SAINT ZÉNON, ÉVÈQUE DE VÉRONE
Epoque incertaine.
Tous les historiens qui ont écrit sur saint Zénon, dont nous donnons ici les actes, conviennent qu’il a été évêque de Vérone ; mais ils sont fort partagés lorsqu'il s’agit de savoir si sa mort a été violente, ou si elle a été seulement naturelle : ainsi, les uns l’appellent Confesseur, et les autres le nomment Martyr. Mais, sans décider cette question, d’où ne dépend pas absolument la gloire de ce très-digne Prélat, nous nous contenterons de rapporter ici ce qu’il y a de plus certain dans sa vie.
Il était originaire de Vérone, en Italie, et s'était retiré dans un monastère situé à l’endroit le plus écarté de la ville ; là, par des jeûnes et des oraisons continuels, il demandait souvent à Dieu la grâce et le talent de la prédication, afin de pouvoir convertir les idolâtres et exhorter tout le monde à la pénitence et à l’amour de Jésus-Christ. Ayant été élu évêque, il s’acquitta dignement, et avec succès, de ce ministère; il retira plusieurs âmes des ténèbres de l’idolâtrie et du péché, et remvorta de grandes victoires sur l'ennemi du genre humain.
La plus éclatante de toutes fut lorsqu'il délivra la fille de l’empereur Gallien ; le démon la tourmentait avec tant de violence, qu’elle semblait sur le point d'être suffoquée. Un jour qu’elle était plus tourmentée qu’à l'ordinaire, elle s’écria de toutes ses forces qu’elle ne pourrait être soulagée que par l’évêque Zénon, et le démon, qui parlait par sa bouche, avoua aussi qu’il ne la quitterait que par le commandement du Saint. L’empereur, quoiqu'un des plus insignes persécuteurs des chrétiens, oublia pour lors la haine qu’il avait conçue contre eux ; et, touché du malheur de sa fille, il envoya aussitôt chercher Zénon, qui entreprit cette cure pour la plus grande gloire de Dieu. À peine fut-il arrivé au palais, et entré dans la chambre de la possédée, que le démon commença à jeter un cri effroyable, en disant : « Zénon, tu es venu pour me chasser, et je ne puis plus subsister ici en la présence de ta sainteté qui m'épouvante ». Le Saint ayant entendu ces paroles, prit la main de la princesse, et, s’adressant à cet esprit orgueilleux, lui dit : « Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je te commande de quitter cette jeune fille et de sortir de son corps ». Le démon obéit aussitôt à cet ordre ; mais il lui dit : « Puisque je suis chassé d’ici par ta puissance, je m'en vais à Vérone, et tu m’y trouveras à ton retour ». L'empereur, quand il vit sa fille délivrée, ne sut comment témoigner sa reconnaissance au saint Evêque : il ôta la couronne royale de dessus sa propre tête et la mit sur celle du Saint, en lui disant ces paroles : « Je ne puis faire un plus digne présent au médecin salutaire qui a guéri ma fille, qu’en lui présentant la couronne que je porte ». Le peuple, qui était accouru en foule au palais, voyant un miracle si évident, renonça au paganisme et pria le Saint de l'instruire des voies du salut et de lui donner le saint Baptème : ce qu’il
1. Nous devons avertir le lecteur qu'il règne sur la patrie, l'époque, le martyre même, et toute la vie de saint Zénon, la plus grande incertitude. Les avis sont toujours partagés à ce sujet. (Voyez le tome vr de Dom Ceillier, édit. Vivès, p. 271 et suiv.) I1 nous a donc été impossible de réformer le Père Giry. Nous le laissons tel qu'il ert.