Eusèbe, Æist., 1. 1v, ç
trouve dans vos livres, ou plutôt dans les nôtres : car nous les croyons, et vous, vous les lisez sans les entendre ».
En effet, nous voyons régner dans ces dialogues de saint Justin, une grande intelligence des saintes Ecritures, surtout des Prophètes. Il en cite tant, et de si longs passages, qu’on est porté à croire qu'il les savait par cœur. Tout ce qui, dans les livres de l’Ancien Testament, peut s’alléguer de plus clair, de plus fort, de plus propre à convaincre l’opiniâtreté judaïque, il lemploie avec une force si merveilleuse, que Tryphon et ses amis ne savaient que répondre.
Saint Justin répète plusieurs fois, en ce dialogue, que l’Eucharistie est le sacrifice qui doit être offert à Dieu, du levant au couchant, même parmi les Gentils, suivant la nrophétie de Malachie, et il nomme expressément l’Eucharistie sacrifice. « Le pain et la coupe eucharistiques », dit-il, «ne sont pas un aliment commun et un breuvage ordinaire, mais la chair et le sang du Verbe de Dieu incarné t ». Il atteste que les dons miraculeux du Saint-Esprit, tels que ceux de guérir les malades et de chasser les démons, par l’invocation du nom de Jésus-Christ, étaient alors fréquents parmi les disciples de Jésus-Christ. Obligé d'admettre que le Christ, vrai Fils de Dieu et vrai Dieu, lumière des nations, devait naître d’une Vierge et être sujet à la souffrance et à la douleur, Tryphon pria Justin de lui démontrer par les prophéties, que le Christ devait souffrir la mort honteuse dela croix, lorsque les livres saints maudissent ceux qui sont condamnés à ce genre de supplice. Justin se mit à lui prouver le mystère de la Croix avec des textes de l'Ecriture, si nombreux, si clairs, mais surtout par le Psaume xx1°, où sont prédits si évidemment la passion et le crucifiement du Messie, que ni Tryphon, ni les siens ne surent que répliquer. Ils quittèrent notre Saint en lui souhaitant une heureuse navigation, tandis que, de son côté, il priait pour eux et leur souhaitait la foi de Jésus-Christ.
De retour à Rome, notre Saint y trouva un philosophe cynique, qui traitait publiquement les chrétiens d’athées et d’impies. C'était Crescent, connu pour ses amours infâmes et son avarice, et, toutefois, pensionné de l’empereur. Justin le provoqua à une conférence publique, où, en présence d’un grand nombre de témoins, il le convainquit clairement, ou d’ignorer absolument ce qui se passait parmi les chrétiens, ou d’être le plus méchant des hommes ; d’une souveraine ignorance, si réellement il croyait les chrétiens tels qu’il le publiait hautement; de la plus noire malice, si, connaissant leur doctrine et leurs mystères, il osait néanmoins les diffamer, et cherchait à les faire passer dans l’esprit des princes, des magistrats et du peuple, pour des hommes sans religion, sans piété, sans Dieu. Cette discussion en publie fut très-fréquente. Justin en parle dans sa seconde apologie, adressée l’an 167, aux empereurs, au sénat et au peuple romain. Il y réfute admirablement les calomnies qui servaient de prétextes aux persécuteurs des chrétiens. Il fait remarquer qu’on mettait à la question des esclaves, des enfants, des femmes, et qu’on leur faisait souffrir des tourments horribles, jusqu’à ce qu’ils avouassent que les chrétiens étaient coupables des incestes et des repas de chair humaine, dont on les accusait. Il ajoute que ces crimes, reprochés aux chrétiens, ne se trouvent que parmi les païens, où l’on a divinisé tous les vices, où l’on honore les dieux par toutes sortes d’infamies; mais les chrétiens suivent d’abord les lumières naturelles, qui nous disent ce qui est honnête ou honteux; ils se rappellent que Dieu est témoin de