‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 177 sur 339 · LETTRE DE SAINT LÉON A SAINT FLAVIEN DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

LETTRE DE SAINT LÉON A SAINT FLAVIEN DE CONSTANTINOPLE

Comme il est probable que tous nos lecteurs ne possèdent pas, soit une histoire universelle de l'Eglise, soit un grand cours de théologie, soit les œuvres de saint Léon, et qu’il serait malheureux qu'un seul demeurât privé de la lecture de ces sublimes pages de l'antiquité chrétienne, nous allons en reproduire toute la partie théologique :

« Le cœur de ce vieillard (Eutychès) n’a pas entendu ce que la voix de ceux qui se préparent au baptème proclame dans le monde entier. Ne sachant pas ce qu’il devait penser de l’Incarnation du Verbe de Dieu, et pour acquérir la lumière nécessaire, ne voulant pas explorer le vaste domaine des saintes Ecritures, il aurait au moins dû prêter l'oreille à la confession que tous les fidèles prononcent d’une voix unanime, disant qu'ils croient en Dieu, le Père lout-puissant, et en Jésus-Christ, son fils unique, engendré par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie. Par ces trois articles, presque toutes les inventions des hérétiques sont anéanties. Car puisque l’on croit en un Dieu tout-puissant et Père, on atteste en mème temps par là que le Fils est coéternel avec lui, qu'il ne diffère en rien du Père, puisqu'il est Dieu de Dieu, tout-puissant du tout-puissant, coéternel, né de l’Eternel. Pas plus tard dans le temps, sans être moindre en puissance, ni différent en gloire, ni divisé quant à la substance, c’est le même Fils éternel du Père éternel, qui est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Cette génération temporelle n’a point diminué sa génération éternelle et n’y a non plus rien ajouté; mais elle a été employée tout entière pour la réparation de l’homme déchu, afin qu'il püt vaincre la mort et triompher du démon, qui avait le pouvoir de la mort. Car nous ne pouvions pas soumettre l’auteur du péché et de la mort, si celui que le péché ne peut souiller et que la mort ne peut enchainer, n’eût pris notre nature et ne l’eût faite sienne. (lei le Pape cite comme preuve Matthieu, 1, 1; Paul aux Romaïns, 1, 1; Genèse, XII, 3, 18; Galates, 111, 8; Isaie, Vit, 143; Matthieu, 1, 23; Luc, 1, 45). Puis il continue :

« Si l'on objecte que la Conception de Jésus-Christ ayant été l’œuvre du Saint-Esprit, sa naissance n'a pas été purement humaine, il faut répondre que l’on ne doit pas conclure de là que le caractère rouveau de cette création ait rien Ôté au caractère distinctif de la nature. Le Saint- * Esprit a donné la fécondité à une Vierge, mais la réalité du corps a été prise du corps de cette

