‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 20 sur 339 · CULTE ET RELIQUES DE SAINT GONTRAN · texte numérisé non relu

CULTE ET RELIQUES DE SAINT GONTRAN

Son tombeau était presque entièrement ruiné lorsque, vers l’an 1435, Jean Rolin, prieur de Saint-Marcel, lui éleva dans une chapelle de la mème église un magnifique mausolée. Ainsi fut ranimée la mémoire du saint roi dans l'esprit des peuples de Bourgogne. Il lui érigea aussi une statue qui se voit encore à l'entrée de l’église Saint-Marcel. Au xvi® siècle, les Huguenots ruinèrent le tombeau et la chapelle ; ils jetèrent au vent les cendres de saint Gontran, brisèrent et dissipèrent ce qui restait de ses os, à la réserve de son crâne que l’on sauva de leur fureur et que l’on conservait naguère dans un chef d'argent. La cathédrale de Saint-Jean de Maurienne avait, on ne sait à quelle époque, obtenu un bras de son fondateur, et le conserva jusqu'en 1793, où il fut jeté à la rue et disparut avec les autres reliques.

Le clergé et les fidèies ont toujours honoré la mémoire de Gontran comme celle d’un Saint, et son nom a été inscrit dans les calendriers des églises. Les anciens martyrologes qui portent le nom de saint Jérôme, ceux; d'Usuard, de Notker, de Bède, de Wandelbert et d’autres encore, marquent sa fête au 28 mars. On la trouve également indiquée au même jour dans le martyrologe romain et dans l’ancien martyrologe du Jura ou de saint Oyend de Joux. Au xrve siècle, Aimon Il de Mioland, évèque de Maurienne, établit sa fête pour la ville de Saint-Jean et une paroisse voisine de la ville qui doit son nom de Vi/{argondran au roi de Bourgogne. Supprimée pendant la Révolution, cette fête a été rétahlie en 1858 avec l'autorisation du Saint-Siége et étendue à tout le diocèse,

Une médaille de Goutran frappée à Sens fait voir qu'il rapportait à Dieu le succès de ses armes : elle a pour légende Guntacrammus R, et au revers une victoire ailée sur un char tenant une eroix.

Saint Gontran est quelquefois représenté embrassant un pauvre ou distribuant l’aumône à des malheureux. Ou bien : un rat, une belette, d’autres disent un lézard, lui fait trouver des trésors dans un souterrain plein de coffres et de monceaux d’or. On rapporte que pour lui faciliter ses largesses, sans que le peuple eût à souffrir des impôts, Dieu lui fit trouver des trésors considérables. La légende raconte la chose d’une facon particalièrement poétique. Gontran était endormi à la suite d’une chasse. L’écuyer qui l’accompagnait vit sortir de la bouche du roi une petite bête qui se dirigea vers un ruisseau. Comme elle semblait fort embarrassée pour le franchir, l’écuyer mit son épée sur les deux berges en guise de pont. Par ce moyen, l'animal gagna audelà de l’eau une fissure dans la montagne d’où il revint, en prenant la même route, dans la bouche du prince, comme s’il eût voulu lui rendre compte de son voyage. Lorsqu'il se réveilla, Gontran raconta à son écuyer qu'il venait d’avoir un songe étrange : un pont de fer l'avait conduit à une montagne où des trésors éblouissants s'étaient montrés à ses yeux. L’écuyer, encouragé à dire son mot, exposa ce qu'il avait vu en même temps ; et la coïncidence des deux récits suggéra l’idée de fouiller la cachette qui se trouva renfermer des valeurs énormes. La tradition locale, en Franche- Comté, attribue à une trouvaille de ce genre la fondation de la célèbre abbaye de Beaume-les- Dames.

Nous avons consulté, pour cette vie de saint Gontran : Petits Bollandistes, 6e édition; Vies des Saints de Franche-Comté, Besançon, 1856; le Père Cahier, Caractéristiques des Saints, Paris, 1867; Histoire hagiologique du diocèse de Maurienne, par M. l'abbé Truchet, Chambéry, 1867; Légendaire d'Autun, Paris, 1850; Annales hagiographiques de France, t. vr.

28 28 Mars.

4414, — Pape : Jean XXII. — Roi de France : Charles VE

La nature se vante d'une condition élevée et d'une haute naissance ; elle a toujours le sourire sur les lèvres en face des grands; elle flatte les riches et approuve tout ce que font nos semblables. Mais la grâce favorise plus le pauvre que le riche; elle sympathise avec les simples et les petits plus qu'avec les puissants.

