mon église, avec deux calices d'or et une croix d’or qui à été faite par Maubouin ; de plus je donne et lègue à la même église tous mes livres, excepté le livre des Evangiles que saint Hilaire, évêque de Poitiers, a écrit de sa propre main; celui-là c’est à vous, Eu‘rône, mon très-cher frère et collègue, que je le donne, avec le susdit reliquaire. Souvenez-vous de moi. Ainsi soit-il !

« Je donne et lègue à l’église de Saint-Denis d’Amboise un calice d'argent et une croix, également d'argent, dont l’un des bras contient une relique de saint Denis.

« Je donne et lègue aussi à l’église de Preuilly un calice d'argent avec les burettes d’argent, Je donne à Amalarius, curé dudit lieu, une chape commune de soie, un tabernacle et une colombe d'argent pour servir de reposoir?, à moins que mon église n’aimät mieux donner à Amalarius celle dont elle se sert et retenir la mienne. Je permets, je veux et j'entends que mon église ait le choix.

« Je donne et lègue à ma sœur Fidie-Julie-Perpétue une petite croix d’or, guillochée, dans laquelle sont des reliques de Notre-Seigneur. Je la prie néanmoins instamment que si, par disposition divine, elle venait à mourir avant Dadolène, vierge de mon église, de la laisser en sa possession. Je te prie aussi, ma chère sœur Dadolène, en mourant, de la donner à telle église qu’il te plaira pour éviter qu’elle ne vienne au pouvoir de quelqu'un qui en serait indigne. Si, au contraire, ma chère sœur Fidie-Julie-Perpétue, il arrivait que Dadolène vint à mourir avant toi, je veux pareillement qu’il te soit libre d’en disposer en faveur de telle église qu'il te plaira, Souvienstoi de moi, ma bien-aimée sœur, Ainsi soit-il !

« Quant à vous, mon très-cher comte Agilon, en considération des bons offices que vous avez rendus à mon église et aux pauvres, mes enfants, et pour vous engager à les protéger par la suite aussi efficacement que vous l'avez fait jusqu'ici, je vous donne et lègue mon cheval de parade, avec un mulet, à votre choix. Mon très-cher fils, souvenez-vous de moi. Ainsi soit-il.

« Je lègue et donne à l’église de Saint-Pierre les tapisseries que je lui ai souvent prétées pour la fête de son patron 5,

« Et vous, mon frère et très-cher collègue, à qui Dieu confiera, après ma mort, le gouvernement de cette église, aujourd’hui la mienne et la vôtre alors, ou plutôt, ni la mienne, ni la vôtre, mais celle de Jésus-Christ, je vous donne tout ce qu’il vous plaira de choisir parmi ceux de mes meubles qui sont à l’usage d’un évêque, dans ma chambre ou dans la sacristie qui la joint. Si vous n’en voulez pas, ils appartiendront aux héritiers que j’ai institués. Ne rétablissez jamais dans

1. Cet Eufrône était évêque d'Autun. Il était très-lié avec saint Perpet auquel il envoya une grande quantité de marbre blanc pour décorer le tombeau et la basilique de Saint-Martin.

2. Ce passage nous indique que, dans la primitive Eglise, on renfermait le Saint Sacréement dans un tabernacle, en forme de colombe, qui était au-dessus de l'autel.

8. 11 y avait à Tours quatre églises dédiées à saint Pierre. Mais il est ici question de Saint-Pierre än Boile, parce que les trois autres, Saint-Pierre le Puellier, Saint-Pierre des Corps, et Saint-Pierre du Chardonnet n'existaient pas encore.

le rang dont ils ont été justement déchus, le prêtre-curé de Maïllé, ni celui d'Orbigny. Je veux bien cependant qu’ils aient une pension sur une partie de mes revenus de Preslay, et je vous laisse la jouissance du reste, avec la portion viagère que je leur fais, quand ils seront morts; et après votre décès, je les donne et lègue à mon église. Mais vous aussi, mon très-cher frère et collègue, aimez, aidez de votre exemple, prévenez de votre bienveillance, les prêtres, diacres, cleres et vierges qui sont les miens et qui seront les vôtres. Faites-leur voir qu'ils sont vos enfants et non vos esclaves ; que vous êtes leur père et non leur maitre. Je vous en prie, je le veux et je l'ordonne.

« Pour vous, qui faites partie de moi-même, mes frères bien-aimés, ma couronne, ma joie, mes seigneurs, mes enfants, pauvres de Jésus-Christ, indigents, mendiants, malades, orphelins, veuves, vous tous, dis-je, je vous fais et constitue mes héritiers. Je veux que vous me succédiez dans tous les biens que je possède, soit en champs, pâturages, prés, bois, vignes, maisons, jardins, eaux et moulins, soit en or, argent, vêtements et généralement dans toutes les choses dont il sera constant que je n'aurai pas disposé, et, afin que le tout soit prudemment administré, je veux que, immédiatement après ma mort et le plus diligemment possible, on fasse distraction de ces biens pour être vendus et convertis en argent dont il sera fait trois parts. Deux de ces parts seront distribuées aux pauvres par l'entremise du prètre Agrarius et du comte Agilon, et la troisième sera répartie entre les veuves et pauvres femmes, au gré et par les soins de la vierge Dadolène. Telle est ma volonté, ma prière et mon désir.

«Moi, Perpet, j'ai relu et signé ce testament écrit de ma propre main, aux calendes de mai, l’an du post-consulat de Léon le jeune, Auguste,

« Vous, mon fils, Delmatius?, gardez-le chez vous en dépôt, pour l'ouvrir et le lire devant le comte Agilon et en présence de mes frères, prêtres, diacres et clercs, avee un double pareillement écrit de ma main, dont j'ai fait Dadolène dépositaire.

« Au nom du Seigneur, je le veux ainsi, j'en conjure et je l’ordonne. Que le tout soit donc tenu pour stable et approuvé.

« Bénissez-moi, Seigneur. Venez, Jésus-Christ. Moi, Perpet, en votre nom. Ainsi soit-il ».

M. L'abbé Rolland, chanoine honor.,aumônier du Pensionnat des Frères des écoles chrétiennes de Toufs,

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