Vierge, et dans cette maison qu'il s'était construite, le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous, c'est-à-dire dans la chair qu'il avait prise de l’homme et qu'il avait remplie de l'esprit de vie intelligente. C’est ainsi que chaque nature et chaque substance ayant conservé intactes ses propriétés distinctives, mais s'étant réunies pour ne former qu'une seule personne, l'humilité a été adoptée par la majesté, la faiblesse par la force, la mortalité par l'éternité; et pour effacer le crime de notre race, la nature invulnérable s’est unie à celle qui pouvait souffrir, afin que, suiyant qu'il était nécessaire pour notre salut, le même médiateur, Dieu et homme, Jésus-Christ, püt mourir comme homme et rester éternel comme Dieu. C’est ainsi que dans la nature entière et parfaite du véritable homme le vrai Dieu est né, tout entier dans la sienne, tout entier dans la nôtre. Or, la nôtre est celle dans laquelle le Créateur nous avait d’abord formés, et qu'il s’est chargé de rétablir. Car, dans le Rédempteur, on ne voit aucune trace du mal apporté par le trompeur et du mal accepté par l’homme trompé. Et de même, quoique Jésus-Christ ait pris sur lui la communauté des faiblesses, il n’a aucune part à nos fautes. Il a pris la forme de la servitude sans la souillure du péché, il a rehaussé l'humanité sans rabaisser la divinité, parce que l’abaissement au moyen duquel l’invisible s’est rendu visible, par lequel le créateur et Seigneur de toutes choses a voulu devenir un des mortels, a été l'effet de son penchant pour la miséricorde et non point une diminution de sa puissance. Celui-là même qui restait dans la forme de Dieu a fait l’homme, est devenu homme lui-même, sous la forme de l’esclave. Le Fils de Dieu entré dans ce monde en descendant de son trône céleste, mais sans abandonner la gloire de son Père, est donc né d’une nouvelle naissance dans un nouvel ordre de choses. Nous disons dans un nouvel ordre de choses, car Celui qui, dans le sien, est invisible, est devenu visible dans le nôtre ; l’incompréhensible a voulu être compris. Celui qui était avant tous les temps a commencé à exister dans le temps; le Seigneur de l'univers, en voilant sa majesté, a pris la forme des esclaves ; le Dieu impassible n’a pas dédaigné de devenir un homme passible, et l’immortel de s'assujétir aux lois de la mort. Nous répétons encore qu'il est né d'une nouvelle naissance, car la virginité restée intacte, n’a pas connu la volupté et a donné pourtant la matière de la chair. C'est la nature, et non pas le péché, que Jésus-Christ a reçue de la mère du Seigneur ; et parce que la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, engendré dans le sein de la Vierge, est miraculeuse, sa nature n’en est pas pour cela différente de la nôtre. Car le vrai Dieu est aussi vrai homme; cette unité n’est point un mensonge, car l'humilité et la grandeur de Dieu se sont réciproquement unies et pénétrées. De même que Dieu n'est point rabaissé par la miséricorde, l'homme n’est pas absorbé par la dignité. Chacune des deux formes, divine et humaine, fait, en communauté avec l’autre, les opérations qui lui sont propres. Pendant que le Verbe fait ce qui est du Verbe, la chair exécute ce qui est de la chair. Le premier brille avec éclat dans les miracles, la seconde succombe sous les outrages. De même que le Verbe demeure dans légalité de gloire avec son Père, la chair n’abandonne pas la nature de notre race. Car le Rédempteur, toujours un et le même, est, nous ne pouvons trop le répéter, vraiment Fils de Dieu et vraiment Fils de l’homme. Il est Dieu, puisqu'il est dit : Dans le commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu ; et Dieu le verbe est dans l’homme, puisque le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous ; il est Dieu, puisque tout a été fait par Lui et que rien n’a été fait sans lui. Homme, puisqu'il est né de la femme et sous l'empire de la loi. La naissance de la chair montre la nature humaine ; la conception de la Vierge est le signe dela puissance divine ; la faiblesse de l'enfant se voit dans l'humilité du berceau; la gloire du Très- Haut se manifeste dans la voix des anges. Celui qu'Hérode veut faire cruellement mourir entre dans la vie comme un homme ; mais c’est le Seigneur de l'univers que les Mages viennent humblement adorer. Afin que l’on n’ignorât pas que la divinité était couverte de l'enveloppe de la chair, quand ilse fit baptiser par Jean, son précurseur, la voix du Père retentit dans le ciel, en disant : Celui-ci est mon fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute mon affection. Celui-là même qui, comme homme, est tenté par les artifices du diable, est, comme Dieu, servi par les anges. La faim, la soif, la fatigue et le sommeil sont évidemment de l'homme ; mais rassasier cinq mille hommes avec cinq pains, mais distribuer à la Samaritaine une eau vive dont celui qui en boit ne souffre plus jamais dela soif, mais marcher d’un pied assuré sur les flots de la mer, conjurer la tempête et apaiser les vagues de la mer, sont des actes incontestablement d'un Dieu. Ce n’est certes pas la même nature qui, saisie d’une profonde douleur, pleure l’ami qui vient de mourir, et, par la seule puissance de sa parole, rappelle à la vie celui qui était couché depuis quatre jours dans la tombe ; ce n’est pas la même nature qui se laisse attacher à la croix et change le jour en nuit et fait trembler la terre; qui se laisse percer les membres de clous et ouvre les portes du paradis au larron qui prononce une parole de foi; ce n’est pas non plus la même nature qui dit : Moi et mon Père nous sommes un, et: Mon Père est plus grand moi. C'est cette unité de personne dans chacune des deux natures qui fait dire que le Fils de l'homme est descendu du ciel, et que le Fils de Dieu a pris corps dans le sein de la Vierge qui l’a concu ; que le Fils de Dieu a été crucifié, a été enseveli, et pourtant qu’il n’a pu l’être dans la divinité même, par laquelle il est égal au Père en éternité et en substance, mais dans la faiblesse de la nature humaine. C’est pourquoi tout le monde confesse, dans le symbole, que le Fils de Dieu a été crucifié et enseveli, conformément à ces paroles de l'Apôtre : S'ils l'avaient connu, ils n’eussent jamais crucifié le Seigneur de majesté, Mais après la résurrection de Jésus-Christ, qui a été réellement la résurrec-