Trmitat. de Jésus-Christ, xx, 41.

Jeanne Marie de Maillé naquit le 14 avril 4332, au château des Roches, au village de Saint-Quentin, près Loches, d’une noble et illustre famille. Son père, Hardouin VI de Maillé était chevalier, baron et seigneur de la terre de Maillé, appelée Luynes aujourd’hui. Par sa mère, Jeanne de Montbazon, qui était fille de Barthélemy Savary, seigneur de Montbazon et de Marie de Dreux, elle touchait au sang royal de France. Ces noms suffisent pour faire ressortir le rang que sa famille occupait dans la société de cette époque. Au baptême, elle reçut le nom de Jeanne; celui de Marie lui fut donné à la confirmation. x

Dès sa plus tendre jeunesse, elle témoigna d’un grand amour et d’une grande dévotion pour la sainte Vierge, et une des premières prières qu’elle récita fut la Salutation Angélique. A six ans, elle se faisait déjà remarquer par sa gravité et sa dévotion : elle aimait à tresser des couronnes avec les fleurs du jardin pour orner les statues de la sainte Vierge et celles des saints ; elle évitait tout ce qui aurait pu la distinguer : de préférence elle faisait sa compagnie des petites filles pauvres de la campagne, avec lesquelles elle se plaisait à échanger ses riches vêtements.

Sa gouvernante, ayant remarqué ses dispositions et son penchant trèsprononcé pour la mortification, prédit que la terre n’aurait jamais le privilége de conquérir son cœur. Les parents de la jeune Marie virent avec peine ce qu'ils appelaient de pieuses exagérations, et résolurent de les combattre et de les détruire. Mais leurs efforts furent inutiles, la grâce s'était déjà emparée de ce jeune cœur et les obstacles contribuèrent plus puissamment à cimenter son union avec Dieu.

Elle avait onze ans lorsque, pour la première fois, le jour de la Nativité de Notre-Seigneur, elle fut ravie en extase. Ces grâces extraordinaires se renouvelèrent dans la suite plus d’une fois. La Vierge Marie lui apparut alors, portant son divin fils sur son bras gauche : elle tenait dans sa main droite un encensoir rempli des gouttes du sang de Jésus-Christ, et elle semblait les répandre sur la jeune fille. A partir de ce jour elle se sentit vivement inclinée à méditer sur le mystère de la croix et les souffrances de Jésus-Christ, et elle plaça sur son cœur une image du crucifix peinte sur parchemin, qu'elle arrosait souvent de ses larmes.

Dieu la visita par une cruelle maladie qui la conduisit bientôt aux portes

1. Ce chapitre de l'Zmitalion, consacré à distinguer les trois éléments qui se combattent dans l'homme spirituel : Dieu, le démon et la nature, est un thème tout fait pour un panégyrique ascétique et pratique de la bienheureuse Jeanne de Maillé.

OP

du tombeau. Les médecins, désespérant de la guérir, l’avaient abandonnée ; mais sa mère la voua à saint Jacques. A peine fut-elle recommandée à l’Apôtre, qu’elle recouvra aussitôt la santé, et les médecins eux-mêmes déclarèrent que cette guérison si imprévue et si subite était miraculeuse. Marie profita de cette nouvelle grâce pour se détacher de plus en plus des affections terrestres et pour se rapprocher de Dieu. Un religieux de Saint- François, qui résidait ordinairement au château, la dirigea dans cette voie du renoncement et de la vertu.

Pendant qu’elle ne songeait qu'à oublier le monde, ses parents avaient sur elle d’autres pensées : ils voulaient l’engager dans le mariage. A cette nouvelle, Marie fut consternée ; mais, loin de montrer de la résistance, elle choisit le ciel pour unique confident de sa douleur. Sa prière devint continuelle ; elle supplia avec larmes la Vierge Marie et toutes les saintes vierges de ne pas permettre qu’elle fût à jamais privée de prendre un jour place dans leur rang au ciel. Ses prières, ses jeûnes, ses nombreuses pénitences furent écoutées de Dieu, et il lui révéla qu’elle ne devait rien craindre, mais suivre la volonté de ses parents, qu’elle ne perdrait point sa virginité par son mariage et même qu’elle en inspirerait l’amour à son futur époux.

