‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 175 sur 339 · Serm · texte numérisé non relu

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2. Nous avons encore de lui cent un sermons sur les principales fêtes de l'année. Il y recommande souvent le jeûne et l'aumône, qu'il ne veut pas que l'on sépare, parce que ces deux bonnes œuvres se

Rien ne nous montre mieux que ses lettres, au nombre de cent quarante-cinq, avec quelle vigilance, quelle habileté, quelle autorité le saint Pontife réglait ce qui avait besoin de l’être, en matière de foi et de discipline, dans toutes les parties du monde.

En Afrique, la Mauritanie Césaréenne, aujourd” hui province d'Alger, appartenait encore à l’empire d'Occident, mais elle avait beaucoup souffert de l'invasion des Vandales. Saint Léon écrivit une lettre décrétale aux évêques de ce pays pour réformer cette province et faire exécuter les canons. Après avoir réglé les principales affaires, il termina par ces paroles, qui nous montrent bien, dès ce temps, la primauté du Saint-Siége en plein exercice : « S'il s’élève d’autres causes, qui intéressent l’état des églises et la concorde des évêques, nous voulons qu’on les examine sur les lieux, dans la crainte du Seigneur, et que de tous les arrangements pris ou à prendre, on nous envoie une narration complète, afin que ce qui aura été défini justement et raisonnablement, d'après la coutume de l'Eglise, soit aussi confirmé par une sentence ».

Parmi les Africains qui se réfugièrent à Rome, pour échapper aux violences des Vandales, il y eut beaucoup de Manichéens; ils cachèrent d’abord leurs sentiments, parce que les empereurs avaient, dans leurs édits, menacé cette secte de peines sévères; mais Léon finit par connaître leurs erreurs et leurs crimes secrets. Voici comment il procéda contre eux : assisté d’évêques, de prêtres, de sénateurs et d’autres personnes illustres, qui faisaient une respectable assemblée de juges, il fit comparaître les accusés. Ceux-ci reconnurent publiquement qu'ils avaient plusieurs dogmes impies, subversifs de la morale et de la société, aussi bien que de la religion catholique; ils s’avouèrent même coupables d’un crime que la pudeur ne permet pas de: nommer. Saint Prosper dit qu’on brüla leurs livres, que beaucoup d’entre eux se repentirent et rentrèrent dans le sein de l'Eglise. Saint Léon, en recevant leur abjuration, les recommanda aux prêtres du peuple fidèle. Ceux qui persistèrent opiniâtrément dans l’erreur, furent bannis.

Nommons rapidement les autres pays que le Vicaire de Jésus-Christ régénéra, consola, soutint, secourut. La Sicile avait été ravagée par les Vandales; il envoya du secours à Pascasin, évêque de Lilybée, avec des lettres de consolation. Plusieurs abus s'étaient glissés dans la discipline ecclésiastique en Italie : il adressa, le 10 octobre 443, une décrétale aux évêques pour qu’ils travaillassent à les extirper.

soutiennent mutuellement. On trouve parmi ces ouvrages neuf sermons sur le jeûne du dixième mois ou des quatre-temps de décembre. Selon le saint docteur, l'Eglise a institué les quatre-temps dans les quatre saisons de l'année, afin de les sanctifier toutes par le jeûne. Elle a voulu encore par là fournir des armes à ses enfants contre le démon, et les porter à remercier Dieu des fruits et des autres bienfaits qu’ils reçoivent continuellement de son amour. Le saint Pape revient souvent à l'obligation de faire l'aumône, « Cette obligation », dit-il, « ne souffre point de dispense, Dieu n'a donné des richesses aux hommes que pour qu'ils les versent dans le sein de l'indigence. C'est donc aller contre son intention que de les entasser par avance ou de les consumer en superfluités. Aussi la sentence que Jésus-Christ doit prononcer au dernier jour, portera-t-elle principalement sur la conduite qu'on aura tenue à l'égard des pauvres. Le Sauveur a voulu nous apprendre par là que l'aumône est la clef du ciel et le canal des grâces. L'obligation de faire l'aumône, ajoute-t-il, ne se mesure pas sur la quantité des biens, mais sur les sentiments du cœur. Elle est commune à tous les hommes, puisque tous doivent aimer leurs sem-— blables et désirer de les secourir. Quant aux riches, ils sont tenus de rechercher les pauvres honteux et de les assister sans les mettre dans le cas de rougir de leur misère ».I1 montre que l'institution des collectes ou quêtes pour les pauvres vient des Apôtres mêmes, et qu'on n'a jamais cessé dans l'Eglise de composer un fonds des libéralités des fidèles pour soulager ceux qui étaient dans le besoin. On ne peut douter que saint Léon ne soit rempli de force et d'éloquence lorsqu'il traite les matières dont nous venons de parler : mais il se surpasse en quelque sorte lui-même, quand ses discours ont pour sujet le mystère de l'Incarnation, et l'amour incompréhensible qui porta le Fils de Dieu à se revêtir de notre nature et de nos misères.

