SAINTS MAXIME ET OLYMPIAS, MARTYRS
L'empereur Dèce, s'étant rendu maître de diverses provinces de Perse, y persécuta les chrétiens ; saint Olympias et saint Maxime, persans de naissance très-considérés pour leur noblesse et pour leurs vertus, furent de ce nombre. Ayant élé arrêtés et conduits devant ce prince, dans la ville de Corduène, il ordonna, sans autre enquête, uniquement parce qu'ils étaient chrétiens, qu’on les chargeât de coups de bâton, jusqu'à ce qu’ils eussent renoncé au christianisme. Mais ce supplice ne fit qu'augmenter la constance des saints Martyrs. L'empereur voulut voir s'ils ne seraient point ébranlés de perdre leurs biens : il leur commangda donc de lui dire où étaient leurs richesses, et en quoi elles consistaient ; ils lui firent cette admirable réponse : « Tous nos biens, Dèce, et tous nos trésors consistaient dans le seul amour de Jésus-Christ, notre Sauveur : quant aux biens de ce monde, nous n’en avons point, si ce n’est nos propres corps, que nous vous livrons de bon
1. C'est, selon le Père Papebrock, une corruption du mot Erasme, l'un des Saints tutélaires que l’on invoquait autrefois sur la Méditerranée, et dont le culte a été supplanté par celui de saint Pierre Gonzalez,
cœur pour en disposer à votre volonté; failes-en ce qu’il vous plaira ; rompez-les, brisez-les, hachez-les, coupez-les et brûlez-les, si vous voulez, vous n’empêcherez pas nos âmes d'aller jouir de la douce et agréable présence de leur Créateur ». Ces paroles, aigrissant encore davantage l'empereur, il ordonna que les tourments fussent réitérés : ces pauvres innocents furent battus à coups de bâton et de verges plombées, plus furieusement qu'auparavant ; la force manquant aux bourreaux, ils furent contraints de cesser de les tourmenter, et les menèrent en prison.
Peu de temps après, on les mit sur le chevalet ; ensuite on les coucha, on les étendit, on les fit rouler sur des lits de fer embrasés ; mais les saints Martyrs, fortifiés de la grâce divine, encourageaient les bourreaux : « Continuez », disaient-ils, « ce que vous avez commencé : ne vous lassez pas, vos tourments effacent en nous ce qu'il y a d'impur et de désagréable aux yeux de notre divin Maitre ». L'empereur, confus, honteux de sa propre cruauté, les renvoya par-devant Vitellius Anisius, son lieutenant, afin que celui-ci achevât ce qu'il rougissait de faire lui-même. D’après l’ordre de ce lieutenant, nos Saints furent frappés sur la tête, avec des leviers, jusqu’à ce qu’ils eussent rendu l'esprit le 15 avril de l'an 251. La rage de leur ennemi ne s’arrêtant pas là, il les voulut priver de la sépulture, et fit exposer leurs corps dans les champs pour être déchirés et dévorés des chiens et des autres bêtes ; mais ces animaux eurent plus de respect pour eux que les tyrans : ils firent bonne garde autour des saints corps, aboyant comme pour les défendre, et gémissant comme pour les pleurer. Ces saints restes, après avoir été exposés pendant cinq jours, sans recevoir aucun dommage, furent recueillis par deux nobles chrétiens, Abdon et Sennen, qui les ensevelirent honorablement dans leur maison. Ils ont, dans la suite des temps, été apportés en France, et déposés dans différentes églises, principalement dans celles de Saint-Malo, en Bretagne, et de Liége, en Belgique.
Acta Sanctorum Orientalium.
SAINT PATERN L'ANCIEN, ÉVÊQUE DE VANNES (v° siècle).
