‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 203 sur 339 · FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION DE TIRON · texte numérisé non relu

FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION DE TIRON

4147. — Pape : Pascal I. — Roi de France : Louis VI, le Gros.

Efforcez-vous d'affermir votre vocation et votre élec tion par 1cs bonnes œuvres. UNPEFSOU

Bernard naquit dans les environs d’Abbeville, vers l’an 1046. Ses parents étaient renommés pour leur piété et leur hospitalité. Il étudia avec succès la grammaire et le dialectique, et son assiduité le préserva de la frivolité qui entraînait alors dans de folles dissipations tant de jeunes gens de sa condition. IL professait un goût si précoce pour la vie religieuse, qu’au sortir de l’enfance, il revêtit l’habit ecclésiastique. Le contraste de ce vêtement avec son âge lui attirait les plaisanteries de ses camarades, et lui valut le surnom du Petit Moine.

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rendre ses goûts et ses mœurs conformes au costume qu'il avait adopté. Entièrement adonné 4 l'étude et à l’accomplissement de ses devoirs religieux, il avait acquis, dès l’âge de vingt ans, une connaissance approfondie des saintes Lettres.

Pressé du désir de réaliser les vœux qu’il formait depuis longtemps, il quitta sa patrie, qu’il ne devait jamais revoir, et partit pour le Poitou, avec trois compagnons de son âge, animés des mêmes sentiments. Ils rencontrèrent sur leur route le roi Philippe 1; Bernard en tira un favorable augure et s’écria : « Puisque nous trouvons un roi de la terre, sans le chercher, nous devons présager que nous saurons trouver le Roi du ciel, qui est l’objet de toutes nos aspirations ». Arrivés à Poitiers (1066), ils s’informèrent des maisons monastiques de l’Aquitaine où florissait le mieux la régularité religieuse. On leur indiqua, à deux lieues de là, le monastère de Saint-Cyprien, bâti par Pépin, roi d'Aquitaine, et que dirigeait alors Raymond Il, dont la réputation était si grande qu’il était devenu l’un des oracles des conciles provinciaux.

Bernard, après avoir pris l’habit et reçu la tonsure monastique, marcha rapidement dans la voie de la perfection.

Une partie de ses nuits était consacrée à l'étude de l’Ecriture sainte. Il arriva qu'une fois le sommeil l’emporta sur sa volonté : Bernard, en s’endormant, laissa échapper la chandelle qu'il tenait à la main. Le flambeau tomba sur les pages sacrées de la Bible, maïs, en se consumant tout entier, n’en brüla aucun feuillet.

Vers l’an 1076, on voulut faire revivre la discipline monastique à l’abbaye de Saint-Savin ! où la règle s'était singulièrement relâchée. Gervais, moine de Saint-Cyprien, ‘fut désigné pour opérer cette réforme : mais il ne consentit à devenir abbé de Saint-Savin, qu’autant que Bernard, en qualité de prieur, se chargeraït de la réforme spirituelle.

On accéda à son désir, malheureusement l’union ne régna pas longtemps entre les deux religieux. Gervais, trop préoccupé du désir d'enrichir sa communauté, voulut acquérir une église voisine ; Bernard reconnut là une espèce de simonie, et s’opposa à cette transaction. Gervais, voyant échouer ses projets, résigna ses fonctions, et se retira tout courroucé dans un logis qu’il fit construire des deniers de Saint-Savin, près du monastère de Saint- Cyprien.

Bernard, abandonné à lui-même, fut donc obligé, dès lors, de pourvoir aux soins temporels de la communauté, tout en continuant de veiller à ses progrès spirituels. Loin de reconnaître cette infatigable activité, quelques mauvais religieux y trouvaient un prétexte d'insultes; l’un d’eux passa même des injures aux voies de fait. Dieu se chargea de venger son serviteur, qui ne voyait là qu’une occasion de s’humilier et de pardonner. Le coupable fut frappé de mort subite, et ceux qui auraient été tentés d’imiter son insubordination rentrèrent alors en eux-mêmes, en courbant désormais un front docile sous le joug de la règle.

Gervais fut du nombre des abbés qui se rendirent à l’appel du pape Urbain II et prirent part à la croisade de 1096. Monté sur un âne, et accompagné de nombreux croisés, il se dirigeait vers la ville de Jérusalem, quand ua lion se précipita sur lui et le dévora en face de ses compagnons terrifiés.