À cette époque, Marie était orpheline de père. Son grand-père Barthélemy Savary, seigneur de Montbazon, lui choisit pour époux un jeune Seigneur d’une grande dévotion, Robert de Sillé. Marie le connaissait, il avait été élevé avec elle et même « elle lui avait sauvé la vie par un beau miracle ». Encore enfant et s’amusant avec des enfants de son âge, Robert tomba un jour dans un étang; ses compagnons ne pouvant le secourir poussaient de grands cris: Marie, encore toute jeune, se mit à genoux et pria avec une telle ferveur qu’il n’éprouva aucun mal. Robert lui en conserva toujours une grande reconnaissance, et pour lui être agréable il s'était efforcé de l’imiter dans ses dévotions. Toutes ces raisons avaient incliné vers ce choix le cœur de l’aïeul de Marie. Le mariage fut donc décidé, mais le jour des noces devait être couvert d’un voile funèbre et changé en un jour de deuil, car, ce jour-là même, le vieux seigneur de Montbazon mourait.

Une fois unie au jeune Robert, Marie lui fit part de son vœu. Le jeune époux fut d’abord surpris et bouleversé, mais sa chaste épouse, aussi pure et aussi éloquente que la vierge Cécile, parla avec tant de grâce et d’onction à ce nouveau Valérien, qu’il se rendit à sa volonté : tous les deux s’engagèrent à garder la virginité, et, pendant seize ans qu'ils furent unis, rien ne vint jamais altérer leur angélique pureté.

Les deux époux commencèrent par choisir avec grand soin leurs serviteurs, et ils prirent les commandements de Dieu pour règle de leur conduite, dans le gouvernement de leur maison. Les jeux de hasard, si fréquents alors, les blasphèmes furent à tout jamais bannis de leur château, et l’on chassait honteusement ceux qui, après plusieurs avertissements, auraient encore osé tenir des discours irréligieux ou prononcer des paroles inconvenantes. Leur demeure seigneuriale était devenue un Hôtel-Dieu : ouverte à tous les pauvres, ils venaient chaque jour en si grand nombre, que le pain qu’on avait préparé parut plus d’une fois insuffisant, et l’on ne sait comment, sans l’intervention d’un miracle, ils auraient pu être tous rassasiés. Dieu renouvela souvent, en faveur de ces pieux châtelains, ce qu’il fit tant de fois pour faire éclater la vertu et la sainteté de ses amis : il multiplia les pains dans les mains de Marie ; tous les pauvres s’en allaient après avoir bien mangé et il restait encore assez de pain pour nourrir les habitants du château. Non

contents d’assister ainsi les pauvres, ils allaient les visiter, pénétraient dans les hôpitaux, et partout ils laissaient Ja douce et suave impression d’une vertu angélique et d’une tendre et inépuisable charité. Un jour, le seigneur de Sillé, se promenant seul, rencontra trois petits enfants, abandonnés par leurs parents ; il les prit par la main et les conduisit à son épouse : « Madame », lui dit-il, «nous n’aurons point d'enfants, en voici néanmoins trois que je vous présente ». Marie leur fit un maternel accueil, les adopta et les garda près d'elle comme s'ils eussent été ses propres enfants.

Les épreuves visitèrent les jeunes époux. Marie tomba gravement malade ; mais la souffrance ne put troubler la sérénité de son âme : elle conserva toujours le calme et la paix, et elle trouvait encore le moyen, par ses entretiens tout célestes, d’adoucir l’affliction de son époux. Ce n’était là cependant que le commencement des adversités qui devaient bientôt fondre sur cette âme d'élite.

On se souvient de la triste et célèbre journée de Poitiers, dans laquelle le roi Jean fut fait prisonnier par les Anglais. Robert, aussi intrépide guerrier que fervent chrétien, se trouvait dans cette bataille à côté de son prince ; il combattit avec vaillance et fut si gravement blessé qu’on l'avait laissé parmi les morts. On s’aperçut bientôt cependant qu’il respirait encore ; il fut reconduit à son château, remis entre les mains de sa pieuse épouse, qui, malgré tous ses soins, ne put obtenir une guérison complète : ce seigneur demeura boiteux pendant trois ans.

