‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 156 sur 339 · LE BIENHEUREUX JULIEN DE SAINT AUGUSTIN, FRÈRE LAI · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX JULIEN DE SAINT AUGUSTIN, FRÈRE LAI

Les années de la jeunesse sont dangereuses ; Julien, qui avait peur du monde et de ses plaisirs, les passa dans l'innocence et la pureté. Comme il recommandait instamment à Dieu le salut de son âme, le ciel lui inspira la pensée d'entrer chez les Pères déchaussés de la province de Saint-Joseph ; il obéit à cette inspiration d'en haut, et fut reçu avec joie par les religieux de l'Ordre de Saint- François. Il montra dans son noviciat une ferveur si extraordinaire, que le supérieur prit cela pour de l’exaltation ; il en eut peur et renvoya le novice. Ce fut une dure épreuve pour le bienheureux Julien, mais il se soumit à la volonté de Dieu, et malgré son épouvante des dangers qui l’attendaient dans le monde, il reprit son premier état dans la ville de Santorcaz, appartenant à l’archevèché de Tolède. Le P. François de Torrez, franciscain, évangélisait alors la Castille ; il vint prêcher dans la ville qu'habitait Julien, et frappé de son extérieur plein de piété, lui proposa de l'aider dans le saluf des âmes. Julien accepta, prit un habit de pèlerin et partit. On le voyait dans toutes les villes que parcourait François de Torrez, aller par ies rues la clochette à la main, et exhorter les fidèles à se rendre à l’église pour entendre le Père ; il agit ainsi à Médina-Cœli où il avait aspiré à l'honneur d’être religieux ; il le fit avec grande humilité et simplicité ; peu l’admirèrent, beaucoup se moquèrent de lui et le traitèrent de fou. À ces derniers, il répondait en souriant et avec douceur : Oui, je suis devenu fou, mais fou pour l’amour de Dieu. Le P. Torrez le contemplait avec joie, et quand il l’eut bien étudié etse fut assuré de sa vocation, il Le fit recevoir au couvent de Notre-Dame de Salcéda à la grande joie du B. Julien.

Le serviteur de Dieu recommença ses pénitences et ses austérités ; il fit des choses si extraordinaires, que ses frères en étaient effrayés, et que les supérieurs, tout en s’émerveillant, doutèrent de la solidité de son jugement. Comme il inventait chaque jour quelques pénitences extraordinaires, on finit par le croire fou, et encore une fois on le mit hors du couvent. Ce nouveau coup lui fut très-sensible, sans cependant le décourager ; il reprit ses habits séculiers et se construisit sur le. haut d’une montagne qui avoisinait le monastère, une petite cabane où il passait ses jours et ses nuits en oraison. Cependant son abnégation, sa vertu persévérante contribuèrent avec le temps à faire reconnaitre son mérite. On lui rouvrit les portes du couvent où il venait chaque jour demander l’aumône après avoir quêté pour les besoins des religieux et remis fidèlement au frère portier tout ce qu’on lui avait donné. Au bout d’un an il faisait sa profession solennelle.

Alors il donna libre cours à sa ferveur et à son amour des austérités ; il couvrit son corps d’instruments de tortures ; il ne mangeait qu’une fois le jour un peu de pain et d'herbes, et ne s’accordait que quelques heures de sommeil ; il passait ses nuits à l’église, et quand le sommeil était plus fort que sa volonté, il s’adossait à un mur ou à un confessionnal et dormait quelques heures. Quand il était hors du couvent, il dormait où il se trouvait, et souvent la nuit on l’a vu, au milieu des champs, ravi en extase et entouré d’une clarté céleste. Le P. Torrez l'ayant repris pour l’accompagner dans ses missions, sa vie fut une éloquente prédication, et au besoin Dieu lui mit sur les lèvres des paroles capables de fondre les cœurs les plus endurcis. Souvent les savants de l'Université d’Alcala le consultèrent sur des passages difficiles de l’Ecriture sainte, et toujours ils s’en retournèrent étonnés de ses explications simples et lumineuses. Un jour que des jeunes gens se rendant à la danse avaient refusé de l'écouter, on vit les oiseaux se rassembler autour de lui à son appel, prêter attention aux paroles qu’il leur adressa et se disperser au commandement qu'il leur en fit, en remplissant l'air de leurs joyeuses chansons. Tous les animaux se montraient dociles à sa voix, et si l’espace nous le permettait, nous pourrions rapporter à ce sujet mille traits gracieux et charmants. Le bruit de ses miracles et de sa sainteté se répandant partout, parvint aux oreilles de la reine Marguerite, mère de Philippe IV, qui voulut voir le Bienheureux. Ce fut un triste jour pour Julien quand il fallut, obéissant aux ordres de ses supérieurs, se rendre à la cour. Il futsi confus des soins et des attentions dont il fut l’objet, que son embarras l’'empôcha de dire une seule parole. Cependant le moment de sa mort allait bientôt arriver ; il le savait, car Dieu le lui avait révélé. Etant tombé malade en route, il fut ramené au couvent presque à l’agonie, et, comme on se tourmentait à son sujet, il annonça qu'il avait encore cinq ans à vivre, et, en effet, il guérit contre toute attente. Ce temps écoulé, il tomba de nouveau malade à deux lieues d’Alcala ; il se traîna avec peine jusqu’à son couvent, où il ne voulut pas qu’on le reportät. Au momentde mourir, il témoigna une grande crainte des jugements de Dieu ; et, après avoir reçu les derniers sacrements, il remit son âme à Dieu le 8 avril 4606. L’empressement qui eut lieu autour de son lit de mort, contraignit ses frères de laisser son corps pendant dix-huit jours sans sépulture. Pendant tout ce temps, ses membres conservèrent leur souplesse et exhalèrent une odeur des plus suaves. Les miracles qui s’opérèrent à son tombeau portèrent son nom jusqu'aux extrémités de l’Espagve. Julien a été héatifié par Léon XII.

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