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rection da vrai corps, puisqu'aucun autre n'a été ressuscité que celui qui avait été crucifñé et enseveli, qu'est-il arrivé pendant ces quarante jours, si ce n’est que l’ensemble de notre foi a été dégagé de toute obscurité. Toutes les apparitions du Seigneur, tout ce qu'il a fait et dit n’a servi qu’à faire connaître comment le caractère distinctif des deux natures, divine et humaine, est resté le même sans partage. C’est cette sainteté de la foi qu'Eutychès méconnaît totalement, puisqu'il ne veut pas voir notre nature dans le Fils de Dieu, ni dans l’abaissement de la mortalité, ni dans la gloire de la résurrection, et qu'il méprise cette parole de l’évangéliste saint Jean : Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu dans une chair véritable est de Dieu, et tout esprit qui divise {solvil) Jésus-Christ n’est point de Dieu ; et c’est là l’antechrist. Mais qu'est-ce que Jésus- Christ appelle solvere, si ce n’est séparer de Lui la nature humaine et anéantir, par d’impudentes fictions, le mystère par lequel nous sommes tous sauvés? Or, celui qui est dans une si grande ignorance sur la nature du corps de Jésus-Christ, celui-là doit aussi enseigner, dans le même aveuglement, des choses insensées sur la Passion. Car s’il ne tient pas la Croix du Seigneur pour un mensonge, et s’il ne doute pas que la mort qu’il a soufferte pour le salut du monde, n'ait été véritable, il doit nécessairement croire à la véritable humanité de Celui dont il croit la mort. Donc, s’il confesse la foi des chrétiens, et s’il n’arrache pas de son cœur la révélation angélique, il examinera quelle est la nature qui a été percée de clous, qui a été attachée à la croix, d’où a découlé du sang et de l’eau lorsque le flanc du Crucifié a été percé (uf ecclesia Dei et lavacro rigaretur et poculo). Qu'il écoute aussi le saint apôtre Pierre, annonçant que l'esprit est sanctifié, quand il participe au sang de Jésus-Christ, et que ce n’est pas par de l'argent ou de l'or corruptible que nous sommes rachetés, mais par le sang précieux de Jésus-Christ, l'agneau sans tache. Il ne résistera pas au témoignage du saint apôtre quand il dit : Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tous nos péchés et dans un autre endroit : Cette victoire par laquelle le monde est vaincu est l'effet de notre foi ; et encore : Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est le Fils de Dieu ? C’est ce même Jésus-Christ qui est venu avec Veau et avec le sang; non-seulement avec l’eau, mais avec le sang; et c’est l’esprit qui rend témoignage que Jésus-Christ est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont une même chose. Oui, certes, l'esprit de la sanctification, le sang de la rédemption et l’eau du baptême, lesquelles trois choses ne sont qu'une et ne peuvent être séparées. L'Eglise catholique vit et se perpétue par cette foi que dans Jésus-Christ l'humanité n’est pas sans véritable divinité, ni la divinité sans véritable humanité ».