La défaite du roi, arrivée en l’année 1356, et surtout sa captivité plongèrent la France dans une déplorable situation. Nos deux époux eurent particulièrement à en souffrir. La terre de Sillé fut pillée, le château fut pris d'assaut, un grand nombre de vassaux furent mis à mort, et le brave seigneur tomba lui-même entre les mains des ennemis, qui le retinrent prisonnier dans une forteresse et exigèrent pour sa rançon la somme, énorme alors, de trois mille florins. Marie, au milieu de tous ces désastres, se plaisait à bénir le bon plaisir de Dieu et portait, avec joie, à ses lèvres altérées de sacrifice, cette coupe amère des humiliations et de la pauvreté. La plus grande souffrance pour son cœur fut la captivité de son mari. Ses aumônes avaient épuisé ses coffres, les ennemis avaient enlevé toutes ses richesses, elle résolut donc de recourir à l'emprunt pour payer la rançon de Robert, Mais elle ne put réaliser la somme exigée, et les Anglais menaçaient de mettre à mort le prisonnier, On le surveilla plus sévèrement que jamais, et pendant neuf jours on lui refusa toute nourriture. Marie, qui connaissait toutes les souffrances de son époux, se répandait en larmes et en prières, et invoquait surtout avec force l'assistance de la Vierge Marie. Les souffrances et les prières s’exhalant continuellement de ce cœur virginal, touchèrent la Reine des cieux, qui apparut au prisonnier dans sa prison, brisa ses chaînes et lui rendit la liberté. Ce fut une grande joie pour Marie de revoir son cher époux en parfaite santé. Tous les deux profitèrent de cette grâce pour pratiquer plus parfaitement la vertu, et à toutes leurs bonnes œuvres ils ajoutèrent celle de travailler à la délivrance des prisonniers.

Mais Dieu semblait n’avoir réuni les deux époux que pour rendre la séparation plus cruelle. Ün jour, Notre-Seigneur apparut à Marie pendant son oraison : il lui sembla qu’il venait d’être attaché à la croix; le Sauveur la regarda d’un œil favorable, et lui assura qu’elle devait lui ressembler par les souffrances, le mépris et la pauvreté ; puis, ayant détaché sa main droite de la croix, il lui toucha l’œil gauche et imprima très-fortement dans son esprit une profonde aversion pour les grandeurs de la terre et une grande

soif d'humiliations et d'épreuves. Cette vision fut promptement suivie d’une profonde douleur : quelque temps après, Robert tombait malade et mourait de la mort des justes. Cet événement arriva en 4362. Ils avaient été unis seize ans, s’exhortant mutuellement à la pratique du bien et s’aimant d’un amour d'autant plus fort qu'il était plus chaste.

Cette mort lui fut très-douloureuse, et, loin de calmer son chagrin, la famille de son mari l’augmenta par la conduite qu’elle tint à son égard. Robert était à peine dans la tombe, qu’elle accabla sa veuve d’injures et lui reprocha amèrement les aumônes que son mari avait si abondamment répandues à son instigation. Ils allèrent plus loin : ils la chassèrent honteusement du château, sans lui laisser la moindre dot; en sorte qu’elle sentit, dans toute sa vérité et dans toute sa rigueur, l’accomplissement de la parole que le Sauveur lui avait adressée peu de temps auparavant : elle devenait conforme à lui, repoussée, pauvre et n'ayant pas une pierre où reposer sa tête.

Dans cette extrémité, Marie alla frapper à la porte d’une pauvre femme qu'elle avait eue autrefois à son service. Elle y séjourna quelque temps; mais comme elle ne possédait absolument rien, son hôtesse la traita avec aigreur, et la Bienheureuse résolut de retourner à Luynes, auprès de sa mère, qui la reçut dans son château. Sa piété prit alors un nouvel essor, et, plus que jamais, elle rechercha la solitude et la prière : l’église de Saint- Pierre, située au pied du château, était devenue sa retraite favorite, et elle s’y entretenait longuement et familièrement avec Dieu, qui l’inondait de ses plus douces consolations.

Saint Yves lui apparut un jour, revêtu de sa robe du Tiers Ordre de Saint-François, et lui dit : « Marie, si vous voulez maintenant quitter le monde, vous posséderez une joie céleste ». La prenant ensuite par le bras, il l’éleva dans les airs, et le cœur de la Sainte éprouva quelque chose des joies du ciel.

Marie était encore jeune ; sa vertu et sa noblesse la firent rechercher en mariage par plusieurs gentilshommes, mais elle résista avec énergie aux instances de sa mère et de son frère, et, entièrement décidée à vivre loin du monde, elle quitta la demeure maternelle et se retira à Tours. Logée dans une petite maison, près de Saint-Martin, elle y assistait dans la chapelle de Sainte-Anne, à toutes les heures de l'office canonial du jour et de la nuit. Quand elle allait à l’église ou qu’elle en revenait, on la voyait quelquefois précédée d’une lumière céleste qui marchait devant elle pour lui tracer la route au milieu des ténèbres de la nuit.

