‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 204 sur 339 · Chef-lieu de canton du département de la Mayenne · texte numérisé non relu

Chef-lieu de canton du département de la Mayenne

Pierre fut ravi de voir sa pauvre cabane préférée aux demeures plus confortables des autres anachorètes. Il félicita Bernard de son choix et lui promit de le rendre habile dans l’art de tourner le bois. Pour fêter son hôte, il invita tous ses confrères à prendre un repas chez lui : comme d'habitude, il n’avait point de provisions,-mais il savait pourtant où en trouver ; s’étant muni de paniers, il parcourut les environs, cueillit des noisettes et des fruits sauvages, dépouilla les troncs d’arbres de leurs rayons de miel, et revint tout joyeux offrir à ses hôtes ce copieux repas improvisé, auquel il ajouta une purée de feuilles d’arbre.

Bernard, sous la direction de Pierre, devint habile dans l’art de faconner le bois et de tresser les écorces ; il apprêtait l’unique repas du soir et faisait cuire des herbes sauvages, qu'aux jours de fête il assaisonnait de quelque condiment. Il rendait à Pierre toute espèce de services, en disant comme le divin Maître : — « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir { ».

Pendant les trois années que Bernard consacra ainsi au travail des mains et à la contemplation, les moines de Saint-Savin le faisaient chercher par toute la France. Ils découvrirent enfin sa retraite; munis d’un ordre de l’évêque de Poitiers et de l’abbé de Saint-Cyprien, ils se disposaient à aller prendre Bernard pour le mettre à la tête de leur communauté. Un religieux, plus empressé que les autres, nommé Hugues, devança ses confrères et annonça à l’'Ermite le sort qu’on lui destinait. Bernard, se voyant découvert, résolut de fuir dans une île, espérant que l’océan, mieux que la terre ferme, serait un fidèle gardien de sa solitude.

L’un des anachorètes voulut lui donner dix-huit pièces d'argent qu’il tenait en réserve. L’homme de Dieu les refusa : — « Qu’ai-je à craindre de la pauvreté ? » s’écria-t-il. « Le Seigneur n’a-t-il point promis de procurer le nécessaire à celui qui cherche avant tout son royaume ? » — Il fit donner cette somme à un pauvre campagnard qui se trouvait là, et, riche de sa confiance en Dieu, il se dirigea vers la mer de la Manche. Arrivé sur les bords de l’Océan, il monta dans une barque et se fit conduire à l’île de Chaussey ?, entre Jersey et Saint-Malo.

Cest sur ce rocher isolé qu’il vécut, de 4099 à 1100, plongé dans une perpétuelle contemplation des choses divines. Sans compagnons, sans feu, sans pain, sans commerce avec les hommes, il vivait de quelques racines sauvages. Un seul événement important vint troubler le calme habituel de son isolement volontaire.

Un navire de pirates armoricains avait capturé deux vaisseaux de marchandises près des côtes d'Angleterre, après un sanglant combat. Il se diri-

- geait vers un port de Bretagne, avec ses prises et ses captifs, quand il fut poussé par des vents contraires vers l’île de Chaussey. Bernard fut ému d’une profonde pitié, en voyant ces pauvres marchands enchaïînés et souillés de leur propre sang. Il les exhorta à la patience et au pardon des injures, tandis qu'il adjura les pirates de rentrer en eux-mêmes et de renoncer à leurs odieux projets. Les forbans ne firent que rire de ses conseils et profitèrent bientôt d’un changement de vent pour remettre à la voile.

Saint Bernard passa toute la nuit en oraison et supplia Dieu, la Vierge et les Saints, de toucher le cœur des barbares et de rendre à leur famille les infortunés prisonniers. Ces vœux allaient être bientôt exaucés. La discorde avait surgi entre les pirates au sujet de la distribution des prises, et leurs

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