Voir l'AÆistoire de saint Léon, par M. de Saint Chéron.

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Vers 695, — Pape : Sergius Ier. — Roi des Francs : Clovis IN.

La vie d'une femme chrétienne doit être cachée en Dieu.

Godeberte naquit vers 640 près d'Amiens, à Boves, selon les uns, à la Neuville-au-Bois, selon les autres, conformément à l’ancienne tradition locale conservée dans ce dernier village.

Ses parents, aussi illustres par leur piété que par leur noblesse, prirent un grand soin de son éducation ; et comme elle se portait d'elle-même à la pratique de la vertu, elle passa sa jeunesse, suivant l’étymologie de son nom, dans un zèle et un amour très-fervents pour Dieu, car Godeberte signifie ferveur. Elle manifestait la plus grande confiance dans l’intercession des Saints et dans la puissance du signe de la croix.

Dès qu’elle fut en âge d’être mariée, elle ne manqua pas de partis avantageux. Ses parents, néanmoins, n’osèrent donner parole à personne, sans la permission du roi Clovis IT, de la libéralité duquel ils tenaient leur domaine.

Tandis que cette affaire se traitait devant le roi, et que chacun attendait

sa volonté pour savoir à qui la jeune fille serait donnée, saint Eloi, évêque de Noyon, se présenta au milieu de la compagnie ; et, poussé d’un mouvement divin, donna son anneau d’or à la vierge Godeberte, la fiançant, par ce moyen, en présence du roi et de ses parents, à Notre-Seigneur Jésus- Christ, l’unique époux des vierges. On admira cette action du saint évêque, et chacun en parlait selon ses sentiments : mais on vit bientôt qu’il avait été inspiré du Saint-Esprit ; car, à la même heure, la jeune Godeberte se sentit embrasée d’une si vive flamme de l’amour divin, que, méprisant le monde, foulant aux pieds toutes ses vanités, et renonçant à tous les plaisirs du corps, elle supplia de tout son cœur le saint prélat de la consacrer à Dieu pour jamais, et de lui donner le voile des vierges : ce qu’il lui accorda. Elle le choïsit aussi pour son père spirituel, et s’abandonna entièrement à une si sage conduite. |

Le roi de France, touché d’une si pieuse résolution, assista à la cérémonie, et céda le palais qu'il avait au faubourg de Noyon !, à sainte Godeberte, avec un oratoire de Saint-Georges, afin qu’elle s’y retirât, et y servit Dieu en la compagnie de douze autres filles, dont elle entreprit la direction, suivant l’ordre et la règle que leur prescrivit saint Eloi (656).

Sainte Godeberte vécut ainsi avec ses filles dans la solitude, ne conversant qu'avec Dieu, passant les nuits en prières, et mortifiant son corps par le jeûne, la discipline et les autres austérités religieuses. Sa vie tout entière était un perpétuel holocauste au Seigneur, qui la récompensa par la conversion des païens qui avaient jusque-là résisté aux lumières de la foi ?, et par la puissance des miracles qui ont rempli cette vie toute merveilleuse.

Un horrible peste sévissait à Noyon : riches et pauvres, enfants et vieillards, nobles et plébéiens, tous tombaient sous ses coups. Ceux qui pouvaient fuir laissaient leurs maisons abandonnées, et la contagion était si foudroyante qu’on n’osait point toucher aux cadavres pour leur rendre les suprêmes devoirs de la sépulture.

Godeberte, voyant la désolation qui régnait dans la ville, engagea le clergé à prescrire un jeûne de trois jours. A l’exemple de Judith exhortant les habitants de Béthulie, elle exaltait l'efficacité de la pénitence, fleuve mystique dont les ondes salutaires lavent les souillures de l’iniquité. Elle rappelait l’histoire de David rentrant en grâce auprès du Seigneur, du reniement de saint Pierre pardonné, de la conversion du bon larron, de Marie-Madeleine noyant dans ses larmes les souvenirs du passé. On se rendit aux prières de Godeberte ; les trois jours de jeûne ayant été rigoureusement observés, le fléau destructeur cessa ses ravages.