Le pieux Enfant, se souciant fort peu de ces moqueries, s’eflorçait de

1. Département de la Vienne, arrondissement de Montmorillon. On sait que l'église de Saint-Savin est célèbre par ses fresques romanes : une partie d'entre elles a pu être exécutée sous le priorat de Bernard. (Voir Mérimée, les Peinlures de Saint-Savin.)

384 rs A4 AVRIL.

Ce même jour, Bernard eut révélation de ce fatal événement ; il en fit part à ses religieux et ordonna de célébrer l'office solennel des obsèques. Ce ne fut qu'après le retour des Croisés dans leur patrie, que les religieux de Saint- Savin apprirent que Gervais avait péri le même jour où ils avaient assisté à ses obsèques, et que, par conséquent, leur saint Abbé n’avait pu connaître cette horrible mort que par une vision miraculeuse.

Saint Bernard fut favorisé d’autres révélations, connues plus tard par le récit qu’il en avait fait à un ami intime. Un soir qu’il prolongeait ses prières dans l’oratoire, après les Complies, il se trouva transporté dans une salle capitulaire remplie de moines blancs, dont il reçut la bénédiction. Le plus vénérable d’entre eux, s'adressant à Bernard, lui dit : « Nous avons été jadis religieux dans ce monastère, et nous aimons à hanter ces lieux qui furent témoins de nos épreuves victorieuses. Nous te félicitons d’avoir ranimé l’antique piété de ce saint asile. Nous venons aujourd’hui pour t’enjoindre d'annoncer à tes frères que dix-neuf d’entre eux vont prochainement comparaître devant Dieu ». — Dès le lendemain, Bernard fit part à ses moines de cette vision et les engagea à purifier leur conscience, pour se préparer à un départ suprême. L’un d’eux ayant traité ces prédictions de songes illusoires, le prieur de Saint-Savin lui répondit qu’il serait le premier que frapperait la mort; etil désigna ensuite par leurs noms tous ceux qui allaient descendre dans la tombe, indiquant le jour et l’heure de leur agonie. Tout arriva comme il l'avait prédit, et l’on reconnut alors qu'il était vraiment doué du don de prophétie.

Dans ce même oratoire de Saint-Savin, la Vierge apparut une nuit à saint Bernard, l’encouragea à supporter les tribulations qui ÉÉPROMAET) et lui annonça qu ’il était prédestiné au bonheur des cieux.

Bernard, qui était arrivé à l’âge de cinquante ans, ayant appris que ses confrères voulaient le choisir pour Abbé, prit la fuite, dans l'intention de s’adonner à la vie anachorétique, désir qu’il nourrissait depuis longtemps. Vers l’an 4096, il alla donc trouver un ermite nommé Pierre des Etoiles, qui demeurait non loin du monastère, celui-là même qui devait un jour fonder l'abbaye de Fontgombaud. Pierre approuva son projet, et, pour le soustraire aux recherches qu’on ne manquerait point de faire, consentit à le conduire dans une solitude inaccessible de la forêt de Craon ‘. C’est dans cette nouvelle Thébaïde, s’étendant sur les confins de la Bretagne et du Maine, que vivaient alors, dans des cellules isolées, Robert d’Arbrissel, Vital de Mortain et Raoul de la Fustaye, qui devaient un jour illustrer leur nom par la fondation de diverses congrégations religieuses. Pierre des Etoiles obtint du bienheureux Vital qu’il voulût bien s’adjoindre un nouveau compagnon de solitude et lui confia Bernard, sous le nom emprunté de Guillaume, parce que ce dernier voulait entourer sa naissance et sa retraite du plus grand mystère. Vital, après avoir convoqué tous les anachorètes de ce désert, leur fit agréer l'admission du nouveau Solitaire ; chacun voulait lui offrir sa cellule : mais il fut décidé que Guillaume (nous venons de dire que c'était le nom d'emprunt de saint Bernard) parcourrait la forêt, visiterait toutes les cellules et choisirait celle qui lui conviendrait le mieux. Il s’enfonça donc dans le désert où, tout à l’extrémité, il rencontra la demeure d’un frère nommé Pierre. C'était une étroite cabane, construite avec des écorces d’arbres, dans un oratoire ruiné de saint Médard, et qui n’était entourée d'aucun terrain cultivé. Ce désolant aspect séduisit l'esprit mortifié de Bernard, qui déclara avoir trouvé ce qui lui convenait,

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