‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 191 sur 339 · P. 36, edit. Ben · texte numérisé non relu

P. 36, edit. Ben

8. Cette épître est attribuée à saint Justin dans tous les anciens manuscrits, et l'on ne peut la lui contester, selon Cave, Ceillier, Maran, etc, Le style en est plus fleuri et plus élégant que celui des autres ouvrages du saint Docteur; mais on aurait tort d'en inférer qu'il n’en est point l’auteur, comme l'ont montré les critiques que nous venons de citer. À la vérité, cette épître n'est citée ni par Eusèbe ni par saint Jérôme. Ils ne citent point non plus les ouvrages d'Athénagore : en conclura-t-on pour cela qu'ils sont supposés ? L'art de l'imprimerie n'ayant été inventé que fort tard, est-il étonnant qu'il leur soit échappé quelques écrits? Tillemont prétend que l'auteur de l'épitre dont ïl s'agit est plus ancien que saint Justin, parce qu'il se qualifie disciple des Apôtres : maïs cette raison ne prouve absolument rien. Saint Justin pouvait prendre le même titre, lui qui était contemporain de saint Polycarpe et d'autres saints personnages qui avaient vu quelques-uns des Apôtres.

4. Dom Le Nourri, Appar. in Bibl. Patr., t. 1, p. 445, dit que Diognète éfait juif : mais il est visible qu’il se trompe, puisque Diognète est appelé adorateur des dieux, dans 18 lettre qui lui est adressée par saint Justin.

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corps, et ne craindrez que la mort éternelle de l’âme, avec ce feu qui ne s’éteindra jamais. Quand vous saurez ce que c’est que ce feu, vous envierez le bonheur de ceux qui souffrent les flammes pour la justice. Je ne parle pas de choses auxquelles j je sois étranger ; ayant été disciple des Apôtres, je suis établi pour enseigner les nations, etc. »

Saint Justin ne combattit pas l’ hérésie avec moins de force que le paganisme. Il écrivit contre Marcion des ouvrages que saint Jérôme appelle excellents : ïls se sont perdus ainsi que plusieurs autres écrits auxquels les anciens donnent de grands éloges.

L'an 150, il composa une apologie publique, adressée à l’empereur Antonin, à ses fils, au sénat, et au peuple romain, pour les personnes de toutes conditions qui sont haïes et maltraïtées injustement. Ce seul titre indique la force de son raisonnement ; il laisse de côté la question religieuse, et examine si les chrétiens sont jugés selon les lois. La manière de procéder contre eux était une persécution, non un jugement. On leur imputait, pour la forme, les crimes les plus énormes, mais, de fait, on ne punissait en eux que le nom et la profession du christianisme. Pour être absous, il suffisait de nier qu’on fût chrétien, et ceux qui se disaient chrétiens étaient punis sans autre enquête, tandis que la justice exige qu’on examine la vie de chacun et qu’on le punisse selon ses œuvres. Voilà ce que demande saint Justin. « Mais quels crimes reprochait-on aux chrétiens? d’abord d’être athées : nous le sommes, en effet », dit-il, « à l'égard des faux dieux que nous refusons d’adorer, mais non pas à l’égard du vrai Dieu, père de la justice, de la chasteté et de toutes les autres vertus, sans mélange d'aucun vice. Nous l’adorons en vertu et en vérité, nous l’adorons conjointement avec le fils qui est sorti de lui et nous a enseigné ces choses, ainsi qu'aux anges fidèles : nous l’adorons conjointement avec l'esprit prophétique. Rien de plus saint, de plus efficace que la doctrine chrétienne. Les espérances des chrétiens ne sont pas pour cette vie : de là leur constance dans le malbeur, au milieu des supplices, en face de la mort. Personne ne contribue plus au bon ordre et à la paix d’un Etat que le chrétien, car il est persuadé que personne ne peut se cacher aux regards de Dieu, ni le méchant, ni l’avare, ni le traître, ni l’homme de bien, et que chacun marche à un supplice ou à un salut éternel, selon le mérite de ses œuvres ».