A quelque temps de là, probablement en 676, un violent incendie menaça d’embraser la cité tout entière. Godeberte, épuisée par les austérités, gisait sur son lit de douleurs : mais son abattement physique n’altérait point la sérénité de son esprit ni l’ardeur de ses prières. Cependant l'incendie, propageant ses ravages, gagnait les abords de la basilique Sainte-Marie ; on ne comptait plus que sur Dieu pour assurer le salut de cet édifice construit par saint Médard, et chacun fuyait le théâtre effrayant du sinistre. Godeberte, oubliant alors ses souffrances, se fit transporter, sur une chaise, au foyer

1. Le palais donné par Clovis IL à sainte Godeberte se trouvait à l'endroit où est aujourd'hui l'hôtel du Chevalet, place du Blé (1872).

2. Il est certain qu'une partie du Noyonnais était encore plongée, au vire siècle, dans les ténèbres du paganisme. Nous en trouvons une preuve évidente dans le traité composé par saint Eloi, sous le titre de de Rectitudine conversationis. 11 y engage son peuple à ne point pratiquer les cérémonies des païens, à ne pas observer les Augures, à ne pas invoquer les nome de Neptune, de Diane et de Minerve, à ne rendre aucun culte aux, Termes, aux fontaines, aux arbres, etc.

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même de l'incendie, se signa du signe de la croix et arrêta soudain l’activité des flammes.

Ce fut également par un signe de croix, formé sur les yeux d’une aveugle nommée Transirique, que Godeberte rendit la vue à cette pauvre femme qui avait mis en elle toute sa confiance. L’aveugle fit ses vœux dans le monastère de Noyon, prouvant ainsi que la grâce avait illuminé son âme, en même temps que la lumière du jour avait éclairé ses yeux.

Bien différente était Vulgude ; entrée dans ce même monastère pour y pratiquer la perfection, elle le scandalisait par l’aigreur de son caractère et par ses désobéissances. Un jour, elle alla même jusqu’à injurier grossièrement sa supérieure : celle-ci, indignée, lui cracha au visage. L’incorrigible sœur devint soudain aveugle et resta dans ce misérable état jusqu’à la fin de ses jours. « Le bon et naïf Le Vasseur, dit Monsieur l’abbé Laffineur, a trouvé jusqu’à dix raisons pour justifier cet acte de sainte Godeberte. Si cette sévérité de Godeberte paraissait étrange à quelques lecteurs, on pourrait, sans proposer à l’imitation cet acte extraordinaire, rappeler que les saints, inspirés de Dieu, ont des vues plus hautes que les nôtres ; que l’âme est plus précieuse que le corps avec ses organes ; que si un médecin sacrifie un membre pour sauver les autres, on comprend que sainte Godeberte, pour corriger une sœur opiniâtre, l'ait frappée d’aveuglement, afin de guérir son obstination et d'ouvrir son âme à une lumière plus nécessaire que celle des yeux. Nous rappellerons encore que saint Paul, au livre des Actes, a infligé pareil châtiment à Elymas, dont la malice entravait la prédication de l'Evangile ». :

La renommée de Godeberte s’étendit au loin et attira vers elle un grand nombre de malades qu’elle rendit à la santé ; mais le souvenir détaillé de ces miracles n’est point parvenu jusqu’à nous.

Godeberte était mûre pour le ciel. Dieu la ravit aux épreuves d’ici-bas pour la revêtir du vêtement incorruptible de la gloire. On sait qu’elle mourut le 11 avril, à la fin du vrr° siècle ou au commencement du vi, sans qu’on en connaisse l’année précise.

Godeberte fut ensevelie, près de son monastère, dans l’oratoire de Saint-Georges, qui devait prendre plus tard le nom des saints Apôtres, et être ensuite remplacé par une église dédiée sous son invocation.

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