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L’Illyrie ressortissait du patriarcat de Rome; l’évêque de Thessalonique y représentait les Papes, en qualité de vicaire apostolique. Mais depuis quelque temps, les évêques illyriens se montraient peu disposés à lui obéir. En 444, Léon confirma l'autorité de l’évêque de Thessalonique; dans les instructions qu’il lui donne, il lui recommande surtout les élections des évêques, où l’on ne doit regarder que le mérite de la personne et les services rendus à l’Eglise, sans aucune vue de faveur ni d’intérêt.« Personne », dit-il, « ne doit être ordonné évêque dans ces églises, sans vous consulter; car on les choisira avec un examen plus mûr, quand on craindra votre examen, et nous ne tiendrons point pour évêques, ceux que le métropolitain aura ordonnés sans votre participation. Comme les métropolitains ont le droit d’ordonner les évêques de leurs provinces, nous voulons que vous ordonniez les métropolitains, et que vous les choisissiez avec un plus grand soin, comme devant gouverner les autres ». 11 termine en disant : « Vous nous renverrez, suivant l’ancienne tradition, les appellations et les causes majeures qui ne pourront être terminées sur les lieux ».

Des Priscillianistes, ainsi nommés de Priscillien leur chef, renouvelaient en Espagne une partie des impiétés Manichéenres, croyant, par exemple, à la fatalité, à l'influence des astres, proscrivant le mariage, et se livrant en secret à des actes de débauche, à des mystères impurs. Saint Turibe, évêque d’Astorga, qui les combattait avec courage, consulta le Pape. Léon, dans sa réponse, accorde à son zèle de justes éloges, lui envoie les actes de la procédure qu'il avait faite à Rome contre les Manichéens, pour lui servir de modèle, et réveille l'attention des autres évêques d’Espagne sur cette hérésie dont il leur montre l'horreur et les conséquences funestes. Il leur ordonne de s’assembler en concile pour y remédier.

Saint Hilaire, évêque d’Arles, ayant déposé un évêque, nommé Chélidoine, celui-ci appela de la sentence portée contre lui à saint Léon, qui, après l’avoir jugé de nouveau, le rétablit sur son siége. Il ôta à Hilaire son droit de métropolitain pour le donner à l’évêque de Vienne. Il faut bien remarquer que le Pape ne dispute pas à saint Hilaire sa juridiction sur Chélidoine. Ce dernier était sans doute suffragant de l’évêque d’Arles, ou bien, s’il était, comme certains le prétendent, évêque de Besançon, la juridiction de l’évêque d’Arles se comprend encore, car les Papes avaient accordé aux évêques de cette ville, métropole civile des Gaules, une espèce de suprématie : ils les avaient nommés leurs vicaires. Hilaire se rendit luimême à Rome, en plein hiver, pour faire confirmer sa sentence contre Chélidoine; mais celui-ci produisit des témoignages de son innocence, contre lesquels Hilaire, présent, resta bouche close. De plus, il abusa de son autorité dans une circonstance peut-être plus grave encore. Ayant appris que Projectus, évêque dans une province autre que celle d'Arles, était malade, il s’y rendit inopinément, et ordonna un évêque à sa place, comme si l’église eût été vacante. Projectus étant revenu en santé, se plaignit de ce procédé au pape saint Léon. Hilaire méritait donc bien d’être dépouillé de son titre métropolitain, et devait se trouver « heureux de conserver son siége, par l’indulgence du Siége apostolique », comme le dit notre saint Pape, dans la décrétale écrite sur ce sujet aux évêques des Gaules.