La vie d’un fondateur d'église est toujours intéressante pour les fidèles d'un diocèse. Malheureusement l'histoire ne nous a presque rien transmis sur le compte de saint Patern. Trois choses seulement sont incontestables : 40 saint Patern est le premier évêque de Vannes : c'est la tradition constante et unanime de son Eglise ; 20 il a participé au concile de 465 tenu dans sa ville épiscopale : sa signature au bas des actes l’atteste suffisamment ; 30 il est mort éloigné de son siége, et ses reliques, apportées à Vannes, ont été, à l'époque des invasions normandes, transportées à Issoudun : tous les auteurs en conviennent. Le reste de sa*biographie a été tellement brouillé et découpé pour vêtir des Patern, apocryphes ou étrangers, qu’il est quelquefois difficile de s’y reconnaître.
Des divers Propres de Vannes, celui de 1660 est le plus exact, et c'est celui qui doit servir principalement de guide. Patern naquit dans l’Armorique d’une famille noble; son nom latin prouve à lui seul qu’il appartenait à une famille gallo-romaine et non à une famille bretonne; d’ailleurs, à l’époque de sa naissance (vers 420), les Bretons insulaires n'avaient pas encore cherché un refuge en Armorique.
Il embrassa la vie religieuse, et suivit, parait-il, quelques moines qui abandonnaient l’Armorique pour aller s'établir dans la Grande-Bretagne. Il contribua à y élever un monastère, et, quoique le plus jeune de la bande, il fut élu abbé par ses compagnons. De là il se rendit en Hybernie, et, après avoir rétabli la concorde entre deux rois de l'ile depuis longtemps divisés par une haine invétérée, il revint visiter les frères qu’il avait laissés dans la Grande-Bretagne, et repassa ensuite en Armorique.
À cetle époque (465), Conan-Méréadoc fondait l’église de Vannes. Etabli gouverneur de l'Armorique par le tyran Maxime, empereur d'Occident, et confirmé dans cette fonction par l’empereur Théodose, il administra les Bretons en cette qualité, jusqu’à ce que ceux-ci, abandonnés par les Romains, l’élurent pour être leur roi. Ce religieux prince, zélé pour les intérêts de Jésus-Christ, érigea deux évêchés dans l’Armorique, celui de Dole et celui de Vannes. Il donna à Dole pour premier évèque saint Sénior, à Vannes, saint Patern, demandé par les vœux de toute la cité et de toute la religion. :
Elevé au ministère épiscopal, Patern l’ancien non-seulement ne retrancha rien à ses austérités
accoutumées, mais s’appliqua plus encore qu'auparavant à l'oraison, au jeûne, aux veilles et à l'étude. Aux vertus dont il brillait déjà, il ajouta une charité inépuisable à nourrir les pauvres et à héberger les pèlerins. Il propagea la piété chrétienne d’une manière étonnante par l'expulsion des démons, la guérison des maladies, et par d’autres miracles.
Pour se retremper dans la vie intérieure, il bâtit, auprès de Vannes, un petit ermitage et y plaça des moines. Mais ceux-ci, éblouis par l'éclat de ses vertus, et trop lents à le suivre dans la voie de la perfection, commencèrent bientôt à lui susciter des embarras. Le saint Evèque eut aussi quelques désagréments de la part des fidèles, Ces circonstances et d’autres peut-être le décidèrent à se démettre en synode provincial, et à se retirer dans l'intérieur de la Gaule. Il y vécut encore quelques années, et mourut saintement vers la fin du siècle, le 16 avril, jour où l'on a toujours célébré sa mémoire : il était plus que nonagénaire.
Depuis que le corps de saint Patern est devenu la proie des révolutionnaires à Issoudun, les fragments de reliques conservés à Vannes ont acquis une nouvelle valeur. Ces précieux restes font depuis longtemps l’ornement et la richesse de l’église de Saint-Patern. Voici ce que nous lisons dans un procès-verbal de visite faite à Saint-Patern, le 31 mai 4791, par des officiers municipaux de la ville : « Le sieur Croizier (recteur) nous a fait voir, dans un petit cabinet du presbytère, le chef de saint Patern, en argent, contenant une relique du Saint... Il nous a déclaré que ledit chef et la relique avaient été confiés à sa garde ainsi qu’à celle de ses prédécesseurs ». Ce qui prouve que la possession de cette relique est bien antérieure à la Révolution française.
M. Le Mené, ch. hon. à Vannes.