‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 193 sur 339 · Dial., n · texte numérisé non relu

Dial., n

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leurs actions et de leurs pensées; ils meurent avec une joie qui est une nouvelle preuve de leur innocence. Ils meurent pour avoir refusé d’adorer vos dieux, dit-il aux païens, et ils ont refusé de les adorer, parce que vos dieux ont commis les crimes que vous nous reprochez et en exigent de semblables. Il ne demande qu’une chose pour lui, c’est la publicité de son écrit, afin qu'il puisse gagner des âmes à Jésus-Christ.

Justin disait, dans cette même requête, à l’empereur-philosophe Marc- Aurèle, qu’il s'attendait de jour en jour, d’après les manœuvres des philosophes, surtout de Crescent, à être attaché à un poteau, pour être brûlé vif ou dévoré par les bêtes. Ce qu'il avait prévu s’accomplit. Tatien, son disciple, dit formellement que la mort de Justin fut l'ouvrage de ces faux philosophes, surtout de Crescent, irrités de ce que notre Saint leur reprochait sans cesse leur fourberie, leur avarice et la corruption de leurs mœurs. Nous avons la relation authentique du martyre de ce vrai philosophe, qui scella de son sang sa foi et sa doctrine. Nous reproduisons intégralement ces actes, qui ont été conservés dans toute leur pureté.

Sous le règne de Marc-Aurèle, quelques personnes, passionnées pour le culte des idoles, obtinrent de l'empereur qu’on publiât dans toutes les villes de l'empire des édits contre ceux qui faisaient profession de la véritable religion. Ces édits portaient qu’en quelque lieu qu’on trouvât un chrétien, on s’en saisit, et qu’on l’obligeàt sur l'heure à sacrifier aux dieux. Ce fut alors que Justin, et ceux qui étaient avec lui, furent arrêtés et conduits à Rome, où on les fit comparaître devant le tribunal de Rusticus, préfet dé la ville. Ce magistrat, s'adressant à Justin, lui dit : — Ne veux-tu pas obéir aux dieux et à l’empereur ? Justin lui répondit : — Quiconque obéira à Jésus- Christ notre Sauveur, ne ppurra jamais être condamné. — Quelle science, ou quel art professes-tu, continua le préfet ? — Jusqu'ici, répliqua Justin, j'ai travaillé à acquérir toutes les connaissances naturelles et humaines, et il n’y a point de genre d’érudition où ma curiosité ne m'ait fait faire quelques progrès; mais enfin je me suis fixé à la science des chrétiens, quoiqu’elle ne soit pas du goût de ceux qui n’en ont que pour l'erreur. — Quoi ! misérable, reprit Rusticus, cette science peut-elle te plaire ? — Oui, sans doute, répliqua Justin, parce qu’elle me fait marcher avec les chrétiens dans la voie de la vérité, et qu’elle contient une doctrine droite et pure. — Quelle est cette doctrine ? dit le préfet. — La doctrine que suivent les chrétiens, répondit Justin, consiste à croire qu’il n’y a qu’un Dieu qui a créé toutes les choses qui se voient, et toutes celles qui ne tombent pas sous les sens; à reconnaître un seul Seigneur, qui est Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, prédit autrefois et annoncé aux hommes par les Prophèles, et qui doit venir juger tout le genre humain. C'est lui qui est l’auteur du salut, et c’est lui qui l’est venu publier dans le monde. Il veut bien être le maître de ceux qui aiment à apprendre de lui les vérités qu’il enseigne. Pour moi, qui suis un homme sans intelligence, j'avoue que j'aitrop peu de lumières pour pouvoir parler de sa divinité d’une manière qui soit digne d'elle. Il n’appartient qu'aux Prophètes de pénétrer dans cet abîme de grandeur, et ce sont eux qui, par l'inspiration de Dieu, ont prédit l’avénement de celui que je viens de nommer son Fils, et ils l’ont prédit plusieurs siècles avant qu'il parût sur la terre,

Le préfet lui demanda où les chrétiens s’assemblaient. — Justin lui répondit qu’il était libre à chacun de se trouver partout où il pouvait, — Penses-tu, continua-t-il, que nous ayons un lieu déterminé où nous tenions ordinairement nos assemblées ? Nullement. Sache que le Dieu des chrétiens

n’est pas enfermé dans un lieu; il est immense, aussi bien qu’invisible, et il remplit le ciel et la terre. Aïnsi il est adoré en tous lieux, et chaque fidèle Jui peut rendre hommage en quelque lieu que ce soit. — Je veux savoir, repartit le préfet, où vous vous assemblez tous, et particulièrement le lieu où tes disciples te vont écouter. — Je te dirai bien où je demeure, répondit Justin : j’ai logé jusqu'ici tout près d’un nommé Martin, en face du bain Timiotinum. Voici la seconde fois que je viens à Rome, et je ne connais aucun autre logement; si quelqu'un a voulu me venir trouver, je ne lui ai pas caché la doctrine de la vérité, et je lui ai volontiers communiqué ce que j'en savais. — Tu es donc chrétien ? lui dit le préfet. — Oui, je Le suis, répondit Justin.