Toutes les lois ecclésiastiques, qu’il rappelait aux autres, il les observait scrupuleusement lui-même; il était surtout attentif à bien choisir ceux qu'il admettait aux ordres sacrés. Il établit pour ceux qui devaient être ordonnés ministres des autels, cette règle de l’Apôtre, qui est passée de ses ouvrages dans le corps du droit canonique : N'imposez légèrement les mains &

personne. Il veut qu’on n’élève au sacerdoce que ceux qui sont d’un âge mûr, qui ont été éprouvés durant un temps suffisant, qui ont donné des preuves de leur soumission aux règles, de leur amour pour la discipline, et de leur zèle à l’observer. L'auteur du Pré spirituel rapporte une chose qui est trop édifiante et trop instructive pour l’omettre ici. Il raconte qu'il avait entendu Amos, patriarche de Jérusalem, dire à plusieurs abbés : « Priez pour moi. Le terrible fardeau du sacerdoce m’épouvante au-delà de toute expression; mais ce que je redoute le plus, c’est la charge de conférer les ordres. J’ai trouvé écrit que le bienheureux pape Léon, égal aux anges, avait veillé et prié quarante jours au tombeau de saint Pierre, demandant, par l’intercession de cet apôtre, la rémission de ses péchés, et qu'après cela, saint Pierre lui avait dit dans une vision : Le Seigneur vous pardonne tous vos péchés, excepté ceux que vous avez commis en conférant les saints ordres et dont vous êtes encore chargé pour en rendre un compte rigoureux ».

En Orient, il s'agissait de maintenir, non pas seulement la discipline ecclésiastique, mais la foi chrétienne. Eutychès, moine de Constantinople et abbé d’un monastère, enseignant l’erreur opposée à celle de Nestorius!, prétendit qu’en Jésus-Christ il n’y a qu’une seule nature, tandis qu'ilyen a deux : la nature divine et la nature humaine, unies en une seule personne, sans confusion de leurs propriétés ni de leurs opérations. Condamné par saint Flavien, évêque de Constantinople, il trouva un protecteur dans un eunuque de la cour, favori de l’empereur Théodose le Jeune, qui fit condamner saint Flavien, dans une assemblée connue sous le nom de Brigandage d'Ephèse. Flavien fut non-seulement déposé, mais maltraité si brutalement, qu’il en mourut quelques jours après. Les légats du pape saint Léon refusèrent de souscrire à cette injuste sentence. Ils prirent même son parti avec un Courage qui attira l’admiration de tout le monde chrétien.

Avant Rohrbacher, on n’avait pas assez remarqué que dans cette affaire d'Eutychès, comme dans celle de Nestorius, toutes les parties s’adressèrent et en appelèrent au Saint-Siége de Rome : saint Flavien de Constantinople, l’empereur Théodose, Eutychès lui-même. Le Brigandage d'Ephèse avait eu lieu en 448. Par les soins de Léon, secondé par Marcien et Pulchérie, qui avait succédé à Théodose, il se tint en 451, à Chalcédoine, un nouveau Concile, composé de six cent trente évêques. Le Pape y présida par ses légats : Paschasin, évêque de Lilybée ; Lucence, évêque d’Ascoli, et Boniface, prêtre de Rome.

La mémoire de saint Flavien y fut rétablie. Dioscore, patriarche d’Alexandrie, auteur, ou du moins exécuteur de tous les désordres d’Ephèse, y fut excommunié et déposé pour plusieurs crimes : par exemple, pour avoir prétendu tenir un Concile sans l'autorité du Pape, ce qui, disaient les Pères du Concile, n’avait jamais été permis et ne s'était jamais fait, de n’avoir pas fait lire dans l’assemblée d’Ephèse, la lettre que saint Léon avait écrite à Flavien, exprès pour le futur Concile. Quand on lut, dans le Concile de Chalcédoine, cette lettre qui n’est comparable qu'aux évangiles, qui a toujours été considérée, dans l'Eglise, comme l'expression la plus exacte, la plus noble, la plus auguste de la croyance catholique sur l’admirable dogme de l’Incarnation, il n’y eut qu’un cri d’admiration. Les six cents évêques s’'écrièrent : « C’est Pierre qui a parlé par Léon».