Les maisons particulières des pauvres, les hôpitaux, étaient continuellement visités par elle : tout le temps qu’elle n’employait pas à la prière, elle le consacrait au soin des malades, elle les pansait de ses propres mains ; elle invitait les mendiants à s’asseoir à sa table, elle les servait et se nourrissait elle-même de leurs restes. Parmi les indigents qui entraient dans sa demeure, elle remarqua un jour un grand et vénérable vieillard, à l’air majestueux ; craignant une illusion, elle Jui dit : « Si tu es chrétien, fais le signe de la croix ». Celui-ci obéit aussitôt et disparut en un moment : les assistants crurent que c’était un ange qui venait honorer par sa présence la servante du Seigneur.

Elle se plaisait particulièrement avec les lépreux. On raconte que l’un d’eux, abandonné de tous à cause de l’odeur infecte qui s’exhalait de ses plaies, fut l’objet de ses soins privilégiés et qu’elle lui rendit la santé.

La sainte Vierge, dans une apparition, lui ayant ordonné de revêtir

l’habit du Tiers Ordre de Saint-François, Marie obéit aussitôt. Elle porta toujours ce vêtement, même dans les rues, ce qui lui attira les mépris et les insultes des libertins, qui, par moquerie, l’appelaient l’Zrmite. Sa ferveur s’accrut encore davantage, et, se trouvant un Jour à Saint-Martin, dans la chapelle de Sainte-Anne, elle supplia Notre-Seigneur de lui donner la grâce de correspondre à son amour et de lui communiquer une étincelle du feu sacré dont les Apôtres furent remplis le jour de la Pentecôte. Sa prière était à peine achevée qu’un globe de feu l’environna et elle fut comme embrasée d’un tel amour, qu’on s’aperçui extérieurement des merveilles qui s’opéraient dans son âme.

Remplie de respect pour la parole de Dieu, elle l’entendait assidûment, assise par terre, au pied de la chaire. Elle encourageait les prédicateurs, les aidait dans leur ministère laborieux et difficile ; elle leur prêtait des livres et elle leur répétait souvent : « Efforcez-vous d’édifier le public par des vérités solides et morales, sans rechercher la grâce du discours ni la vaine science ».

Elle priait constamment pour que l’onction de l’Esprit-Saint inspirât et rendit leur parole efficace. On raconte qu’un religieux, encore jeune et inexpérimenté dans cet art difficile de la prédication, obligé de prêcher devant une grande assemblée, dans l’abbaye de Sainte-Croix de Poitiers, n’avait qu’un jour pour préparer son discours ; il vint demander conseil à la Bienheureuse et se recommander à ses prières : « Ne craignez rien », lui dit-elle, « confiez-vous en Jésus-Christ, qui a promis à ses disciples de leur inspirer ce qu'ils doivent déclarer au peuple : je prierai pour vous ». Cette assurance donna du courage au bon religieux ; sa prédication eut un grand succès, lui valut la réputation d'homme éloquent et habile, et, ce qui vaut mieux encore, il eut la joie de convertir plusieurs de ses auditeurs. Et il passa dans la suite « en habitude d’invoquer Marie de Maïllé comme la suprême ressource des orateurs aux abois, des prédicateurs attardés dans la préparation de leurs discours ! ».

Le zèle du salut des âmes la dévorait, et elle passait souvent les nuits en prières pour demander leur conversion. Elle était profondément affligée à la vue de ces malheureuses qui ne craignent point de sacrifier leur vertu, leur honneur et leur tranquillité dans d’infâmes débauches. Elle eut la joie d’en ramener plusieurs dans les sentiers de la vertu, elle les aïdaït à se relever, les conduisait elle-même aux pieds d’un confesseur et, quand elle les voyai sérieusement revenues à leurs devoirs, elle faisait tout au monde pour leur procurer un établissement convenable.

On cite une de ces malheureuses, nommée Isabeau, qu’elle retira du vice et qui, mariée à Bourges, revenait chaque année à Tours pour remercier la Bienheureuse du soin qu’elle avait pris de son âme. Une autre, à la suite de sa vie criminelle, tomba malade : couverte de plaies hideuses, exbalant au loin une odeur fétide, elle était abandonnée de tous et gisait seule, dans un affreux galetas, en attendant la mort. La Bienheureuse l’apprend, elle court en toute hâte près d’elle, s'approche de son lit, la prend dans ses bras pour la mettre dans le bain, lui rappelle ses devoirs, l’excite à la contrition et reçoit enfin son dernier soupir après avoir contribué à la réconcilier avec Dieu.

Marie de Maïllé passait des journées entières dans l’église de Saint-Martin, et là, abimée dans la prière, elle oubliait tout ce qui l’entourait. Un jour, qu’elle était prosternée devant l’autel de la croix, une folle lui jeta

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