« Si tous les hommes croyaient à ces vérités, personne ne choisirait le vice pour un peu de temps, sachant que le vice le conduirait au feu éternel ; il n’y aurait rien qu'il ne fit pour se contenir et acquérir la vertu, afin d’obtenir les biens qui viennent de Dieu. Ni vos lois, ni vos supplices, ne retiennent point les méchants : ils savent que l’on peut se cacher de vous qui n'êtes que des hommes; mais s’ils étaient persuadés qu'il y a un Dieu à qui il est impossible de rien cacher, non-seulement de nos actions, mais de nos pensées, vous conviendrez vous-mêmes que la crainte au moins les rendrait sages. Vous semblez craindre (en abolissant le christianisme, seul frein du mal) que tout le monde ne vive bien et que vous n’ayez plus personne à punir : c’est penser en bourreaux et non en princes. On reprochait aux chrétiens, comme une folie, d’adorer un Dieu crucifié. Eh bien ! c’est pourtant ce culte, cette folie de la croix, qui réforme nos mœurs. Autrefois, nous aimions la débauche, à présent nous n’aimons que la pureté; nous qui cherchions l’avenir dans l’art magique, nous nous abandonnons aujourd'hui à la providence de Dieu; nous ne cherchions que les moyens de nous enrichir, et maintenant nous mettons en commun nos biens pour en faire part aux autres. Nous nous haïssions souvent jadis jusqu’à la mort et, sui-

vant l’usage, ne mangions qu'avec nos compatriotes : depuis la venue de Jésus-Christ, nous prions pour nos ennemis, et, malgré les différences de nations, vivons familièrement dans une sainte société. Nous nous efforçons de convertir nos persécuteurs, et nous pourrions en citer plusieurs qui ont déjà changé de vie, en voyant les vertus des chrétiens. Les préceptes de ce Crucifié sont aussi admirables que courts et concis; quelle pureté divine dans sa morale, par exemple sur la chasteté : il condamne jusqu'aux pensées contraires à cette vertu. Il y a (c’est toujours saint Justin qui parle de son temps) plusieurs personnes de l’un et de l’autre sexe, qui, à l’âge de soixante à soixante-dix ans, conservent la pureté, ayant suivi dès l’enfance la doctrine de Jésus-Christ; et je me vante d’en pouvoir montrer de tels dans toutes les conditions : je ne parle pas du nombre infini de ceux qui, du désordre, ont passé à la vie réglée ».

Le Saint continue de rapporter les préceptes de l'Evangile, sur l’amour des ennemis, sur l’aumône et le désintéressement, sur la patience, sur l’obéissance aux princes. Il prouve ensuite la vérité de la religion chrétienne par les prophéties : il rapporte les principales qui regardent Jésus-Christ : Si vous voulez savoir, dit-il, comment tout ce qui avait été prédit sur la passion de Jésus-Christ s’est accompli, lisez les Actes de Pilate (relation du procès de Jésus-Christ envoyée à l’empereur Tibère.) Il renvoie à ces mêmes actes pour prouver que Jésus-Christ a guéri des aveugles et des lépreux, et ressuscité des morts. Il fait voir que la ruine de Jérusalem et la propagation du christianisme se sont accomplies telles qu’elles avaient été prédites; il prétend que les philosophes ont emprunté aux Prophètes plusieurs de leurs dogmes, Platon, en particulier, à Moïse, et il montre très-bien que l'Eglise, seule bonne maîtresse du genre humain, communique la lumière et la sagesse, non pas à quelque initié, mais à tous, aux plus petits. « Chez nous », dit-il, « on peut apprendre ces vérités de ceux mêmes qui ne savent pas lire, qui sont grossiers et barbares pour le langage, mais sages et fidèles par l'esprit ». Il fait remarquer ensuite que les empereurs permettaient le libre exercice de toutes les religions, excepté de la religion chrétienne, et qu'ils laissaient même des imposteurs se faire reconnaître comme Dieu. On fait une absurde calomnie, lorsqu'on accuse ces chrétiens de manger des enfants : les chrétiens ont la plus grande tendresse, le plus grand respect pour les enfants : nous ne nous marions, dit-il, que pouf élever des enfants; quand nous renonçons au mariage, c’est pour garder la continence parfaite. Mais les païens ont la coutume d’exposer les enfants, quand ils ne veulent pas les nourrir, soit par pauvreté, soit pour quelque autre raison, et les philosophes mêmes l’autorisent. Ces enfants, ainsi exposés, périssent, ou sont nourris comme des troupeaux de bétail, et destinés à la prostitution et à des usages qu’on ne peut nommer. Dans la primitive Eglise, les fidèles ne faisaient point connaître aux païens leurs mystères, leurs pratiques, pour ne point les exposer au mépris, à la risée. Saint Justin en parle cependant pour repousser les calomnies; il explique en quoi consiste le baptème, l’Eucharistie, la messe, la sanctification du dimanche : « le jour du soleil (c’est ainsi que les païens nommaient le dimanche), tous ceux qui demeurent à la ville ou à la campagne, s’assemblent en un même lieu, on lit les écrits des Apôtres et des Prophètes; puis, celui qui préside fait un discours au peuple pour l’exhorter à imiter de si belles choses; ensuite, nous nous levons tous et nous faisons nos prières; lorsqu'elles sont faites, on offre, comme je vous l’ai dit, du pain, du vin et de l’eau. Le prélat fait la prière et l’action de grâce, et le peuple répond Amen; on distribue aux assistants