Dans le Pré spirituel de Jean-Moschus, un abbé raconte avoir entendu le patriarche Eulogius d'Alexandrie faire le récit suivant : « Grégoire, diacre

1 Voyez la vie de saint Célestin, pape, et celle de saint Cyrille d'Alexandrie.

distingué de Rome, m’apprit que le pieux pape Léon, après avoir écrit la lettre à Flavien, la posa sur le tombeau du Prince des Apôtres, en le conjurant, par des veilles, des jeûnes et des prières, de corriger les fautes ou les erreurs qui s’y seraient glissées par suite de la faiblesse humaine. Quatre jours écoulés, l’Apôtre lui apparut et lui dit qu’il avait lu sa lettre et y avait fait les corrections nécessaires. Le Pape ayant repris la lettre sur le tombeau, y remarqua en effet les corrections exécutées de la main de saint Pierre ‘ ».

Quand ils eurent fait leurs décrets, les Pères du Concile de Chalcédoine les envoyèrent au Pape avec une lettre où ils lui disent : « C’est vous qui nous avez présidé, comme la tête préside aux membres ». Notre Saint confirma les vingt-sept premiers canons du Concile qui concernaient les matières de foi, et ils furent reçus de toute l'Eglise avec le plus grand respect, mais il s’opposa au vingt-huitième qui avait été fait en l’absence de ses légats. On y donnait à l’archevêque de Constantinople le titre de patriarche, et même de premier patriarche d'Orient. Plus tard, malgré cette juste et prévoyante opposition de Rome, contrairement aux traditions apostoliques, le siége de Constantinople obtint des empereurs, de l'usage, ou plutôt de la faiblesse, de la coupable flatterie des autres églises orientales, ce titre et cette prééminence du patriarcat, qui devait aboutir au schisme et à la dépravation des églises grecques.

Pendant que l’empire d'Orient était troublé par les factions des hérétiques, celui d'Occident était prêt de disparaître ; le monde civilisé fut encore sauvé de ce côté par la religion chrétienne, et surtout par le Pape. Les Huns, peuple féroce, venu de la Scythie, après avoir longé, en les ravageant, les frontières de l’empire romain, et s’être grossis en Allemagne, au point de composer une armée de sept cent mille hommes, entrèrent dans les Gaules, commandés par Attila, qui se nommait lui-même le fléau de Dieu. Tongres, Trèves, Metz, furent saccagées ; Troyes fut sauvée par saint Loup ; Orléans, par saint Aignan. Battu dans les plaines de Châlons, par les efforts réunis d’Aétius, général romain ; de Mérovée, roi des Francs; de Théodoric, roi des Visigoths, Attila eut bientôt réparé ses pertes et tomba sur l'Italie, l’an 453. Devenu maître d’Aquilée, il la réduisit en cendres et mettait tout le pays à feu et à sang. On fuyait partout devant lui; quelques-uns se réfugièrent dans de petites îles, au milieu des lagunes du golfe Adriatique, et ce fut l’origine de la ville de Venise. Attila continua ses ravages ; il saccage Milan, il prend Pavie. L'empereur Valentinien III, ne se croyant plus en sûreté dans Ravenne, où il s'était renfermé, se sauve comme un enfant ; où ? à Rome, près du Pape. L'empereur, le sénat, le peuple, n’ont qu’un sentiment : l’effroi; ils ne voient qu’un sauveur possible, saint Léon. Une députation des Romains vient le prier d’aller au-devant d’Attila, et d'intervenir pour eux ; la mission était difficile et périlleuse, si Dieu lui-même n’intervenait. Le Saint y comptait sans doute, car il n’était guère probable que Jésus-Christ laissât ruiner entièrement, comme d’autres villes, la capitale de son royaume ici-bas. D'ailleurs il s'agissait pour Léon de sauver sa patrie, son peuple, le monde chrétien; il n’hésite pas à affronter la présence de ce barbare qui fait trembler la terre entière. Le 41 juin 452, il sort de Rome, accompagné d’Aviénus, personnage consulaire, de Trigétius, gouverneur de la ville, et de plusieurs membres de son clergé. Il rencontre les Huns sur le bord du Mincio, non loin de Mantoue, à un endroit occupé aujourd’hui par la petite ville de Peschiera. Avant de se montrer aux barbares, il revêt ses habits

Toi. à le 3 : ’ : : £ 1. Voi:, à la fin de la vie, l'admirable lettre de saint Léon sur l'Inçarnation.

