Eure-et-Loir. — 2. Canton de Chartres
douze religieux de Tiron et leur fit construire l’abbaye de Kaburck, dans le diocèse de Saint-André. Plus tard, il voulut visiter le saint Fondateur qu’il avait en si grande estime, mais il n’arriva avec sa nombreuse suite à Tiron qu'après la mort de Bernard ‘; il ne crut pas pouvoir rendre un meilleur hommage à sa mémoire que d'emmener avec lui douze religieux pour les associer à ceux qui édifiaient déjà l’Ecosse par l’exemple de leurs vertus.
Bernard était müûür pour le ciel. Une grave maladie vint lui offrir une nouvelle occasion d’exercer sa patience.
L’avant-veille de sa mort, Bernard apparut à une pieuse femme de Nogent-le-Rotrou, nommée Marie, alors qu’elle allumait un cierge devant les reliques conservées dans la tour du château de Nogent; il l’engagea à venir, dès le lendemain, le visiter avec sa fille qui se destinait à la vie du cloître, parce que plus tard, ajouta-t-il, il ne serait plus temps. Le lendemain, Marie arrivait à Tiron avec sa fille dont Bernard reçut les vœux. Quelques jours après, la jeune vierge allait rejoindre au ciel celui qui l'avait consacrée au Seigneur.
Les religieux, en veillant la nuit près de leur Abbé, aperçurent avec ravissement une foule de moines enveloppés de l’auréole des saints, qui entouraient le lit d’agonie. C’étaient les anciens religieux de Tiron, qui étaient morts tous en état de grâce, à l’exception d’un seul ; celui-là avait osé recevoir la prêtrise sans passer par les ordres inférieurs, et les anges des ténèbres avaient emporté son âme dans les abîmes infernaux : c’est ce que révéla, le lendemain, saint Bernard à ses disciples, en leur adressant ses derniers adieux.
Après onze jours de souffrances, Bernard, âgé de soixante-dix ans, mourut le 44 avril de l’an 1117, sept semaines après son ami le B. Robert d’Arbrissel.
On transporta le corps du défunt dans l’église, où il resta exposé trois jours. Ses funérailles ressemblèrent plus à une fête triomphale qu'à une cérémonie de deuil. Pour rendre les derniers devoirs au saint Abbé, les grands quittèrent leurs châteaux ; les cultivateurs, leurs champs; les marchands, leur négoce; les moines, leur église; les anachorètes eux-mêmes renoncèrent pour un jour au Calme de leur solitude.
Sa mort fut révélée le même jour à un de ses religieux qui habitaient l'Angleterre, et à d’autres qui s'étaient établis sur les bords du Rhône.
Bernard avait composé desstatuts pour la congrégation qu’il fonda, mais ils ne nous sont pas parvenus.
La congrégation de Tiron, qui fut une seconde réforme de l'Ordre de Saint-Benoît, comme celles qui s’accomplirent à Cluny, à Cîteaux, à la Grande-Sauve, fit de rapides progrès après la mort de son fondateur. Outre la maison-mère de Tiron, elle comptait dix abbayes en France et en Angleterre, ainsi qu’un grand nombre de prieurés et de cures, répartis dans les diocèses de Chartres, du Mans, de Paris, de Rouen, d’Avranches, de Nantes, de Soissons, etc. Les religieux étaient vulgairement désignés sous le nom de moines gris, à cause de la couleur de leur vêtement ; ils prirent plus tard l’habit noir des Bénédictins. Au xvrr' siècle, la congrégation cessa d’exister ; Tiron et la plupart des autres maisons s’agrégèrent alors à la congrégation de Saint-Maur. Quelques-unes aussi passèrent à d’autres Ordres, ou furent supprimées.
1. La Biographie du département de la Somme, qui abonde en erreurs de tous genres, attribue ce voyage au comte d'Anjou.
Le culte de saint Bernard d’Abbeville, localisé d’abord à Tiron, s’étendit ensuite à toutes les maisons de la Congrégation.
Le Saint-Siége a autorisé, en 1861, le culte du saint abbé pour le diocièse de Chartres. C’est le 14 avril qu’on célèbre sa fête.
Par un indult apostolique du 19 avril 1866, le Saint-Siége a aussi autorisé M5" l’évêque d'Amiens à insérer, quand il le voudrait, dans la liturgie de son diocèse, l'office du Saint, tel qu’on le récite dans le diocèse de Poitiers.
On représente saint Bernard d’Abbeville dans un ermitage, occupé au métier de tourneur.
Geoffroy le Gros, moine Ge l'abbaye de Tiron, l'un des derniers disciples dé Bernard, écrivit la Vie de son Abbé, de 1137 à 1148, et la dédia à Geoffroy, évêque de Chartres. — Nous avons extrait cette vie de l'Hagiographie d'Amiens, par M. Corblet, en l'abrégeant.
SAINT BENEZET, BERGER, FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION DES FRÈRES PONTIFES D'AVIGNON
1165-1184. — Papes : Alexandre III; Luce I, — Rois de France: Louis VIT; Philippe-Auguste.
Au moyen âge, l'Europe est Gevenue un seul homme dont la religion catholique, dont l'Eglise romaine, ést chargée de faire l'éducation, et elle la fait par les monastères.
Rohrbacher. ist. eccl., t. xIxxr, p. 267.
C’est une étude bien intéressante que celle du moyen âge, pour qui sait y voir Dieu présidant visiblement aux choses merveilleuses qui se font pour tirer le monde de la barbarie, et aux hommes plus merveilleux encore qui les font. La page que nous allons écrire de cette histoire est une des plus humbles, et néanmoins Dieu ne dédaigne pas d'y montrer la toute-puissance de son bras.
En l’année 4165, vint au monde à Hermillon, petite commune à trois kilomètres de Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie, un enfant qui reçut au baptême le nom de Benoît ; plus tard, à cause de sa jeunesse et de sa petite taille, le peuple l’appela Bénézet, c’est-à-dire petit Benoît !.
Bénézet fut élevé sous le toit de chaume de ses parents. Ils étaient pauvres des biens de la terre, mais riches de ceux de la grâce, et ils s’efforcèrent de les communiquer à leur enfant, en lui apprenant de bonne heure à connaître et à aimer Dieu. Le Seigneur féconda cette semence, et prépara Bénézet à devenir le docile instrument de sa puissance. Il perdit son père étant encore en bas âge, et dès que ses forces le lui permirent, sa mère, selon l’usage des gens de la campagne, l'employa à la garde de quelques brebis qui composait sa fortune.
Le 13 septembre de l’année 1177, Bénézet faisait paître son petit troupeau, lorsqu'eut lieu une éclipse totale de soleil. Tout à coup, au milieu
1. Les autours latins le désignent communément sous les noms de Sanctus Benedictus de ponte (saint
Benoît du pont), de Benedictus pontifeæ (saint Benoît, faiseur de ponts), et de Benedictus pastor (saint Benoît, berger)