les choses sanctifiées, et on les envoie aux absents par les diacres. On fait une quête, dont le produit, confié au prélat, sert à assister les orphelins, les malades, les pauvres, les prisonniers, les étrangers; en un mot, le prélat est chargé de tous les nécessiteux. Nous nous assemblons le jour du soleil, parce que c’est le premier où Dieu fit le monde, et que Jésus-Christ ressuscité en ce jour, apparut à ses disciples, et leur enseigna ce que nous vous avons exposé. Si vous trouvez cela raisonnable, respectez-le : si vous le jugez ridicule, méprisez-le; mais ne condamnez pas à mort des gens qui n’ont fait aucun mal ».

On croit que cette apologie produisit son effet et fit diminuer la persécution. Antonin envoya en Asie un rescrit où se lisent les paroles suivantes : «Plusieurs gouverneurs de provinces ayant écrit à mon père au sujet des chrétiens, il répondit qu’il ne fallait point les inquiéter, à moins qu’ils ne fussent convaincus d’avoir entrepris quelque chose contre l'Etat. Ayant été moi-même consulté sur le même sujet, j’ai répondu que si quelqu'un était accusé simplement d’être chrétien, on devait le renvoyer absous, et faire subir à son accusateur la peine portée par les lois ! ». D’après Orose et Zonare, ce fut l’apologie de saint Justin qui détermina l’empereur à envoyer un ordre semblable.

Pendant le calme qui succéda à la persécution, notre Saint, qu’on appela un voyageur missionnaire, quitta Rome pour aller en Asie. Avant son retour, sur le point de partir d'Ephèse, lorsqu'il n’attendait plus qu’un temps favorable à la navigation, et se promenait dans les galeries publiques de la ville, son manteau le fit reconnaître pour philosophe; un autre philosophe, Tryphon, juif le plus renommé de son temps, qui se promenait à ce même endroit, accompagné de six amis ou disciples, l’aborda et eut avec lui un

entretien qui dura deux jours.

Saint Justin mit, depuis, ces conférences par écrit et les publia sous le titre de Dialogue avec Tryphon. C'est le plus étendu des écrits de notre Saint. En voici une très-courte analyse :

Justin s'étonne de ce qu’un juif, qui possédait la Bible, cherchât quelque chose pour les grandes vérités religieuses, chez les philosophes qui ne savent rien. Il le prouve en racontant sa propre histoire, sa conversion, et se fait fort de démontrer que la vérité se trouve dans la Bible et dans la doctrine chrétienne. Voilà l'introduction. Le corps de l’ouvrage se divise en trois parties : dans la première, il montre que l’ancienne loi n’était que pour un temps, et qu’elle est maintenant remplacée par la nouvelle.

Dans la deuxième partie, il fait voir que le Christ est Dieu et Sauveur : car 4° il est le Messie promis dans l’Ancien Testament; 2° l’Ancien Testament parle déjà d’une seconde personne divine; 3° l’Ancien Testament parle également de la naissance surnaturelle et de la dignité divine du Christ, de son crucifiement et de la rédemption par la croix; enfin, de la résurrection générale de tous les hommes.

Dans la troisième partie de son dialogue, saint Justin traite de la vocation des Gentils et de l’établissement de l'Eglise; il exclut du royaume céleste les hérétiques aussi bien que les infidèles.

« Il me semble, dit saint Justin, que, par ces discours, je devrais persuader les esprits les plus obtus, car ce n’est pas moi qui les ai préparés par un arbfice humain. Ce que je vous ai dit, David l’a chanté, Isaïe et Zacharie l'ont prêché, Moïse l’a écrit. Vous le reconnaissez, Tryphon, tout cela se

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