SU MRETS CORRE PSE

pontificaux, et suivi de ses prêtres et de ses diacres en habits sacerdotaux, il aborde Attila. Celui-ci l’accueille avec respect, promet de vivre en paix avec l’empire, moyennant un tribut annuel ; il fit aussitôt cesser tous les actes d’hostilité ; et quelque temps après, fidèle à sa parole, il repassait les Alpes. Les barbares demandèrent à leur chef, pourquoi, contre sa coutume, il avait montré tant de respect au Pape, au point de lui obéir en tout ce qu'il lui avait commandé. Attila répondit : « Ce n’est point la parole de celui qui est venu me trouver qui m'a inspiré une crainte si respectueuse, mais

” j'ai vu auprès de ce Pontife un autre personnage, d’une figure beaucoup -plus auguste, vénérable par ses cheveux blancs, qui se tenait debout, en habit sacerdotal, une épée nue à la main, me menaçant avec un air et un geste terribles, si je n’exécutais pas fidèlement tout ce qui m'était demandé par l’envoyé ». Ce personnage était l’apôtre saint Pierre : selon une autre tradition, l’apôtre saint Paul apparut également. Il ne nous reste aucun récit contemporain de cette intervention des apôtres saint Pierre et saint Paul; mais la tradition qui nous l’apprend est consacrée par l’autorité du bréviaire romain, et admise par des savants, comme Baronius ; elle est confirmée aussi par ce que nous allons raconter. À son Re saint Léon fut reçu avec le plus vif enthousiasme.

Le Pape prescrivit aussitôt des prières publiques pour remercier Die mais ce peuple léger, ingrat et corrompu, après quelques jours consacrés à ces témoignages de reconnaissance, se précipite avec plus de fureur aux jeux du cirque, aux théâtres, à la débauche. L'empereur Valentinien donne l'exemple de cette dégradation par les actes de l’immoralité la plus révoltante. Les beaux esprits du temps, pour se dispenser de rendre grâces à Dieu et à ses Saints de la retraite d’Attila, attribuent le succès de l’ambassade de saint Léon à l'influence salutaire des étoiles. Le cœur du Pontife est profondément affligé à la vue de ces désordres et de cette coupable ingratitude. Le jour de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul étant venu, saint Léon prononça devant le peuple cette homélie, avec les accents de la douleur la plus expressive et d’une sévérité adoucie par une tendresse toute paternelle :

« Mes bien-aimés, la solennité religieuse établie à l’occasion du jour de notre délivrance, où toute la multitude des fidèles affluait à l’envi pour rendre grâces à Dieu, a été en dernier lieu presque universellement négligée : c’est un fait qu'a mis en évidence le petit nombre même de ceux qui ont assisté à cette sainte cérémonie : un abandon si général a jeté dans mon cœur une profonde tristesse et l’a pénétré des plus vives appréhensions. Car il y a beaucoup de danger pour les hommes à se montrer ingrats envers Dieu et à mettre ses bienfaits en oubli, sans être touchés de repentir, malgré les punitions qu’il inflige, et sans éprouver aucune joie, malgré le pardon qu’il accorde. Je crains donc, mes bien-aimés, qu’on ne puisse appliquer à des esprits aussi indifférents cette parole du Prophète : « Vous les avez frappés, et ils ne l’ont point senti; vous les avez brisés de coups; et ils n’ont point voulu se soumettre au châtiment ‘ ». Quel amendement, en effet, peut-on apercevoir chez des gens en qui on remarque un éloignement si prononcé ? Je rougis de le dire; mais je suis obligé de le déclarer : on dépense plus pour les démons que pour les Apôtres; des spectacles insensés attirent une foule plus pressée que la basilique des bienheureux martyrs. Qui donç a sauvé cette ville ? qui l’a arrachée à la captivité? qui enfin l’a soustraile aux horreurs du carnage? Est-ce aux divertissements du cirque

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