Alors le préfet, se tournant vers Chariton, lui dit: — Et toi, es-tu chrétien? Chariton lui répondit : — Oui, je le suis, par la grâce de Dieu. Le préfet fit avancer une femme nommée Charitana, et il lui demanda si elle était chrétienne ; elle dit qu’elle aussi était chrétienne, par la miséricorde du Seigneur. Le préfet interrogea aussi Evelpiste sur sa religion et sur sa condition. Evelpiste répondit : —Je suis serviteur de l’empereur, mais je suis chrétien et affranchi de Jésus-Christ; et par un effet de sa bonté, j'ai la même espérance que ceux que tu vois, et je vis comme eux dans la même attente. Le préfet s’adressa ensuite à Hiérax, et lui demanda s’il était chrétien : — Assurément, répondit Hiérax, je suis chrétien, j'adore le même Dieu que ces autres adorent.

Est-ce Justin, dit le préfet, qui t'a fait chrétien? Moi, répondit Hiérax, j'ai été chrétien et je le serai. Un nommé Péon, qui était présent, dit tout haut :— Je suis chrétien aussi. — Et qui t’a instruit? répliqua le préfet. — Ce sont mes parents, — répondit Péon. Evelpiste ajouta: — J'écoutais avec plaisir les instructions de Justin, mais j’ai aussi appris de mes parents à être chrétien. Le préfet lui dit : — Où sont tes parents? — Ils sont en Cappadoce, repartit Evelpiste. Le préfet fit la même question à Hiérax, qui lui fit cette réponse : — Notre véritable Père, c’est Jésus-Christ, et la foi est notre véritable mère; c’est par elle que nous croyons en lui. A l'égard des parents que j’ai eus sur la terre, ils sont morts. Au reste, j'ai été tiré de la Phrygie, et l’on m’a amené ici. Le préfet demanda à Libérien ce qu'il disait, et s’il était aussi chrétien et impie envers les dieux. Libérien répondit qu'il était chrétien, et qu’il adorait Le vrai Dieu.

Le préfet revenant à Justin, lui dit : — Ecoute, toi qui fais l’orateur, et qui te piques d’éloquence et de doctrine, toi qui crois posséder la vraie sagesse, quand je t’aurai fait déchirer à coups de fouet de la tête aux pieds, penses-tu monter au ciel en cet état? — J'espère, répondit Justin, que si je souffre pour Jésus-Christ le supplice dont tu me menaces, je recevrai de lui ce qu'ont déjà reçu ceux qui ont gardé ses préceptes : car je sais que la grâce de Dieu est réservée jusqu’à la fin du monde à tous ceux qui auront ainsi vaincu. — Tu t’imagines donc, lui dit le préfet, qu’une grande récompense t'attend dans le ciel? — Je ne me l’imagine pas, reprit Justin; je le sais, et j’en suis si Convaincu, que je n’en ai pas le moindre doute. Le préfet dit: — Laissons tout cela; venons au fait, et à ce qui est plus pressé : réunissez-vous tous, et, animés d’un même esprit, préparez-vous à sacrifier aux dieux. Justin, prenant la parole au nom de tous, dit : — Un homme de bon sens n’abandonnera jamais la véritable piété pour courir après l’impiété et l’erreur. Le préfet dit: — Si vous n’obéissez à notre ordonnance, vous pouvez vous attendre à être traités sans aucune miséricorde. Justin répondic : — Nous ne nous souhaitons rien avec plus d’ardeur que de souffrir

pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que d’aller à lui par les tourments. C’est ce qui nous donnera de la confiance devant son tribunal terrible, où tous les hommes doivent comparaître, pour être jugés. Tous dirent la même chose, et ajoutèrent : — Fais ce que tu voudras; nous sommes chrétiens, et nous ne sacrifierons point aux idoles.

Le préfet ayant entendu ces paroles, prononça cette sentence : « Que ceux qui n’ont pas voulu sacrifier aux dieux, ni obéir à l’ordonnance de l'empereur, soient battus des verges et conduits au lieu du supplice, pour y perdre la tête, ainsi que les lois l’ordonnent ». Les saints martyrs furent donc menés au lieu où l’on exécutait les criminels; et là, parmi les louanges, les actions de grâces et les bénédictions qu’ils donnaient à Dieu, ils furent d’abord fouettés et eurent ensuite la tête tranchée, confessant leur Sauveur jusqu’au dernier soupir. Après leur mort, quelques fidèles enlevèrent secrètement leurs corps et les enterrèrent en un lieu décent. La cathédrale de Coutances possède de nos jours quelques reliques

de saint Justin.

On donne pour attribut à saint Justin la hache ou le glaive; on le représente aussi discourant en face de la mer.

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